Alexis ARON (1879-1973)

Ancien élève de l'Ecole polytechnique (promotion 1897, entré classé 56ème et sorti classé 4ème sur 223 élèves) et de l'Ecole des Mines de Paris. Corps des mines.

Fils de Michel ARON, rabbin, et de Eug. ROTHSCHILD. Père de Jean Claude Alexis ARON (1910-1998 ; X 1929).


Publié dans La Jaune et la Rouge, décembre 1973

Nous publions ci-dessous l'éloge de notre éminent camarade Alexis ARON, tel que l'a prononcé M. Jacques FERRY devant le Conseil de la Chambre Syndicale de la Sidérurgie Française, le 2l septembre 1973.

Bien avant que les ultimes atteintes de l'âge l'eussent éloigné de nos Conseils, le Président ARON était entré dans la légende.

La légende d'Alexis ARON était celle d'une jeunesse qui paraissait éternelle. Non seulement par son énergie à surmonter, jusqu'à la faire oublier à son entourage, l'inévitable et douloureuse usure physique, mais par la foisonnante activité de son esprit et l'inépuisable richesse de son coeur. Car la jeunesse dure aussi longtemps qu'elle est l'ambition d'un avenir. C'est cette quête passionnée d'une vérité en mouvement, cette recherche inlassable du meilleur dans l'exercice de son métier comme dans son comportement d'homme et de citoyen, cette aptitude à recevoir sans préjugé, pour les passer ensuite au crible du jugement personnel, toutes les idées neuves, qui ont assuré, jusque dans sa retraite, la présence du Président ARON parmi nous. Dans cette retraite, il n'était pas, comme tant d'autres, tourné vers son passé. Ceux qui ont eu le privilège de l'approcher au cours des dernières semaines de sa vie, alors que la maladie le clouait à son fauteuil, peuvent en témoigner.

Son jugement sur les événements et les hommes procédait de la même curiosité, de la même indépendance, de la même imagination qui avaient inspiré toute sa carrière.

Une carrière qui fut tout entière partagée entre le service de l'Etat et celui de la Sidérurgie. Alexis ARON est né le 24 janvier 1879, à Nîmes. Entré à l'Ecole Polytechnique en 1897, sorti dans le Corps des Mines, il est affecté au Service Minéralogique de Chalon-sur-Saône jusqu'en 1909. Nommé, en 1910, Directeur de l'Energie électrique du Littoral méditerranéen, il exercera cette fonction jusqu'en 1914. Dès la déclaration de guerre, il est mobilisé comme capitaine d'artillerie et participe avec éclat aux premières campagnes sur le front. Il est affecté ensuite, comme Chef d'Escadron, à l'Ecole Centrale de Pyrotechnie de Bourges. Sa brillante conduite lui vaut d'être nommé Chevalier de la Légion d'Honneur le 12 juillet 1917, pour services exceptionnels rendus à la Défense Nationale.

En 1918-1919, il est détaché à l'Etat-Major du Maréchal FOCH, en qualité de Président de la Commission Interalliée de Répartition des Combustibles dans les territoires rhénans ; de 1919 à 1922, il est Directeur de l'Office des Houillères sinistrées du Nord et du Pas-de-Calais.

C'est à cette dernière date qu'il entame sa longue carrière dans l'industrie sidérurgique, successivement Directeur général, puis Administrateur-Directeur général de la Société des Forges et Aciéries du Nord et de l'Est, Administrateur Délégué de la Société des Mines de Fer de Segré. Durant toute cette période, et jusqu'en 1940, son rayonnement dans notre profession et à l'extérieur ne cessera de grandir. Partisan résolu des accords entre producteurs, en vue de discipliner une concurrence dont les excès risquaient d'affaiblir dangereusement le potentiel de notre industrie, il participe activement à la création et au fonctionnement des ententes et comptoirs de l'époque. C'est ainsi, notamment, qu'il préside l'Entente des Producteurs de bandages et d'essieux, le Comptoir des Laminés Marchands qu'il a créé en 1931, le Comptoir des Feuillards et Bandes à Tubes, etc.

Dans le domaine proprement syndical, il est Président de la Chambre Syndicale des Producteurs de Scories Thomas, depuis sa création en 1925 jusqu'à la guerre, et Vice-Président de la Chambre Syndicale des Mines de Fer de France. Ces multiples tâches ne le détournent pas, pour autant, de sa vocation première d'ingénieur : on lui doit, en particulier, la mise au point du nouveau procédé d'élaboration d'aciers spéciaux par application à l'acier Thomas des brevets de M. PERRIN.

L'armistice et l'occupation allemande le contraignent à abandonner, au moins officiellement, ses différentes responsabilités dans notre profession. Mais il n'est pas résigné à l'inactivité. Dans l'ombre, aux côtés du Président AUBRUN, résistant aux exigences sans cesse accrues de l'occupant, il lutte pour préserver ce qui reste de notre sidérurgie de la ruine et du démantèlement. Arraché de justesse à la déportation, et réfugié dans une sécurité précaire, il continuera de travailler, pour des jours meilleurs, à l'élaboration d'un plan de réorganisation de la Sidérurgie française. A la Libération, il est nommé Commissaire Provisoire du CORSID, puis de l'OPSID, qu'il dirigera jusqu'à la dissolution de cet organisme en juin 1946. De nouveau aux côtés du Président AUBRUN, il exercera de 1946 à 1959, déployant dans tous les domaines une prodigieuse activité, les fonctions de Conseiller Technique de la Sidérurgie française. Il est, entre 1954 et 1970, Président de la Chambre Syndicale des Fabricants de Tôle Galvanisée.

Dans toutes ces fonctions, comme dans beaucoup d'autres, au service de nos Organisations professionnelles - Groupement de l'Industrie Sidérurgique, Office Technique pour l'Utilisation de l'Acier, Institut de Recherche de la Sidérurgie, Association Technique de la Sidérurgie, Commissions du Plan, travaux préparatoires de la C.E.C.A. - l'autorité du Président ARON déborde de très loin les frontières nationales.

Chevalier de la Légion d'Honneur à titre militaire le 10 juillet 1917 [il était alors capitaine d'artillerie à l'Ecole centrale de pyrotechnie], officier le 21 juillet 1934, Alexis ARON était Commandeur de la Légion d'Honneur depuis le 3 août 1948.

Telles furent - ingénieur, dirigeant d'entreprise, responsable d'organisations professionnelles - les fonctions qu'exerça le Président ARON. Ce ne sont pas ses seuls titres à notre admiration. Peu d'hommes, en effet, ont comme lui, apporté dans l'accomplissement de leur tâche professionnelle non seulement autant d'intelligence, de compétence, d'obstination à résoudre les problèmes les plus complexes, mais de ferveur, cette disposition du caractère qui élève jusqu'à la hauteur du Devoir les plus dures contraintes de l'action.

" Ce que nous ont appris les Stoïciens, a écrit Montherlant : aimer l'inévitable ", Alexis ARON avait retenu cette leçon pour lui-même. Il a traversé les plus douloureuses épreuves de sa vie - l'occupation, la disparition d'êtres très chers, parfois aussi les obscures blessures de l'ingratitude - avec une égale fermeté d'âme. Il n'avait d'indulgence - et elle était immense - que pour autrui. Sans doute était-il sans illusion sur les hommes, mais il les respectait jusque dans leurs faiblesses. S'il possédait au plus haut degré, par l'effet d'une grande culture et d'une religiosité profonde, le sentiment du relatif de toutes choses sur cette terre, il conservait, chevillée au coeur, la passion de l'équité.


Il se prononce en faveur du plan Monnet en 1946, y compris en faveur des fusions d'entreprises proposées. Il prépare activement en 1949-1950 un projet de cartellisation de la sidérurgie française. Contacté par Etienne Hirsch lors de la préparation du Plan Schuman, il laisse entendre que, en dépit des protestations, l'acquiescement serait probable.



Aron, élève de Polytechnique
(C) Ecole polytechnique