Henri-Léonard Jean Baptiste BERTIN (1720-1792)

D'après D'HÉPHAISTOS A SOPHIA ANTIPOLIS, par Gabriel Arlet, GEDIM, 1991 :

Henri-Léonard Bertin succède, en novembre 1759, à Etienne de Silhouette (ministre si peu présent qu'il a donné son patronyme à un nom commun) dans le nouveau gouvernement formé autour du duc de Choiseul. Né à Périgueux en 1720 dans une famille de robe récemment anoblie, il a fait une carrière brillante et rapide. Maître des Requêtes en 1741, intendant du Roussillon en 1749, puis de Lyon en 1754, il est nommé intendant de Police trois ans plus tard. Cette fonction lui vaut d'être protégé par Madame de Pompadour et de compter parmi les familiers du roi. C'est un esprit "libéral", selon ce qu'entend Montesquieu. Plein de bonne volonté, il va s'efforcer de réorganiser l'administration des provinces et durant les quatre années passées au contrôle général des Finances, il appuiera sans réserve l'action de Trudaine. Malheureusement, la dégradation de la situation financière provoquée par la guerre l'oblige, plus encore que ses prédécesseurs, à des réformes sévères et d'autant plus impopulaires, en particulier à l'établissement d'un cadastre qui doit conduire à une répartition plus équitable des impôts. Devant l'insubordination générale et dangereuse des parlements, Choiseul temporise, recule, cède et sacrifie Bertin. En décembre 1763, le duc abandonne le contrôle général à un représentant des opposants, le conseiller au parlement Laverdy, dont l'inexpérience et la naïveté seront vite la risée des Parisiens toujours moqueurs.

Le roi n'a pu s'opposer au renvoi de Bertin ; il ne veut pas abandonner un ami ; un secrétariat d'Etat, le cinquième du ministère, est créé spécialement pour lui. C'est un espèce de fourre-tout que, faute d'autre nom, l'on désignera comme "le département de Monsieur Bertin". Y sont affectés, pêle-mêle, les manufactures de porcelaine, l'agriculture, les mines, les canaux et la navigation intérieure, les carrosses publics et les fiacres, les messageries, le roulage et la petite poste, les dépôts des chartes, les loteries, la Compagnie des Indes, les manufactures de toiles peintes et de coton et certains biens propres du roi !

Bertin, qui la même année vient d'être élu à l'Académie royale des Sciences, aura ainsi à s'occuper de l'institution des concessions, de leur exploitation, sur les plans administratif et technique, le contrôle général ayant conservé l'inspection fiscale des mines ainsi que le service et l'inspection des forges et usines en raison des droits sur la marque des fers.

Pendant près de dix-huit années encore, bien qu'entouré de collaborateurs insuffisants en nombre et parfois aussi en qualité, Bertin n'en poursuit pas moins ses efforts dans deux directions pour lui essentielles, l'agriculture et les mines. Dans la première, après l'Ecole Vétérinaire de Lyon en 1762, il va créer celles de Limoges en 1766, de Maisons-Alfort en 1767. Dès 1765, quatorze sociétés provinciales d'agriculture ont été mises en place par les intendants sous son impulsion. Dans la seconde, il va veiller, avec une souple énergie, à l'application aux mines de charbon de terre de l'arrêt de 1744, en dépit de l'hostilité persistante des petits propriétaires, en favorisant les compagnies concessionnaires, dans la mesure où elles ne tendent pas à créer un monopole régional et à porter atteinte à la concurrence indispensable. Il s'efforce, en même temps, de faire imposer un régime analogue aux mines métalliques. Mais il lui paraît évident, comme l'expérience l'a fait admettre à Trudaine, de ne pouvoir atteindre ces buts sans la création préalable d'un "Corps" d'ingénieurs, techniciens avertis et capables de dispenser un enseignement dans une école établie à cet effet. Cette opinion commence à faire lentement son chemin. Déjà en 1764, le duc de Charost, concessionnaire de Roche-la-Molière, lui propose de créer sur son exploitation une école pour les mines de houille et un établissement similaire pour les mines métalliques à Sainte-Marie aux Mines dans les Vosges. Cette proposition paraît prématurée ; il faut la laisser mûrir en la confortant par des exemples. Bertin souhaitait vivement créer une école des mines ; mais il lui fallait assurer le financement nécessaire. Dans ce but, un arrêt a été rendu le 13 janvier 1776, commettant le caissier de la Petite Poste de Paris pour recouvrer les contributions des exploitants de mines destinées à l'entretien d'une école des mines. Ce caissier est vraiment tout indiqué ; il doit également percevoir les contributions versées par les entrepreneurs de carrosses des villes de Lyon, Bordeaux et autres, ainsi que par les exploitants des "Petites Postes" pour l'entretien des écoles vétérinaires créées. La création de l'Ecole des mines de Paris a ainsi été rendue possible ! Elle est cependant combattue par Monnet, qui avait été nommé, le 17 juin 1776, Inspecteur général des mines du Royaume.

Après la disparition, à quelques mois d'intervalle, de Trudaine et de Jars, Bertin fait appel à Jean-Charles TRUDAINE DE MONTIGNY pour devenir intendant général des finances.