Claude CHAMBON

Photo : Bertrand Schwartz à côté de Claude Chambon, en 1962

Né en 1932. Fils de Ernest Julien CHAMBON (1897-1978), colonel de gendarmerie qui fut directeur adjoint de la gendarmerie pendant la 2ème guerre mondiale. Frère de Marie-Andrée (enseignante), Jean-François (professeur à l'Ecole des mines de Saint-Etienne), Jacqueline (médecin).
Marié à Françoise LAFFITE.

Etudes au Prytanée militaire de La Flèche. Ingénieur civil des mines (promotion 1955 de l'Ecole des mines de Nancy), docteur es sciences.

Ayant travaillé après sa sortie de l'Ecole des mines aux Houillères du bassin de Lorraine à Faulquemont, Claude Chambon retourna à l'Ecole pour faire une thèse sur la plasto-élasticité des sols. Cette thèse, préfacée par Louis Armand, prenait le contre-pied des croyances de certains géologues car elle démontrait que l'effondrement des galeries de mines était dans une large mesure indépendant de la nature des couches géologiques supérieures.

Claude Chambon devint ensuite professeur de statistique à l'Ecole des mines de Nancy. Bertrand Schwartz, qui avait réformé en profondeur l'Ecole, et qui avait créé un centre de formation continue à coté de l'Ecole (le CUCES), s'appuya largement sur Claude Chambon pour la mise en oeuvre de ses idées.

C'est ainsi que Claude Chambon était naturellement désigné pour assurer la succession de François Davoine comme directeur de l'Ecole des mines de Nancy, direction qu'il exerça de 1971 à 1976.

Il a pris sa retraite en 2000. Il avait consacré les dernières années de sa vie professionnelle aux problèmes de risque et de pollution des sols.


Quelques souvenirs de Claude Chambon (cités dans son discours de départ de son labo)

J'ai beaucoup hésité, et sur le fond, et sur la forme, de ma contribution. Finalement, j'ai choisi une évocation de quelques souvenirs, en empruntant à Georges Perec la forme, un peu nostalgique, des "Je me souviens...". En fait, chacun des "Je me souviens..." de Georges Perec tient en une seule phrase. J'ai donc plutôt suivi le "I remember..." de Joe Brainard qui, à l'origine, avait inspiré Georges Perec, et où l'on a droit à plusieurs phrases pour chaque souvenir.

1- Je me souviens de ma première descente. C'était à Folchviller. Le porion qui nous accompagnait a dit à un moment : "Ce n'était pas plus gros qu'un grain de blé.". J'ai alors pensé à mes grands-pères qui étaient paysans.

2- Je me souviens de la mine de Zellidja au Maroc. En descendant, les mineurs psalmodiaient un chant très triste.

3- Je me souviens de la mine de Djerada. Les veines étaient très minces, en semi-dressants. Le porion qui était un peu corpulent n'était jamais descendu dans sa taille. Il suffisait de se laisser glisser et, pour freiner, de gonfler la poitrine.

4- Je me souviens de la rue Racine à Faulquemont. Nous habitions une maison rose. Les petites filles de nos voisins appelaient Françoise Mme Charbon.

5- Je me souviens que l'ingénieur en chef, chaque fois qu'il me rencontrait, m'envoyait faire un poste de nuit.

6- Je me souviens quand Bertrand Schwartz est venu à Faulquemont, dans la maison rose, et m'a proposé de venir travailler à Nancy avec lui.

7- Je me souviens de mon premier bureau, au rez-de-chaussée. Pendant plusieurs mois, des fils de pêche ont pendu du plafond avec des contrepoids. C'était pour étalonner leur allongement quand nous préparions les mesures d'expansion dans les voies boulonnées.

8- Je me souviens que, pour la thèse de François Viallet, nous faisions des essais de compression sur des éprouvettes de charbon. C'était pendant la période de l'OAS. Un soir très tard, en rentrant de Merlebach, les motards nous ont fait ouvrir le coffre de la voiture. Quand le gendarme a vu ces petits cylindres noirs alignés dans du coton, il a eu un mouvement de recul.

9- Je me souviens des plans de Ste Fontaine sur les murs, tout autour du bureau. Il y avait des petits drapeaux plantés pour suivre les zones critiques. C'est comme cela qu'a été découverte l'importance des géométries d'exploitation. Un jour, l'ingénieur que nous allions voir pour lui annoncer une prévision de plusieurs mètres de convergence dans une voie a saisi son combiné de téléphone et, de colère, l'a cassé sur son bureau. Je ne sais toujours pas pourquoi.

10- Je me souviens que les réunions de travail du laboratoire avec B.S. se faisaient le samedi après-midi. Notre correspondant aux Houillères s'appelait Jacques Petetin. Quand il arrivait, il disait : "Salut, la marine!".

11- Je me souviens de la calculatrice électrique Olivetti et des tables de carrés, pour les calculs statistiques.

12- Je me souviens de l'IBM 1130. Il avait 8 K de mémoire et il fallait une très grande salle pour le réfrigérer. Une année, nous avons profité de Noël pour faire un calcul pendant toute une semaine.

13- Je me souviens de mon premier PC. C'était un cadeau d'IBM. Il avait 16 K de mémoire au début et on l'a poussé jusqu'à 32 puis 64 K. On le programmait en APL.

14- Je me souviens des Apple II et de mon premier Macintosh.

15-Je me souviens du train Nancy-Lille et du buffet de la gare de Longuyon.

16- Je me souviens que B.S. avait fait confectionner une planchette avec de gros élastiques pour mieux travailler dans le train.

17-Je me souviens que je me suis battu toute une nuit avec un moustique, au casino d'Henin-Lietard.

18- Je me souviens du train de nuit pour aller aux Houillères de Provence. A l'arrivée à Aix en Provence, au petit matin, le soleil chauffait déjà. L'attente de la voiture des Houillères, sur la terrasse du buffet de la gare, était un véritable bonheur.

19- Je me souviens que le premier article que j'ai écrit portait sur les déformations des tubbings à Merlebach. Quand B.S. expliquait, cela s'enchainait parfaitement. Tout seul, je ne retrouvais plus rien.

20- Je me souviens que B.S. nous conseillait ce qu'il appelait le "style cactus".

21- Je me souviens que, lorsque j'ai envoyé mes premiers calculs à Robert Coeuillet, sa réponse commençait par : "Errare humanum est, perseverare diabolicum".

22- Je me souviens du Büro Internationnal für Gebirgs Mechanik à Leipzig. Pour y aller, on passait le mur de Berlin à Check Point Charly. Il fallait subir une heure de sermon du recteur de l'église St Thomas, avec sa grande fraise blanche empesée, pour écouter le ThomanerChor pendant si peu de temps.

23- Je me souviens de mes collègues Salustowicz, Knothe, Smolska, Richter, Protodjakonov...

24- Je me souviens que les toasts étaient très raides et duraient très longtemps. Un soir, Protodjakonov a raconté l'opera Carmen pendant près de deux heures.

25- Je me souviens des visites de mines de charbon que j'ai faites aux Etats-Unis en 1964. Je ne savais pas que, là-bas, on ne fournit pas les vêtements. C'est Louis Umberdis qui rentrait de la Foire Exposition de New York, qui m'avait prêté casque, bottes, gants et bleu, ce dernier déjà bien noir et gras de charbon. Au retour, à la douane d'Orly, le douanier avec ses gants blancs a absolument tenu à fouiller ma valise...

26- Je me souviens que, dans la salle des Congrès à Lisbonne, le rideau de scène s'est ouvert et qu'on a vu Salazar finissant, sur un fauteuil, figé comme une momie.

27- Je me souviens que je suis allé en Roumanie la première année de la dictature de Ceaucescu. Nous avons visité une mine de sel qui était grande et belle comme une cathédrale.

28- Je me souviens que le sujet de ma deuxième thèse était "le tunnel visco-elasto-plastique" et que j'ai beaucoup paniqué quand j'ai réalisé que tous les articles que j'avais rassemblés sur le sujet étaient faux.

29- Je me souviens que j'ai participé à plus de 100 jurys de thèse et que l'instauration des mentions m'a beaucoup coûté ces dernières années.

30- Je me souviens que mon dernier thésard s'appelait Mohamed et qu'il disait très souvent "Inch Allah".