Yves Claude GRODNER (1929-1961)

Ancien élève de l'Ecole polytechnique (promotion 1949), et de l'Ecole des Mines de Paris. Corps des mines.


Paru dans Annales des Mines, juillet-août 1961 :

A vouloir évoquer Claude Grodner, on est saisi de la crainte de mutiler son souvenir en pétrifiant une personnalité si vaste, si fertile, en enfermant dans des mots une vie qui avait toujours refusé les formules pour être pleinement réalisée.

Les étapes de sa trop brève carrière ont été peu nombreuses : École Polytechnique de 1949 à 1951, service militaire dans le Génie en 1951-1952, École des Mines de Paris jusqu'en 1954. En octobre 1954, il est affecté au sous-arrondissement de Nantes jusqu'au 1er février 1959, date à laquelle il prend en charge le sous-arrondissement de Metz-Nord.

Partout, sans lutte, sans éclat, il conquiert cette autorité que d'emblée ses amis, ses supérieurs, comme ses subordonnés ou ses administrés, reconnaissent comme la conséquence indiscutable de son intelligence, de son égalité d'humeur, de son impartialité, de sa modestie. Et l'affabilité qu'il savait donner à son accueil, le charme de sa personne apportaient cet élément supplémentaire si utile aux rapports des hommes.

Il abordait les problèmes qui se posaient à lui avec la tranquille assurance qu'une issue existait toujours et sa lucidité, la clarté de son esprit, lui permettaient d'embrasser la complexité des choses, les interactions des facteurs et de dégager effectivement les éléments constructifs des solutions.

Les problèmes qui lui étaient soumis, en plus de la gestion ordinaire de son service, n'étaient d'ailleurs pas simples. A Nantes, par exemple, ce furent les délicates questions posées par l'évolution des bassins ardoisiers avec leurs incidences techniques et leurs répercussions sociales. Ce fut aussi l'étude de réglementations destinées à éliminer les dangers des radiations dans les nouvelles exploitations minières du Commissariat à l'Énergie atomique.

A Metz, c'est un service particulièrement lourd qui lui est réservé : en plus du contrôle des exploitations de minerai de fer dont la production représente la moitié de la production nationale, il se voit confier notamment la responsabilité de l'étude d'ensemble des questions sociales de ce bassin de 25 000 mineurs, et le démarrage des études sur l'alimentation en eau potable et industrielle de la région.

Enfin, il avait dès le début accepté de devenir rapporteur à la Commission centrale des Automobiles et était certainement devenu, notamment après des stages en usines, le meilleur spécialiste du Corps des Mines en la matière.

Un des traits les plus frappants chez Claude Grodner était sans aucun doute sa joie d'être, son sens de la plénitude de l'instant présent auquel il savait se consacrer totalement en éliminant les faux problèmes, en ramenant ses soucis à une vision toujours optimiste de l'avenir, peut-être du reste parce qu'il savait qu'il était le plus fort.

Ce bonheur de vivre ne s'est jamais démenti, même pendant les six mois de son implacable maladie qui devait finalement l'emporter le 12 mai 1961, même pendant les dernières semaines passées à l'Hôpital Curie. Et là, on ne pouvait s'empêcher d'admirer la maîtrise qu'il avait de lui-même, l'agilité immuable de son esprit qui continuait à s'intéresser à tout, avec cette alternance d'analyse froide et d'humour qui lui était familière, et sa foi dans l'avenir.

On ne peut repenser à Claude Grodner sans lui associer sa femme et ses deux jeunes enfants. Que ceux-ci sachent combien est amère la peine que ressentent ses amis, ses camarades du Corps des Mines en songeant à sa disparition prématurée, alors qu'il est chaque jour plus nécessaire à la société de disposer d'ingénieurs de sa valeur, et aux hommes de conserver des amis de sa qualité.