Christian SCHERER (1947-2017)

Né le 7 aout 1947 à Nancy. Fils de Jean-Marie Scherer (1920-2016) et de Paule Marie Joséphine née Okinczyk. Frère de Jacques Scherer.
Christian est marié à Elisabeth Lafforgue. 4 enfants (3 fils et une fille), l'aîné dans l'assurance habite à New York, un pilote de chasse à Versailles, une fille vétérinaire qui dirige avec son mari une entreprise de cheminées à Aurillac, et un cadre chez Eiffage.
Christian décède le samedi 18 février 2017 au soir, à Versailles. Il est enterré le samedi 25 février au cimetière communal de Jouy en Josas. Un culte d'action de grâce a lieu le samedi 11 mars 2017 à 17 h 00 en l'église Saint Martin de Jouy en Josas

Le père de Christian était instituteur, devenu cadre dans les télégraphes puis dans les téléphones, il passe des concours qui lui donnent un avancement accéléré dans la fonction publique, et devient ainsi ingénieur du corps des télécommunications.

Ancien élève de l'Ecole Polytechnique (promotion 1966, entré classé 13ème et sorti classé 8ème) et de l'Ecole des mines de Paris (entré classé 7ème sur 12 corpsards). Diplôme d'Etudes Approfondies (DEA) de Probabilités sous la direction du Pr Neveu, Université de Jussieu - Paris, 1968. Il parlait l'anglais, l'allemand et le russe. Christian Scherer est souvent retourné à l'Ecole polytechnique à la fin des années 1990, en qualité d'examinateur d'informatique au concours d'admission à l'Ecole, fonction qu'il a exercé pendant une dizaine d'années.

Corps des ingénieurs des mines (nommé ingénieur général en 2001, il finit sa carrière à 66 ans à la classe exceptionnelle "E").



Christian SCHERER en grand uniforme de polytechnicien, en 1967.
(C) Ecole polytechnique

Christian Scherer laisse l'image d'un surdoué doté d'une très grande sensibilité. De 1958 à 1963, il suit son père qui est muté en Algérie, à Bab el Oued, où il étudie au lycée Bugeaud tout en lisant les livres d'électronique de son père. Il termine ses études secondaires à Toulouse-Blagnac, et obtient le premier prix de mathématiques au Concours général en 1964. Sa photo et une longue interview paraissent dans la presse (cf. article dans Sud-Ouest).

Suite à sa réussite au Concours général, il passe à la télévision sur le plateau à côté de Sheila, puis il fait un voyage à Tamanrasset.
Persuadé d'être reconnu, il interpelle une jeune fille qu'il croise dans la rue et lui demande s'il ressemble à sa photo ; cette passante, Elisabeth, deviendra son épouse et lui donnera 4 enfants.

En terminale, il gagne à nouveau un 2ème prix de physique au Concours général (1965). Reçu en maths-sup' au lycée Louis le Grand, il continue à correspondre avec Elisabeth restée à Toulouse. Après un mois en 1ère année de classes préparatoires, Christian souhaite accélérer ses études afin de pouvoir revoir Elisabeth le plus vite possible, et demande au proviseur de sauter une classe et d'entrer directement en 2ème année de classes préparatoires. Devant cette situation inédite, et après concertation entre les professeurs des 3 classes de mathématiques spéciales, il est décidé d'autoriser à 3 élèves à sauter une classe : Christian Scherer, André Voros et Jean-Charles Naouri. Les deux derniers entrent à l'Ecole normale supérieure, mais Christian échoue en faisant une copie blanche à l'épreuve de maths, et se résigne à entrer à Polytechnique (où il est classé 13ème sur plus de 300 admis) après une seule année de classe préparatoire.

Nous sommes en 1966. Elisabeth quitte alors Toulouse et va travailler en région parisienne. L'Administration militaire oblige Christian à signer un engagement qu'il ne se mariera pas en cours de scolarité à Polytechnique. Il aurait pu demander une dérogation, mais il préfère se marier en secret avec Elisabeth en 1967. Leur fils aîné Alexandre naît en mars 1968, avant les troubles de mai et avant la fin de la scolarité de Christian à l'X ! Christian installe à cette époque, à titre bénévole, des cables téléphoniques dans les chambrées (caserts) de l'Ecole. Pendant la période troublée de mai 1968, il fait la connaissance de son camarade de promotion et agitateur politique Alain Lipietz avec lequel il restera toujours ami sans partager les convictions ni l'attitude rebelle contre l'ordre établi. Ayant besoin d'argent, il fait un travail d'été à la Sollac, où il est introduit par son beau-frère Daniel, comme manoeuvre ajusteur P3.

Il fait une année de service militaire (1968-1969) au Bureau de recherche opérationnelle de l'Armée de terre, où il travaille avec son camarade de promotion Yannick d'Escatha à l'ancêtre du premier drone !

Entré en 1969 à l'Ecole des mines de Paris, il fait des stages à CEGOS Tymshare et à la CII. Il découvre Unix. A CEGOS Tymshare, il implémente un analyseur du langage COBOL et participe à une équipe branchée sur le langage APL (1971). A la CII, il contribue au développement d'un interpréteur de SIMULA développé par une équipe dirigée par Jean Ichbiah.

Christian Scherer fait l'essentiel de sa carrière dans l'Administration française, à l'exception d'une courte mise en disponibilité en entreprise et pour création d'entreprise. A sa sortie de l'Ecole des mines en 1972, il commence par 6 années dans le service ordinaire des mines, dans l'arrondissement minéralogique de Metz (sous-arrondissement de Strasbourg), puis à Caen, où il est aussi chargé de mission auprès du préfet de région pour les questions industrielles. De 1976 à 1979, il s'occupe du service interdépartemental de l'industrie et des mines (SIIM) pour les régions Aquitaine et Poitou-Charentes, à Bordeaux, puis est directeur-adjoint de la DII de Bordeaux (1980-83). Il s'y occupe de déchets et de risques industriels notamment.


Photo de gauche : Dominique Petit, X62, ingénieur général des mines honoraire
a été le patron de Christian Scherer à Strasbourg
et a conservé avec lui des liens d'amitié toute sa vie

En 1983, Christian tente alors un passage dans le privé, à ECOPOL SA, SERETE Ingénierie, un bureau d'études filiale du CEA qui s'occupait de pollution. Il ne s'y plait pas, la quitte en 1984 et crée une entreprise pour commercialiser des logiciels pédagogiques, notamment des logiciels développés et testés en environnement scolaire par son beau-frère, Ernest Rougé.

Revenu dans l'Administration en 1986, Christian Scherer essaie d'y propager la culture internet et Unix.

Affecté d'abord au service des études et de la statistique du Ministère du travail (1986-1987), il réalise le schéma directeur informatique des services extérieurs du Travail et de l'Emploi. Ce travail a duré un an, et a eu des suites intéressantes. Il a ensuite été nommé chargé de mission pour l'informatique auprès du délégué général à l'Emploi (1987-1994). Il s'occupe alors d'un schéma directeur pour l'ANPE, l'UNEDIC, et l'AFPA. Il découvre que les chiffres qui remontent au délégué général sont faux. Il met au point une nouvelle procédure informatisée permettant de faire remonter des données plus correctes.

A partir de 1994, Christian Scherer est affecté tantôt à la direction de l'action régionale et de la petite et moyenne industrie (DARPMI), tantôt au service du Conseil général des mines. Ivan Chiaverini avait été nommé directeur de la DARPMI en décembre 1994 à la place de l'ingénieur des mines Marcel Gérente. Christian Scherer a découvert que cet administrateur était l'auteur d'un recueil de poèmes et lui a proposé de l'éditer.

Il est nommé commissaire général adjoint de l'Exposition universelle de 2004, qui devait se tenir à Dugny (Seine-Saint-Denis), mais le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, décide en août 2002 d'annuler le projet.

Suite à cet avatar, il est nommé chargé de mission auprès du directeur de la DARPMI, Jean-Jacques Dumont. Il développe alors un forum et de la messagerie pour les services extérieurs du ministère de l'industrie.

En novembre 1994, Christian s'émerveille lors d'une démonstration de Mosaic, Veronica et d'un moteur de recherche. Il comprend l'intérêt des nouvelles technologies de communication pour animer la vie publique. Il sensibilise le directeur de l'Ecole des mines de Paris, Jacques Lévy, à cette cause, et demande à deux équipes de l'Ecole des mines de l'aider : celle de Robert Mahl à Fontainebleau et celle de Gladys Huberman au Centre de calcul de Paris. Il achète un Mavica, l'un des premiers appareils photo numériques grand public. Il devient aussi un grand adepte de la mémoire numérique du net.

Tout en continuant son activité principale dans l'Administration, il crée plusieurs sites web dont les plus connus ont été Adminet (admi.net, adminet.org, adminet.com, bientôt dérivés en variantes nationales), Evariste (site web pour informer les PME), ensmp.net (pour garder la mémoire d'événements). Il crée aussi de façon informelle un Club des webmestres de l'Administration (CAWA) avec une réunion mensuelle dans un café-internet, une liste de diffusion email avec convocation et compte-rendu mensuel, et un blog constamment mis à jour.

Il prend l'initiative de mettre le Journal Officiel sur internet (1995), d'abord de façon artisanale, puis de façon systématique avec le concours de l'Ecole des mines. Cette initiative se heurte à la volonté de confier un mandat exclusif de service public à la société ORT, qui avait reçu un monopole par application du décret n° 96-481 du 31 mai 1996. Le secrétariat général du gouvernement demande alors à l'Ecole des mines de respecter la légalité du décret. Christian Scherer se sent menacé, ainsi que le laisse entendre le photomontage ci-contre publié en 1995 en couverture d'une revue informatique grand public. Il internationalise le mouvement qui fut baptisé plus tard "Open Law" et conclut des accords avec des universités étrangères, principalement celle de Sarrebrück où le professeur de droit Maximilien Herberger accepte d'héberger un site web avec des lois et décrets français. La Déclaration de Sarrebrück du 16 novembre 1997 officialise cette volonté des juristes de porter le Droit à la connaissance libre et gratuite de tout un chacun, de même que les Protestants de la Réforme voulaient que les textes sacrés soient connus et interprétables par tous. Plusieurs amis français de Christian participent à la signature à Sarrebrück, parmi lesquels Pierre Mayeur, à l'époque administrateur au service informatique du Sénat, qui a twitté après le décès : Christian Scherer, génial X, aiguillon de l'internet public ... et rajoutait ensuite : J'ai eu la chance de le connaître fin 1995 ou début 1996. Je faisais partie de la petite équipe (nous étions 2 !) ayant lancé le site web du Sénat. Christian a été un formidable aiguillon, innovateur et provocateur de l'Internet public. Il etait très soucieux de créer et d'animer une véritable communauté, à travers le Cawa. Nous étions ensemble à Sarrebruck il y a maintenant 20 ans pour la fameuse déclaration. Adminet et droit.org ont été une très belle aventure. Une très belle chance de l'avoir connu, j'espère être digne de sa mémoire ...  

Les relations entre Christian et le S.G.G. se normalisent progressivement. C'est Henri Plagnol, secrétaire d'Etat chargé de la Réforme de l'Etat de juin 2002 à mars 2004, qui fait décerner à Christian l'Ordre national du Mérite sur proposition de Pierre de la Coste. Ce dernier, qui avait été conseiller technique du ministre de l'industrie Franck Borotra de 1995 à juin 1997, avait fait octroyer une subvention de 300.000 F à l'Ecole des mines en 1997 pour mettre le Journal Officiel en ligne. Il avait proposé de réaliser la navigation entre les textes du J.O. grâce à un système d'hyperliens, et il avait apprécié qu'Adminet ait implémenté ces propositions.


Photo de gauche : Pierre de la Coste, le 25/2/2017

Après sa retraite en 2013, Christian continue ses activités communicatives sur internet comme dans le passé. Peu intéressé par la politique, il participe toutefois à une liste aux élections de conseillers départementaux dans les Yvelines en 2015, comme suppléant d'une candidate DVD qui emporte 10,6 % des suffrages ; il défend alors les valeurs patriotiques, la police, la famille. Une semaine à peine avant son décès, il souhaite témoigner au 3ème procès relatif à l'explosion AZF de Toulouse, et se fait porter en civière dans le Tribunal. Les mises à jour du CAWA et d'Adminet se sont arrêtées quelques jours seulement avant son décès.

Baptisé catholique à sa naissance, Christian s'est par la suite rallié au protestantisme. En effet, pendant son séjour à Caen, son supérieur hiérarchique essaie de le convaincre d'entrer dans la franc-maçonnerie, et la lecture de textes maçonniques ésotériques le fait réfléchir sur la religion. Il voit une contradiction entre la pratique de la religion chrétienne et celle de la franc-maçonnerie, et finit par décider de pratiquer le christianisme dans sa variante protestante.

Christian Scherer, c'était le courage, l'enthousiasme, la communication, la vie. C'était aussi la fidélité en amour et à ses amis, et l'acharnement au travail. Il n'abandonnait jamais un objectif qu'il s'était fixé. Il ne se plaignait pas ; en plein coeur d'une crise, il voulait toujours croire que les choses allaient s'améliorer. Esprit très indépendant, il avait fait pleinement sienne la devise de l'Ecole polytechnique : Pour la Patrie, la Science et la Gloire. Si une directive hiérarchique contrevenait à ces principes de base, il ne retenait que la partie de la directive compatible avec les valeurs fondamentales. Très attaché à son ordinateur et aux valeurs communicatives, il avait demandé symboliquement que son ordinateur soit enterré avec lui. Il avait désigné quelques "fils spirituels" pour lui succéder dans ses travaux, sans trop croire dans cette suite. Mais surtout il tenait aux valeurs familiales, avec son épouse Elisabeth, ses 4 enfants et ses 10 petits-enfants. Il disait toujours qu'il avait été totalement fidèle à Elisabeth depuis le premier jour de leur rencontre.


Remise de médaille au Ministère du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique

Publication :

La seule oeuvre publiée de Christian Scherer est Les mémoires d'un logiciel (1999), publié aux éditions du paradis. Il s'agit de l'histoire d'un logiciel qui parle de lui-même à la première personne, et raconte sa vie. Peu avant sa mort, Christian voulait le rééditer en complétant l'histoire avec la circulation sur internet et les virus assassins.


Richard STALLMAN et Christian SCHERER en 2003.
Cette photo a été copiée du site adminet fondé par Christian SCHERER en juin 1997.

Interview de Christian Scherer publiée dans le journal Sud-Ouest en 1964


Les 3 fils de Christian : de gauche à droite, Alexandre, Jean-Philippe, Timothée (25/2/2017)
Photo R. Mahl

La fille de Christian, Johanna Pio, entourée de sa nièce Pauline Scherer (fille de Jean-Philippe) et de son oncle Daniel Lafforgue (25/2/2017)
Photo R. Mahl
  Christian avait une confiance totale en Jean-Christophe Esmiol (photo de gauche) pour gérer ses archives informatiques


Christian Scherer et la généalogie

Christian avait participé à un gros travail de recherches généalogiques centré autour des ascendants, descendants et même cousins et arrière-cousins de son père Jean-Marie Scherer. Comme il le faisait habituellement dans le cadre de ses autres occupations professionnelles ou personnelles, il a publié les résultats de ces travaux sur le web.

 

Christian Scherer et la paroisse de Jouy

Voici une citation de la publication Les 3 Temples, Eglise de Jouy en Josas, Viroflay, Vélizy, Chaville, n°137, mars avril mai 2017 :

Nous avons l'immense tristesse de vous annoncer le décès de Christian Scherer samedi 18 février au soir à Claire Demeure, paisiblement nous a dit Elisabeth.
Nous pensons à elle, à Alexandre, Jean-Philippe, Johanna, Timothée, leurs 4 enfants, ainsi qu'à leurs petits-enfants dont il était si fier !
Christian et Elisabeth son arrivés à Jouy dans les années 80. Ils ont très vite été des acteurs de notre communauté, fidèles aux cultes, aux fêtes, participant à de nombreux groupes et activités. Puis Christian a créé le site internet de la paroisse et il a été appelé à rejoindre le conseil presbytéral. J'ai le souvenir de ces réunions où il chantait, à pleine voix, pas toujours très juste mais tellement heureux de cette forme de louange !
Il nous a accompagnés en mettant ses compétences au service de l'Eglise et nous lui sommes très reconnaissants. Christian a beaucoup compté pour nous. Sa présence dans notre communauté est une bénédiction.
Catherine du Fou

Comme l'a rappelé le pasteur Paul Doré à son enterrement, Christian développa le site web de la paroisse, et filma même des cultes dans la paroisse de Jouy qu'il publia sous forme de vidéos sur le web !

Christian Scherer et le chant choral

Christian a chanté pendant de longues années dans la chorale White Spirit, avec beaucoup d'enthousiasme. Il disait lui-même qu'il chantait faux, mais fort.

Bien entendu, il a créé à ses frais un domaine internet, en 2006 : choralewhitespirit.org , ainsi qu'un site web associé, pour le compte de Agnès Florimond. Ce site a par la suite été transféré vers http://chorale-white-spirit.fr/
Le domaine choralewhitespirit.org expire le 28/3/2016 et ne sera pas repris.

Une liste non exhaustive des sites web créés par Christian Scherer

  • adminet.com et ses répliques admi.net, adminet.org, adminet.fr, etc.
  • adminet.tv
  • babouchka.net (site familial)
  • choralewhitespirit.org
  • christian.scherer.com
  • drire.net
  • ensmp.net (remplacé ensuite par emnps.net )
  • entreprise-internet.net et entreprise-internet.org
  • erfjvvc.fr et erfjvvc.org
  • evariste.com et evariste.org
  • goov.org
  • lamoitier.com (pour Jean-Pierre Lamoitier)
  • manuelpio.com
  • postel-vinay.net
  • scherer.fr
  • scrutin.org
  • timothee.net
  • voeux-internet.org
  • x-russie.org

La "méthode Scherer" consistait à publier de façon exhaustive des documents non confidentiels qu'il recevait : lettres, rapports, documents divers, soit sous forme d'un lien profond vers un autre site web, soit en numérisant le document. Cette méthode se heurta à divers déboires, principalement au "droit à l'oubli" qui valut de nombreux rappels à l'ordre de la part de la CNIL. D'autre part, les liens profonds qu'il créait vers d'autres sites web devenaient souvent obsolètes, ce qui le contrariait fortement, et il essayait souvent de récupérer le document perdu grâce au site archive.org qu'il avait baptisé la CIA.