Bertrand SCHWARTZ


Bertrand SCHWARTZ en 1962 (à gauche). A sa droite, Claude CHAMBON, qu'il fit désigner comme le successeur de son successeur à la tête de l'Ecole des mines de Nancy

Né le 26/2/1919 à Paris (14ème). Décédé le 30/7/2016. Petit-fils du rabbin Simon Debré et fils d'Anselme Schwartz, chirurgien. Frère du mathématicien Laurent SCHWARTZ et du professeur de médecine Daniel SCHWARTZ. Epoux de Antoinette.

Ancien élève de l'Ecole polytechnique (promotion 1939) et de l'Ecole des mines de Paris (entré en 1946). Corps des mines. Docteur d'Etat ès sciences (1959).
Il quitte le corps des mines en 1964 alors qu'il avait le grade d'ingénieur en chef.


Résumé de la carrière de Bertrand Schwartz :

Distinctions :

Il était Docteur Honoris Causa des Universités de Genève, Montréal, Bologne et Louvain-la-Neuve.

Il avait reçu le prix Grawemeyer en 1989, lorsque ce prix avait été décerné pour la première fois à une personnalité du monde de l'éducation.

Grand croix de la Légion d'honneur (2013).




Publié dans MINES Revue des Ingénieurs, #488, Novembre-Décembre 2016 :

Bertrand Schwartz

par Jean-François Raffoux (ancien élève de la promotion 1961 de MINES Nancy)

Alain Elie, élève des toutes premières promotions (58) de la réforme Schwartz et qui est resté très proche de lui pendant toute sa vie professionnelle aurait dû rendre cet hommage ici même mais des ennuis de santé l'ont amené à y renoncer et il me charge de l'en excuser. L'association des alumni m'a demandé de prendre le relai en tant qu'ancien élève d'une promotion (61 : dont six anciens élèves sont dans cette salle) qui a aussi vécu pleinement la réforme Schwartz et ayant ensuite eu la chance de faire une thèse sous sa direction. En tant que délégué de promotion j'ai eu par la suite des relations régulières épistolaires et téléphoniques avec lui, et ces dernières années avec mon épouse nous rendions régulièrement visite à Bertrand et Antoinette Schwartz.

Mais, mon hommage aujourd'hui, sera au-delà de mon témoignage personnel de proximité, celui des anciens de l'École dont je vais essayer de restituer une mosaïque à partir des témoignages exprimés sur le site facebook de l'École (dont je ferai quelques citations) et au travers des nombreux messages reçus de mes camarades de promotion.

En consultant ces témoignages, on constate d'abord qu'ils émanent d'anciens élèves de promotion allant de 1950 (et donc avant la réforme) jusqu'à des promotions récentes (qui n'ont jamais connu physiquement Bertrand Schwartz) mais qui témoignent tous des traces profondes qu'il a laissées.
Je cite : «Je comprenais qu'un quart de siècle plus tard tout ce que je vivais à l'École, c'était lui, Bertrand Schwartz, qui en était l'origine et à qui je le devais.» Cette réputation de l'École et l'aura qui l'a vite entourée a exercé un pouvoir d'attraction pour beaucoup.
Je cite : «J'ai choisi cette École sur la réputation de son directeur et l'attractivité de ses principes pédagogiques.» Cette semaine, même Jean-Claude Trichet (N61) nous confiait, au cours d'une réunion des alumni, qu'il avait choisi Mines Nancy pour la réforme Bertrand Schwartz.

La deuxième constatation c'est l'impact des paroles avec lesquelles Bertrand Schwartz accueillait les nouvelles promotions autour de deux mots clefs repris dans plusieurs témoignages : «Autonomie-Responsabilité». Je cite : «Nous comprenions que nous n'étions pas là pour nous laisser gaver de techniques mais pour apprendre à apprendre et à nous comporter en adultes responsables.»
Un autre ajoute : «Pauvres taupins assommés de maths et de physique, voilà que nous étions priés de grandir.»

La troisième constatation c'est l'adhésion unanimement exprimée au mode de formation instauré par la réforme Schwartz : travail en groupe, encadrement industriel, cours originaux à l'époque (expressions écrite et orale, méthodes d'action , sociologie) sans oublier les exploits qui avaient aussi un caractère pédagogique... et surtout le bénéfice humain et social tiré des stages.
Je cite : «Lors d'une visite de stage de Bertrand Schwartz nous lui faisions part de notre lassitude et du manque d'intérêt pour un stage où le travail partagé avec la maîtrise était fastidieux et ennuyeux : nous n'apprenons rien, disions nous !» Réponse de Bertrand Schwartz : «Vous apprenez l'ennui que vivent ces hommes !»

La quatrième constatation c'est l'impact de la formation reçue et de la rencontre avec Bertrand Schwartz sur la vie professionnelle et aussi personnelle et sociale.
Je cite : « Comment ne pas dire qu'il a été un modèle d'homme et de chef qui a certainement conduit consciemment ou inconsciemment ma vie professionnelle.» Et encore : « Il a été référence et guide dans toute ma carrière professionnelle.»
Et encore : « En précisant au cours d'un entretien que j'avais été élève de Bertrand Schwartz la réplique de mon interlocuteur a fusé : mais Monsieur cela se voit.»

La cinquième constatation est celle de la trace laissée sur bon nombre d'entre nous par le charisme personnel de Bertrand Schwartz : qualité humaine, accessibilité, écoute et ce beau sourire... qui faisaient de lui une personnalité attachante que certains ont ressentie effectivement :
Je cite : « Monsieur Schwartz était avec nous ; il vivait avec nous ; il nous comprenait ; il nous aimait .» Propos repris dans un autre témoignage : « Il est très juste d'écrire qu'il nous aimait. Par contagion, il nous a entraîné à aimer tous ceux avec lesquels nous avons à vivre et à travailler.»

La dernière constatation que je vous livre aujourd'hui (il y en a bien d'autres... mais le temps me manque) rejoint la précédente ; c'est celle de la place centrale de l'Homme (je dirai de l'humain pour ne pas paraître sexiste) dans la formation de l'ingénieur et de notre responsabilité humaine vis-à-vis des hommes que nous aurions à encadrer dans notre vie professionnelle. Je cite : « Bertrand Schwartz nous a fait comprendre qu'autonomie ne signifiait pas égoïsme et que disponibilité était l'ouverture à l'écoute de l'autre.»

En m'associant personnellement pleinement aux témoignages ici exprimés et que je partage, je voudrai simplement conclure sur ce point central «la place de l'Humain» dans l'héritage de Bertrand Schwartz envers les générations actuelles et futures de cette École et plus généralement de notre société.

Cet héritage doit être bien sûr adapté à notre époque où la révolution numérique a changé bien des modes de formation, de vie et de relation et cette adaptation est un grand défi.

Au cours d'une réunion tenue cette semaine avec plusieurs alumni nous étions à la fois admiratifs et interrogatifs sur les conséquences du passage de la 4G à la 5G (multiplication par 100 des débits, temps de latence ramené vers la ms, etc.). Devant cette accélération des technologies et certes les opportunités mais aussi les vulnérabilités qu'elle entraîne, je pense que Bertrand Schwartz nous aurait dit : « Et que faites-vous de l'Homme dans tout cela ? »

Jeunes générations, à vous de répondre à cette question et de relever ce défi !

Jean-François Raffoux (N61)