LES  INFECTIONS EMERGENTES
 

EDITORIAL

par François VALÉRIAN
Rédacteur en chef des Annales des Mines


Il n’y a pas que des peurs périodiques, dont on constate après coup qu’elles n’étaient guère fondées. On observe aussi, depuis quelques années, des infections émergentes, comme le Chikungunya, et ces infections font des victimes.

Les pays développés avaient vaincu un grand nombre de maladies, et les voilà de nouveau confrontées à des épidémies graves, peu ou mal connues. Or, ces infections mettent en jeu plusieurs éléments qui touchent chez l’homme à une conscience d’espèce. Tout d’abord, la plupart des infections se transmettent de l’animal à l’homme, et voici que resurgit la vieille peur d’un animal pas toujours aussi déplaisant qu’un moustique. Ensuite, il semble avéré que ces infections ont un rapport avec les modifications de notre environnement, et notamment avec le changement climatique sans doute causé par l’homme. Enfin, ce sont des infections globales. Comme presque tout aujourd’hui, elles se propagent vite à la surface du globe, et avec elles les rumeurs, l’inquiétude, la méfiance vis-à-vis des pouvoirs.

L’enjeu politique de ces infections est très important. L’inégalité sociale a toujours été forte face à la maladie, car l’accès aux soins est très inégalement distribué entre les pays et à l’intérieur d’un même pays. La surveillance, la prévention, puis la lutte en cas de crise, nécessitent des coopérations interministérielles complexes par nature. Elles nécessitent aussi la coopération entre Etats qui n’ont pas nécessairement la même vue de l’urgence, ni les mêmes priorités en termes de prévention, ou de politiques plus respectueuses de l’environnement.

Ce qui émerge aujourd’hui, au-delà d’infections menaçantes, c’est une santé publique mondiale. A cette santé publique, la gouvernance adéquate fait toujours défaut.

 

 
                         
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