LE PARTAGE DES SAVOIRS SCIENTIFIQUES,
 ENJEUX ET RISQUES


EDITORIAL

par François VALÉRIAN
Rédacteur en chef des Annales des Mines


Le temps de la science n’est pas celui de l’opinion. Nous en faisons l’expérience, désormais de manière fréquente, à chaque crise de santé publique ou de sûreté environnementale. Un public très large et divers, abreuvé d’informations contradictoires, est impatient de connaître une vérité que les experts et savants semblent incapables d’exposer d’une seule voix et en termes simples.

Faut-il pour autant renoncer à entretenir le grand public des problèmes scientifiques ? Dans toute démocratie moderne, la réponse est évidemment négative. De plus, la science elle-même, avec Internet, a produit le vecteur d’une diffusion inédite des savoirs, qui oblige désormais le monde scientifique à une confrontation avec un public sans doute peu formé, mais exigeant.

Les entreprises, les associations, les représentants d’intérêts divers, et jusqu’à certains scientifiques eux-mêmes, ont bien saisi l’utilité de ces débats publics presque permanents. Il est en effet tentant d’exploiter le débat pour déconsidérer telle ou telle thèse dominante dans le monde académique. Jamais la complexité n’a paru aussi grande, et la publicité qui lui est donnée favorise le scepticisme, le sentiment que tout est relatif et qu’aucune vérité n’est certaine. Ce relativisme est critiquable dans la mesure où il est extrême : aucune vérité n’est absolue, mais toutes les affirmations ne sont pas également vraies. Le débat public sur la science doit être un débat instruit, pour ne pas être un débat instrumentalisé.

On en revient à la nécessaire éducation du public, éducation à laquelle continuent d’échapper la plupart des jeunes dans un système scolaire aux larges mailles, et dominé en France par un apprentissage mathématique abstrait. Les efforts sont nombreux, de ceux qui s’efforcent de combler les lacunes de la formation initiale : initiatives locales, conférences et débats, universités pour toutes les classes d’âge. L’éducation scientifique demeure un enjeu capital, particulièrement peut-être dans les pays développés.

 

 
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