LES ANNALES DES MINES
RESPONSABILITE & ENVIRONNEMENT


n°46 - Avril 2007

 

1970, l'invention de l'environnement ?
 

EDITORIAL

par François Valérian
Rédacteur en chef des Annales des Mines

*   *   *

AVANT- PROPOS


L’ENVIRONNEMENTALISATION ET SES EMPREINTES SEMANTIQUES
EN FRANCE AU COURS DU XXe SIECLE

par Florian Charvolin
Chargé de recherche au CNRS, laboratoire Modys-Cresal

Que s’est-il passé pour l'environnement, en France, entre sa réapparition entre deux guillemets et sa reconnaissance institutionnelle en 1971 avec la création d’un ministère de la Protection de la nature et de l’Environnement ? Ni pure sémantique ni seule ontologie un décryptage du processus d’environnementalisation à travers ses empreintes sémantiques qui, derrière les évolutions du mot, restitue les transformations de la chose. Les quatre époques de l’environnement au fil du XXe siècle, le chemin parcouru par cette notion et la mobilité extrême de ce vocable.

 

DE L’INTERMINISTERIEL AU MINISTERE DE L’ENVIRONNEMENT

par Serge Antoine
ministère de l'Environnement

« Il y avait une germination de la notion d’environnement dans de nombreux ministères au même moment. Il peut apparaître que l’éclosion était américaine mais ce n’est pas pour autant que l’éclosion française était une dérivée de l’Amérique. C’était une éclosion parce que les choses étaient en train de naître. C’est venu comme un phénomène de société. »

 

NAISSANCE D’UN MINISTERE

par Robert Poujade
ancien ministre de l'Environnement

Né d’une volonté politique à un moment où une France encore rurale cherchait à poursuivre sa croissance sans sacrifier sa qualité de vie, le tout nouveau ministère de l’Environnement a dû tout inventer des bases qui sont, aujourd’hui encore, celles de l’écologie dans notre pays. Dialogue ferme mais pragmatique avec les industriels, synergies sans démagogie avec les associations, exigence scientifique et actions opérationnelles, économie et environnement, coopération internationale… un socle fondateur qui a bien résisté à l’épreuve du temps.

 

L’ECOLOGIE C’EST LA PLANETE, ET LA PLANETE C’EST NOUS

par Brice Lalonde
Ancien président de Génération écologie,
ancien ministre de l'Environnement, président de la table ronde de l'OCDE
sur le Développement durable

« 1969, c’est le pendant de la découverte de l’Amérique par Christophe Collomb, c’est Apollo, le pied sur la Lune et, surtout, ce sont les photos de la Terre vue de l’espace. Pour la première fois on voit la Terre puisqu’on s’en est écarté. Nous sommes sur un vaisseau spatial. De mon point de vue, l’écologie est née ce jour-là. Le second déclencheur c’est le jour où Georges Pompidou a expliqué qu’il fallait adapter Paris à l’automobile. C’est l’idée que le pouvoir politique allait me contraindre à disparaître de la voie publique si je puis dire, qui m’a révolté et poussé à m’engager. »

 

LES DEBUTS DU MINISTERE DE L’ENVIRONNEMENT

par Jean-François Saglio
ancien Directeur de la Prévention des pollutions et des nuisances,
ancien Délégué

Une époque où tout est à faire, et où l’on tente d’intervenir partout : l’eau, l’air, le bruit, les déchets solides, la mer, les industries, les collectivités. Le temps de l’austérité budgétaire n’est pas encore venu, la contrainte européenne est faible, et la France est parfois en avance sur les Etats-Unis. Quand la loi ou le règlement ne sont pas respectés, on passe une information à un hebdomadaire et les choses rentrent dans l’ordre. L’administration de l’environnement n’est guère étoffée, mais les Présidents de la République successifs la soutiennent… En quelques années, un arsenal juridique important est mis en place, et la France entame une dépollution considérable. Les débuts du ministère de l’environnement, ou le « bonheur d’administrer ».

 

2 RUE ROYALE, EN L’AN DE GRACE 1971

par Dominique Moyen
Ingénieur général des Mines

Les tout débuts du ministère de l’Environnement : quelques moyens mais, surtout, la liberté d’inventer de nouvelles postures administratives,  la volonté de faire bien sûr mais, d’abord, le souci d’inviter à voir et penser autrement. Convaincre les administrations, dialoguer avec les industriels sans baisser les bras, écouter les citoyens quand leurs représentants ne relayent plus leurs paroles, expérimenter une nouvelle forme de démocratie directe. Et au final, le sentiment de participer à une aventure qui engage l’avenir, reconnaître une autre façon de voir la vie collective et le débat public. Témoignage.

 

ENTRE ECOLOGIE ET ECOLOGISME : LA PROTECTION DE LA NATURE
AU MUSEUM DANS LES ANNEES 1950

par Florian Charvolin et Christophe Bonneuil
Chargés de recherche au CNRS

Un même terme pour désigner indifféremment une science naturaliste ou un engagement social, c’est l’aboutissement d’une évolution politique et sociale à laquelle le Muséum aura largement contribué dès les années 50. C’est, en effet, au sortir de la Seconde Guerre mondiale que le mouvement s’amorce, l’imaginaire de l’exploration coloniale cédant la place à celui de protection de la nature, nouvelle « mission de l’homme blanc ». La création au Muséum, d’une chaire « d’écologie générale et de protection de la nature » témoigne de cette évolution, du souci de faire de la protection de la nature le support et le moteur d’un nouveau domaine scientifique. Généalogie d’un « écologisme » dénué « d’écologie » qui s’impose en 1970 mais dont le lignage est largement plus ancien et plus commun.

 

DE LA PASSION DE LA PECHE A LA DENONCIATION DES POLLUTIONS.

Mise en forme d'une revendication (1958-1978)

par Christelle Gramaglia
Chargée de recherche au Cemagref

Depuis le début du XXe siècle, les bulletins de pêcheurs à la ligne se font l’écho des préoccupations vis-à-vis de la qualité des cours d’eau. L’Association nationale de protection des eaux et rivières (Anper-Tos) connaît à partir des années 1960 une transformation exemplaire. Le réseau de notables passionnés par la pêche aux salmonidés se change peu à peu en une association de type écologiste, usant du droit pour intenter des actions, et intervenant régulièrement auprès de la puissance publique. Les pêcheurs ont été parmi les pionniers de l’action environnementale, mais en même temps leur propre action s’est modifiée quand des revendications plus globales sont apparues.

 

DE LA CATASTROPHE DE FEYZIN A LA CREATION DU CFDE

par Brigitte Wolpin
Responsable de la programmation des formations du CFDE,
Assemblée des Chambres françaises de commerce et d'industrie de Paris

C’est voici 30 ans que la catastrophe de Feyzin imposait, par son ampleur, une réorganisation de l’inspection des installations classées puis, avec la création du CFDN, devenu depuis CFDE, de la formation de l’ensemble des acteurs, publics et privés, impliqués dans la gestion des nuisances et des risques industriels. Aujourd'hui, inspecteurs des installations classées et exploitants ont su construire, au fil de nombreuses évolutions réglementaires, un nouveau mode de relations qui privilégie la concertation entre eux et la transparence vis-à-vis du public. Le prochain défi sera d’associer le citoyen aux choix environnementaux de demain. Gageons que, cette fois, il faudra moins de 30 ans pour atteindre l’objectif.

 

LA PENSEE ECONOMIQUE FRANÇAISE DANS L’INVENTION DE L’ENVIRONNEMENT
ET DU DEVELOPPEMENT DURABLE

par Franck-Dominique Vivien
Laboratoire "Organisations marchandes et institutions"
Université de Reims Champagne-Ardenne

1957-1977 : vingt années qui ont vu la théorie économique bouleversée par l’irruption de la question environnementale, les frontières de la discipline redessinées et de nombreux chantiers s’ouvrir aujourd’hui encore en activité. Une période charnière qui nourrit la construction de la question environnementale en même temps qu’elle s’interroge sur ses fondements. L’occasion aussi avec la question du développement durable, très tôt soulevée par les économistes français, d’ouvrir le débat sur la nécessité d’instituer sur de nouvelles bases les rapports entre économie, société et biosphère.
 

LES AGENCES DE L'EAU ET LE CONTEXTE DE LA REGIONALISATION

par Bernard Barraqué
Directeur de recherche, CNRS, Latts

Crées à l'époque de la Datar, celle de l'aménagement du territoire et des grands projets gaulliens mais aussi quand le mouvement gaullien commence à se confronter à l'épaisseur du « local », les Agences de l'eau, entre modernisation et respect de l'identité régionale sont typiques de cette montée de l'institutionnalisation de l'action collective. Souvent mises en cause pour leur inefficacité elles n'ont jamais eu vocation à remplacer la régulation étatique de type traditionnel par une régulation de type économique, mais de faciliter le respect des règles nouvelles d'environnement. Dans un monde moderne et mondialisé, la légitimité de l'action publique n'est-elle pas liée aussi à l'efficacité de l'action ? Régions et organismes de bassin ne doivent-ils pas jouer un rôle accru ? Une loi récente tend à « recentraliser » la politique de l'eau. Fallait-il le faire ou, au contraire, jouer sur plus de démocratie participative ?

 

QUELLES LEÇONS LES AMERICAINS PEUVENT-ILS TIRER
DE L’HISTOIRE DU MOUVEMENT ECOLOGISTE EN FRANCE
 ?

par Michael Bess
Chancellor's Professor en Histoire,
 Université Vanderbilt, Nashville, Tennessee, Etats-Unis

Depuis les années 60, de fortes préoccupations environnementales sont apparues dans la plupart des pays industrialisés. Au-delà des caractéristiques transnationales de ces préoccupations, des mouvements qui les portaient et des réponses institutionnelles qu’elles ont suscitées, chaque pays semble avoir suivi un itinéraire propre vers une plus grande prise en compte de la nature dans les choix publics. C’est sur la relation avec la nature, en particulier, que la France se distingue des Etats-Unis. La nature en France n’est presque jamais la nature sauvage restée dans un état quasi originel, à l’abri de l’intervention humaine. C’est au contraire une nature mariée à l’homme, et l’écologie française vise à préserver, ou à rétablir, l’harmonie de cette union. En France, la défense de l’environnement n’est pas incompatible avec le progrès technologique, économique ou social. Les défenseurs nord-américains d’une écologie radicale ont sans doute quelques leçons à en tirer. 

 

 

Hors dossier


HISTOIRE DES INSPECTEURS DES INSTALLATIONS CLASSEES, 1810-2006

par Laure Bonnaud
Chargée de recherches à l'Inra, Unité TSV

Commissaires de police, géomètres, médecins, inspecteurs du travail, ingénieurs des mines qui avaient connu le fond des puits, les ancêtres des inspecteurs des installations classées sont nombreux. Tous avaient comme point commun de partager l’exercice de l’inspection avec de nombreuses autres activités. Le ministère de l’Environnement a favorisé la création d’un métier d’inspecteurs, dans un équilibre complexe entre compétence juridique et expertise technique.

 

 

                                                                                                            
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