Charles Albert BOISSIÈRE (1843-1912)


Boissière, élève de l'Ecole des Mines de Paris
(C) Photo collections ENSMP

Fils de Jean Achille Théodore BOISSIÈRE, Maître d'hôtel, et de Françoise Joséphine FAURIEZ.

Ancien élève de l'Ecole polytechnique (promotion 1863, sorti classé 86 sur 128 élèves) et de l'Ecole des mines de Paris (promotion 1865). Ingénieur civil des mines.


Bulletin de l'Association des Anciens élèves de l'Ecole des Mines de Paris, Juin 1912

Le mercredi 31 janvier 1912 ont eu lieu les obsèques de Albert BOISSIÈRE, ingénieur en chef du service des houilles à la Société du Gaz de Paris, ancien Président de notre Association amicale.

BOISSIÈRE était tenu en très haute estime par tous ceux qui l'avaient approché et, le connaissant, avaient pu apprécier la droiture de son caractère et la sûreté de ses relations. Aussi, à la nouvelle de sa mort, affluèrent de tous côtés de nombreuses et sincères marques de sympathie, en témoignage des amitiés qu'il avait su se créer tant dans le monde industriel, à la place importante qu'il y occupait, que parmi ses camarades.

Sa vie fut une vie toute de travail. Né le 2 décembre 1843 à Orléans, il commença ses études au lycée de cette ville, les continua au lycée de Caen pour les terminer à Paris, au lycée Henri-IV.

Sorti de l'École polytechnique en 1865, il fut admis cette même année à l'École des Mines et obtint en 1868 le diplôme d'Ingénieur civil des Mines. Il débuta dans l'industrie chez M. DARBLAY, à Corbeil, où il eut à s'occuper, pendant un an, de la construction de bâtiments et de l'installation de groupes de machines. Il resta ensuite quelque temps à Paris, aux Ateliers de Construction de charpentes métalliques « Rousselle » ; puis, le 8 septembre 1861, il entrait à la Compagnie parisienne du gaz comme inspecteur adjoint du service des machines.

Après un stage d'un an, pendant lequel ses aptitudes et ses qualités furent justement remarquées, BOISSIÈRE fut désigné pour le poste d'inspecteur des arrivages de charbons.

Dans cette nouvelle situation, il ne tarda pas à se distinguer et il fut permis, alors, de pressentir la brillante carrière qui lui était réservée.

Ingénieur adjoint le 1er janvier 1889, puis ingénieur-chef de service le 1er juin 1895, il fut d'abord maintenu dans cette situation par la Société du Gaz de Paris, régisseur intéressé de la ville de Paris, qui prit possession de l'exploitation le 1er septembre 1907 ; puis nommé au grade d'ingénieur en chef du service des houilles le 1er octobre 1909.

Dans l'accomplissement de ses importantes fonctions qui exigeaient autant d'activité que de décision, il eut, différentes fois, l'occasion d'affirmer sa compétence et sa remarquable connaissance du vaste et complexe service qui lui était confié. A plusieurs reprises, l'approvisionnement de l'énorme quantité de houille, nécessaire pour assurer la production régulière du gaz à Paris, présenta de graves difficultés, notamment lors des grandes grèves du Pas-de-Calais, à la suite de la catastrophe de Courrières en 1906. La cessation presque complète des expéditions des houilles françaises amena une diminution importante des stocks de la Compagnie parisienne. Parfaitement au courant du marché, BOISSIÈRE, par sa rapidité d'action et fort aussi des sympathies qu'il s'était attiré, parvint à mettre fin à une situation qui menaçait de devenir critique. Alors que la concession de la Compagnie parisienne du gaz allait venir à expiration et que l'incertitude, qui planait sur l'exploitation future, rendait particulièrement délicate la passation des marchés avec les entreprises houillères, BOISSIÈRE sut encore avec autant d'initiative que de clairvoyance, assurer sans aucun à-coup la continuité des approvisionnements.

Plus récemment, les inondations de 1910, en arrêtant complètement la batellerie, et la tentative de grève générale des chemins de fer devaient encore mettre notre camarade à même de fournir de nouvelles preuves de ses remarquables facultés d'organisation en assurant, sans aucun retard fâcheux et avec une habileté consommée, les arrivages de charbons du gaz de Paris.

Au cours de sa longue carrière, pendant quarante ans, il ne cessa de perfectionner la marche du service dont il était charge, et dont l'importance augmentait d'année en année avec une extrême rapidité. La consommation annuelle de houille de l'exploitation du gaz de Paris a plus que triplé en effet de 1871 à 1912.

Jusqu'à son dernier jour, il remplit son devoir et ne cessa d'exercer ses fonctions avec la lucidité et l'énergie qui l'avaient fait apprécier par ses chefs dès le début de son entrée à la Compagnie parisienne du gaz et, lorsque la mort l'a atteint, après une courte et douloureuse maladie, il poursuivait encore ses travaux, se préoccupant déjà de l'éventualité de la grève générale des houillères anglaises et envisageant les mesures qu'il proposerait de prendre pour parer aux conséquences de ce grave événement.

En 1910, notre camarade reçut enfin la récompense de trente-neuf années de travail ininterrompu. En qualité de membre du jury de la classe des Mines à l'Exposition franco-britannique de 1909, il obtint la croix de chevalier de la Légion d'honneur.

Tous ceux qui le fréquentaient ou s'étaient rencontrés avec lui sur le terrain commercial, tant en France qu'en Allemagne et en Angleterre, applaudirent à cette distinction si méritée.

Malgré ses nombreuses occupations qui lui laissaient bien peu de temps libre, BOISSIÈRE n'oubliait pas notre Association amicale qu'il aimait, qu'il a contribué à développer et à laquelle il a rendu de très grands services.

Nommé membre du Comité en 1884, il fut trésorier de 1887 à 1888 et de 1889 à 1893, puis président de 1898 à 1899 et de 1903 à 1904. Il remplit ces dernières fonctions modestement, consciencieusement, avec beaucoup de dévouement et le souci constant d'être utile. Aux élèves et aux anciens élèves de l'Ecole des Mines, il réservait toujours l'accueil le plus cordial, et ses conseils étaient toujours très écoutés. Il ne reculait devant aucune démarche quand il s'agissait de rendre service à l'un d'eux.

BOISSIÈRE avait des idées larges, l'esprit très précis ; c'était un fort brave homme et un homme de coeur.

Que sa femme et sa fille, à qui nous offrons ici l'expression de nos sentiments de bien douloureuse sympathie, soient assurées que nous conserverons de celui qu'elles pleurent, souvenir fidèle et ému.

G. ROUY.