Louis ARMAND (1905-1971)

Né à Cruseilles (Haute-Savoie) ; décédé à Villers-sur-Mer (Calvados), foudroyé par une thrombose coronaire.
Fils de Jean-Marie ARMAND, instituteur, directeur d'école communale, et de son épouse née Clotilde MASSON, institutrice, fille d'instituteurs. Frère des jumeaux Pierre et Henri (1913-1977 ; professeur agrégé de physique en classes préparatoires), nés en 1913.
Marié en 1928 à Geneviève GAZEL, issue de Cruseilles, fille d'un enseignant.
Enfants : Maurice (décédé en 2011), Joseph, Jeannine (1931-2004 ; épouse de Nicolas du PRÉ de SAINT-MAUR, né en 1931, X 1953), France-Marie (épouse de Jean Robert Marie LEFEBVRE de LADONCHAMPS, né en 1935, X 1954, ingénieur de l'Armement que son beau-père a essayé de faire nommer directeur de l'enseignement de Polytechnique).
Oncle de Jean-Louis Armand (né en 1944, X64) et de son frère André Armand (né en 1951, X71, décédé en 2001) : ils sont les fils de Henri (1913-1977), frère de Louis et professeur de physique dans des classes préparatoires.

Ancien élève de l'Ecole Polytechnique (promotion 1924, sorti classé 2ème) et de l'Ecole des Mines de Paris (sorti classé 1er). Membre du Corps des mines. Voir le bulletin de notes de Louis Armand à l'Ecole des mines.

Membre de l'Académie des sciences morales et politiques (1960) et de l'Académie française (1963). Grand officier de la L.H., Compagnon de la Libération.


Biographie de Louis ARMAND,
par
Roger HUTTER
Ingénieur au Corps des Mines, Directeur général adjoint de la S.N.C.F.

Publiée dans Annales des Mines, octobre 1971.

Avec Louis Armand, décédé subitement le 30 août dernier, a disparu une très grande figure du Corps des Mines, dont le rayonnement s'était depuis longtemps étendu au-delà du monde des ingénieurs et même de sa patrie.

Louis Armand était né le 17 janvier 1905 à Cruseilles, en Haute-Savoie, où son père et sa mère étaient instituteurs.

Il fait ses études secondaires au lycée du Parc à Lyon, et est reçu à l'Ecole Polytechnique 14e sur 225 en 1924; il en sort 2e et choisit le Corps des Mines.

Affecté à Clermont-Ferrand le 1er octobre 1929, il se consacre à des travaux très remarqués sur les eaux minérales, grâce auxquels les captages de plusieurs sources domaniales du bassin de Vichy voient leurs débits multipliés par des coefficients de 2 à 5 et leur température d'émergence élevée jusqu'à 9o.

Louis Armand a publié aux Annales des Mines en 1934 (t. V) les notes suivantes :

  • Remarques sur les méthodes physiques et chimiques de contrôle des eaux minérales (pp. 69-78) en collaboration avec Mme Blanquet.
  • Recherches sur la floculation des eaux bicarbonatée (pp. 79-81) en collaboration avec le Dr Lescoeur.
  • Les eaux minérales de Chateldon et leur radioactivité (pp. 82-89) en collaboration avec Mme Blanquet

    et enfin une étude magistrale :

  • Étude des sources gazeuses et particulièrement des sources obtenues par forages dans le bassin de Vichy (pp. 341-431).
  • Ces travaux de jeunesse, qui revalorisent une des principales richesses thermales du pays, lui valent une lettre de félicitations du ministre de la Santé publique, le 21 mars 1933.

    Le 1er octobre 1934, il quitte l'Administration pour entrer à la Compagnie P.L.M., et cette rencontre avec le chemin de fer oriente désormais toute sa vie.

    Après un bref stage à Lyon, où il s'intéresse aux premiers essais commerciaux d'autorails, il occupe toute une série de fonctions au Service du Matériel et Traction du P.L.M., puis de la Région du Sud-Est de la S.N.C.F., y compris un passage à la tête de la Division du Mouvement qui élargit ses compétences ferroviaires, et devient chef du Service du Matériel et Traction de la Région de l'Ouest.

    Cependant, les tourmentes de la guerre et de l'occupation se sont abattues sur la France et le patriotisme de Louis Armand se révèle immédiatement, par sa vigueur et par son courage.

    L'action de Louis Armand dans la résistance a été à tous égards exemplaire : elle a débuté dès 1940, où il a repoussé avec fermeté les propositions de fonctions officielles que ses dons exceptionnels lui avaient attirées, elle s'est développée inlassablement et méthodiquement par la création du réseau Résistance-Fer, dont il a assumé la responsabilité, et elle s'est exercée, courage suprême, au poste même de dirigeant qui était le sien, sans recours aucun à la sécurité relative de la clandestinité.

    Ce faisant, Louis Armand a galvanisé plus qu'aucun autre l'esprit de résistance des cheminots, mais, identifié par les services de l'occupant, arrêté en 1944, il n'a dû en définitive qu'à un concours de circonstances exceptionnel d'échapper, lors de la libération de Paris, au sort qui l'attendait.

    Sorti des geôles allemandes, il reprend sa carrière au point où il l'avait laissée, refusant, avec une particulière élévation de pensée, toute exploitation politique de son action, et prenant même ses distances avec l'épuration de l'époque.

    Mais il poursuit cette carrière à grands pas, car le jeune quadragénaire est déjà, de toute évidence, un grand chef mûri par l'épreuve.

    Il est directeur général adjoint de la S.N.C.F. en 1946, devient directeur général en 1949, et président du Conseil d'administration en 1955.

    L'apport de Louis Armand à la S.N.C.F. est bien connu : il faut cependant rappeler le traitement intégral des eaux d'alimentation des locomotives à vapeur, prolongeant en quelque sorte ses recherches sur la floculation des eaux minérales, et résolvant ainsi un problème irritant du chemin de fer d'autrefois.

    Son oeuvre principale reste, bien entendu, la traction électrique en courant industriel. Parti d'une idée économiquement féconde, il a su rassembler une équipe de grands techniciens pour en développer tous les aspects, et a animé l'ensemble avec une foi dans l'avenir qui galvanisait tous ses collaborateurs.

    Aujourd'hui, où les redresseurs secs ont conduit à la solution parfaite du problème, et où les réseaux du monde entier ont adopté les méthodes françaises, on mesure à quel point Louis Armand était un maître dans l'application de la recherche, ce domaine que l'esprit français passe parfois pour sous-estimer.

    La grande ligne directrice de l'esprit de Louis Armand, à côté de son cadre professionnel d'élection, a été la coopération internationale.

    Un de ses rêves a été, je puis en témoigner, l'utilisation des ressources du Sahara par une communauté de nations : il s'y est consacré pendant 5 ans de 1953 à 1958, et y a renoncé avec regret.

    C'est dans le même esprit qu'il a préconisé la création de l'EURATOM et en a assumé la présidence à sa fondation en 1958.

    Mais c'est finalement dans le chemin de fer qu'il a trouvé le noyau autour duquel sa foi dans l'action commune pouvait le mieux se développer : nommé secrétaire général de l'Union internationale des Chemins de fer en 1961, il a oeuvré à la compréhension mutuelle, dans le milieu qu'il avait choisi 27 ans auparavant, et c'est à ce poste que la mort est venue le frapper.

    Les dons de Louis Armand étaient si éclatants que tous les milieux touchés par son activité l'ont accueilli et honoré.

    On ne peut citer ici les nombreuses distinctions qui sont venues de France et de l'étranger s'ajouter à sa plaque de grand officier de la Légion d'honneur et à sa croix de la libération, non plus que les fonctions de professeur, de conseiller et d'administrateur qu'il a assumées et dont il n'a négligé aucune.

    Mais cet ingénieur de tempérament avait en outre un rare don d'expression : déployé dans d'innombrables conférences où se pressaient les auditoires les plus variés, il est concrétisé par plusieurs livres :

  • « Plaidoyer pour l'Avenir » et « le Pari européen », en collaboration avec Michel Drancourt, qui restent son « manifeste ».

  • « Simples propos », et « Propos ferroviaires », où il a dit, avec une simplicité émouvante, son attachement à sa petite patrie savoyarde et à son métier.

    L'Académie des sciences morales et politiques, en 1960, et l'Académie française, en 1963, ont donné leur consécration à ces dons en l'appelant dans leur sein.

    S'il m'est permis d'évoquer ici une amitié de 35 ans, je dirai simplement que, chez Louis Armand, ce qui, finalement, m'a le plus frappé, c'est l'équilibre exceptionnel entre le coeur et l'esprit.

    Des dons intellectuels hors pair, allant de l'intuition créatrice à la persuasion la plus raffinée en passant par le travail rigoureux, prennent une dimension supérieure lorsqu'ils sont au service d'un coeur élevé.

    Louis Armand ne connaissait ni la peur, ni la haine, et il considérait toujours son prochain comme une fin et non comme un moyen. Aussi a-t-il suscité plus de dévouements et plus d'amitiés qu'aucun autre : travailler sous ses ordres était - j'en garde à tout jamais le souvenir - une joie et un enrichissement perpétuels.

    En disparaissant prématurément, il laisse dans le Corps des Mines, dans le monde des ingénieurs, en France et dans le monde entier un grand vide : celui d'un homme de bonne volonté.


    Compléments d'information sur Louis Armand :

    [Henri Malcor, qui était resté très proche de Louis Armand depuis la sortie de Polytechnique, a retracé la carrière de Louis Armand dans l'ouvrage Louis Armand, quarante ans au service des hommes, Assoc. des amis de Louis Armand, présidée par Henri Malcor, Lavauzelle, 1986, 172 p.].


    Louis Armand, président des HBL, inaugure le siège de l'organisation.


    La Jaune et la Rouge, no 182, mai 1964 :

    Le 19 mars 1964 notre camarade Louis ARMAND élu à l'Académie française le 13 juin 1963, au fauteuil d'Henri MONDOR, a prononcé son discours de réception. La réponse au récipiendaire a été faite par M. Jean ROSTAND que sa qualité de savant et de philosophe nourri d'une expérience de biologiste rendaient particulièrement apte à rendre compte et à apprécier l'oeuvre du nouvel académicien. Nous pensons que nos lecteurs liront - ou reliront - avec intérêt les extraits ci-après du portrait qu'a fait Jean ROSTAND de notre éminent camarade.

    Extrait du discours prononcé par M. Jean ROSTAND :

    Monsieur,

    Vous naquîtes, Monsieur, le 17 janvier 1905, à Cruseilles, petit village de la Haute-Savoie, dans l'une de ces familles que l'on qualifie de modestes et qu'on devrait plutôt dire privilégiées puisqu'on y respire la netteté morale et qu'on y prend au sérieux les choses dignes de respect. Vos deux parents sont instituteurs : ils seront vos premiers maîtres.

    Dès l'école communale, s'annoncent vos heureuses dispositions pour l'étude, et notamment une rare facilité aux mathématiques. Mais il s'en faut que le labeur scolaire fixe toutes vos curiosités. Le spectacle de la nature vous intrigue et vous sollicite. Vous herborisez, vous examinez les roches, vous déterrez les fossiles. En bref, à l'intelligence de l'abstrait vous joignez la sensibilité au réel ; à l'esprit géométrique, l'esprit naturaliste ; et ce précieux équilibre, vous saurez le maintenir tout au long de l'existence : il sera l'un des secrets de votre force.

    A douze ans, vous savez déterminer tous les champignons savoyards. Estimant que tout ce qui n'est point vénéneux est fait pour être consommé, vous apportez, un jour, à votre grand-mère un panier de cryptogames insolites, par vous récoltés en forêt. On les accueille avec circonspection, mais si persuasive est l'assurance de votre jeune savoir qu'enfin l'on consent à les faire cuire, et qu'on se hasarde à les manger.

    C'est environ le même temps que votre précoce compétence en botanique vous vaudra une singulière marque de confiance. Comme le pharmacien du village - on est en pleine guerre - manque de digitaline, il vous désigne pour récolter les plantes qui fourniront le médicament. Qui plus est, il vous fait collaborer à l'extraction du dangereux alcaloïde. On veut espérer que les cardiaques de Cruseilles n'ont eu qu'à se louer de cette préparation artisanale.

    Je ne m'attarderai pas à vos succès d'écolier. Brillant élève des lycées d'Annecy et de Lyon, vous dirigez vos efforts en vue des grandes écoles. Entré d'abord à l'Ecole polytechnique, puis à l'Ecole des mines, vous sortirez second de la première et premier de la seconde. A peine avez-vous obtenu votre diplôme d'ingénieur, vous voilà en poste à Clermont-Ferrand. La région abonde en sources thermales et les problèmes qu'elles posent vont tenter vos premiers efforts d'investigateur. Vous les étudierez en géologue, en physicien, en chimiste, mais aussi en biologiste. Je ne puis quand même pas omettre, Monsieur, qu'en 1930 - tout comme, de mon côté, je faisais dans le même temps, - vous vous adonniez à des recherches expérimentales sur des têtards de grenouilles.

    Fort pertinemment vous avez fait choix de ces petits animaux pour tâcher d'éclaircir la nature des effets physiologiques, et partant médicamenteux, qu'on a coutume d'attribuer à l'absorption des eaux minérales.

    Ces effets ne tiennent-ils pas, plutôt qu'à la composition saline de l'eau, à certaines propriétés plus subtiles et aussi plus fugaces, qui n'appartiendraient qu'à l'eau « vivante », fraîchement tirée de la source ?

    A cette question l'expérience vous semble apporter une réponse positive. De surcroît, vous pensez avoir trouvé le moyen de conserver à l'eau sa mystérieuse vitalité, et vous entreprenez de guérir des rats anémiques en leur faisant boire une eau ferrugineuse embouteillée à votre façon...

    Oserai-je vous dire que ces résultats me laissent dans l'incertitude ? Les faits biologiques sont complexes, leur interprétation souvent équivoque... Mais c'est là une discussion qui nous mènerait trop loin et qui, mieux qu'ici, serait à sa place devant l'Académie de médecine.

    C'est précisément par cette Compagnie que seront couronnés vos travaux sur les têtards et les rats buveurs d'eaux minérales.

    Mais bientôt vous allez délaisser les eaux pour les chemins de fer. Pourvu d'un poste de commandement à la compagnie du P.L.M., vous ne tarderez pas à vous y distinguer par l'invention d'un ingénieux procédé qui permet de prévenir ou de retarder l'entartrement des chaudières, et, par là, de prolonger notablement la vie des locomotives.

    C'est dans le plein de votre activité créatrice que vous surprend la défaite de 1940. Vous n'y consentez point ; et désormais vous ne chercherez plus dans l'exercice de votre métier que les occasions de contribuer au relèvement de la patrie et à la reconquête de la liberté.

    Soit en transmettant aux commandements alliés des renseignements qui aideront à leurs entreprises, soit en entravant les déplacements et les transports de l'ennemi, la Résistance-Fer devait jouer un rôle majeur dans la lutte clandestine. Vous en serez le promoteur et participerez sans relâche à cette glorieuse « bataille du rail » que l'écran a rendue légendaire.

    « Malgré les risques les plus graves » (ce sont les termes mêmes de la belle citation qui honore votre conduite), vous donnez à tous l'exemple d'un « courage à toute épreuve » et de la « plus haute conception du devoir ». Cet héroïsme quotidien vous désigne aux rigueurs de l'occupant. Arrêté le 25 juin 1944, vous ne sortirez de la prison de Fresnes - échappant de justesse à la mort - que par la libération de la capitale.

    Permettez-moi, Monsieur, de saluer à travers vous, premier cheminot de France, tous vos obscurs et anonymes compagnons de lutte. Vous n'admettriez pas, j'en suis sûr, d'être séparé d'eux, et j'ai en mémoire certains vers d'Edmond Rostand sur :

                     ...la foule humble et noire 
    Qu'il faut pour composer une page d'histoire.
    

    Ces cheminots, vous leur avez, à maintes reprises, rendu hommage. Vous avez loué leurs vertus dans la paix comme dans la guerre, vanté leur conscience professionnelle, leur zèle pour le bien public, leur ponctualité, leur soumission au juste despotisme de l'horloge, leur sens émouvant de la solidarité et de l'entraide. Avoir vécu et oeuvré longuement à leurs côtés, avoir partagé avec eux l'effort et le danger, a marqué fortement votre tempérament d'homme d'action et aidé au généreux épanouissement de votre éthique sociale.

    Tandis que dans votre cachot une mort prochaine semblait être votre seul avenir, vous réfléchissiez vaillamment sur les problèmes de votre métier.

    « Mon moral a tenu - avez-vous dit - parce que j'ai échafaudé alors ce qui devait être plus tard le système de traction électrique en courant monophasé cinquante périodes. »

    Voilà des termes un peu rébarbatifs et auxquels notre coupole n'est guère accoutumée... Je n'aurai garde de m'essayer à les traduire. Qu'il me suffise d'admirer que des méditations d'un prisonnier stoïque soit sortie une rénovation complète de notre système ferroviaire. Elles devaient conduire en effet à l'institution des méthodes qui permettraient d'utiliser directement le courant industriel dans l'électrification des chemins de fer. Pour décider d'une transformation si hardie et de si vaste conséquence, vos seuls talents d'inventeur n'eussent point suffi ; il y avait aussi, pour vaincre le scepticisme des experts et secouer la nonchalance des routiniers, votre enthousiasme militant, votre opiniâtreté, votre force de persuasion.

    A ce progrès fondamental vous en ajouterez bien d'autres où l'électronique aura sa part, et qui intéressent la célérité des transports, la formation des itinéraires, la sécurité des voyageurs. Sous votre énergique et savante direction l'industrie ferroviaire de notre pays va primer dans la compétition internationale. Grâce à vous on verra courir des trains français qui seront les plus vites du monde ; en 1955, on applaudira aux exploits de la fameuse B.B. 9004, qui couvre plus de trois cents kilomètres à l'heure... Car n'oublions pas que cette double initiale fut d'abord illustrée par une belle locomotive.

    Après avoir aidé votre pays à faire un meilleur usage de la vapeur, puis de l'électricité, il était inévitable que votre intérêt se portât sur cette nouvelle et quasi inépuisable source d'énergie que fournit à l'homme, depuis peu, la libération de l'atome.

    Vous siégerez donc au Commissariat de l'énergie atomique, vous présiderez l'organisme qui associe, en vue de leur coopération industrielle, les puissances atomiques de l'Europe ; et en juillet 1956 - à l'occasion d'un débat public - vous plaiderez devant l'Assemblée nationale la cause de cet Euratom.

    Vous y croyez passionnément, Monsieur, à l'avenir de cette énergie qui vient, comme à point nommé, relever les autres énergies près d'être défaillantes. Et qui pourrait, de vrai, contester qu'elle représente pour l'humanité un espoir immense ? Mais hélas ! en contrepartie que d'inquiétudes ont surgi avec elle !

    Jamais auparavant n'avait si clairement apparu l'ambiguïté essentielle d'une science dont les pouvoirs démesurés peuvent être indifféremment exploités pour les oeuvres de vie ou pour les besognes de mort.

    D'un côté - depuis le fracas d'Hiroshima - la menace sur tous suspendue d'une guerre infernale, suicide de l'espèce. Menace qui plonge dans une anxiété permanente le genre humain, désormais à la merci d'un geste de démence ou de fanatisme ; menace qui ne se fait supporter qu'à la faveur d'un endurcissement à l'horreur qui lui-même ne va point sans atteinte à la santé morale de chacun.

    En regard de tout cela, des possibilités fabuleuses pour le développement des industries, l'accroissement des pouvoirs en tous les domaines. Si l'humanité sait se tenir sage, résister aux tentations du pire, elle a devant elle l'assurance de réaliser tous ses rêves, d'exaucer tous ses voeux, dans l'ordre matériel.

    D'un côté l'Apocalypse ; de l'autre une manière d'âge d'or. Telle est du moins l'alternative comme elle est ordinairement présentée.

    En fait, je ne suis pas de ces manichéens qui opposent sans nuances les vertus de l'atome de paix aux méfaits de l'atome de guerre.

    Il est constant que le progrès de l'industrie atomique - auquel nul ne peut raisonnablement s'opposer - ne cessera de poser aux hygiénistes de redoutables problèmes. Laissant même de côté celui de l'élimination des déchets radioactifs, quel ne sera, pour l'homme, le danger permanent, quotidien, quand l'atome, quittant les centrales où il est jusqu'ici enclos, s'insinuera et s'implantera, comme on nous annonce qu'il le fera, dans les secteurs de l'activité ? quand il nous faudra coexister étroitement avec les radiations pénétrantes qui sont les pires ennemies du protoplasme germinal ?

    Comment un biologiste verrait-il sans émoi approcher cet âge nouveau ? Comment ne redouterait-il pas les erreurs, les négligences, les inadvertances, dans un domaine où il sera criminel de n'être pas impeccable ?

    Ah ! je ne voudrais pas, Monsieur, en ce qui touche l'industrie atomique, ressembler à ces pessimistes qui, jadis, ont dénoncé les dangers du chemin de fer... Mais, à voir avec quelle insouciance l'homme administre les ressources - qui ne sont pas inépuisables - de la terre ou de la forêt, avec quelle légèreté il entreprend sur les équilibres des faunes et des flores, j'avoue que je ne saurais envisager d'un oeil tranquille l'avenir de nos relations avec l'atome. Je crains que l'érosion des patrimoines héréditaires, d'autant plus inquiétante que l'état de civilisation nous prive des effets épurateurs de la sélection naturelle, ne soulève guère plus d'émotion que celle des sols. Et cette fois, pourtant, il y va de notre tout, puisque ce sont les sources mêmes de l'espèce qui se trouvent menacées d'un irréparable dommage.

    Voilà pourquoi, Monsieur, vous m'avez vu parfois moins enthousiaste que vous pour des réalisations que je connais, hélas ! pour inévitables, mais que je crains qu'il ne nous faille chèrement payer dans notre substance. Voilà pourquoi je ne partage pas tout à fait votre alacrité en face de l'avenir atomique... Voilà pourquoi il m'est arrivé de mêler mes protestations à celles de ces gens dont vous avez raillé le zèle intempestif en disant qu'ils menaient grand vacarme pour quelques curies supplémentaires...

    Au seuil du « meilleur des mondes », nous voici au point de commander à l'hérédité, d'altérer le fonds génétique de l'espèce, d'intervenir dans les faits de sensibilité, de mémoire, de pensée. Demain, l'Homo biologicus - sujet et objet tout ensemble - ne pourra se soustraire à l'atteinte de ses propres pouvoirs. Que fera-t-il de soi ? A l'image de quoi voudra-t-il se recréer ? Où apprend-on le métier de Dieu ?

    A ce concert d'inquiétudes, de tons si variés, et qui trouvent un écho jusqu'en notre littérature, vous vous appliquez, Monsieur, par vos écrits, par vos paroles, à apporter l'apaisement. Vous êtes un habile, un ingénieux défenseur de la technique ; et si votre plaidoyer, peut-être, ne réussit pas à dissiper toutes les appréhensions qu'elle nous cause, du moins il ajoute aux raisons que nous avons d'en faire estime.

    Il ne vous suffit pas qu'on se résigne aux gains de la technique comme à un mal nécessaire, et en concédant du bout des lèvres qu'on en tire quelques avantages, tel celui, peut-être, de se trouver encore en vie ; vous ambitionnez pour elle une adhésion plus chaude, un consentement plus éclairé. Vous voulez que chacun prenne conscience de ce qu'elle apporte à tous, non seulement dans l'ordre de la chair, mais dans ceux, plus éminents, de l'esprit et de la charité. Et c'est sans peine qu'avec les ressources de votre dialectique et de votre érudition, vous nous la présentez toute différente de cette grossière matérialiste qu'on voit trop volontiers en elle. Vous nous rappelez comme elle libère l'intelligence pour la spéculation et la recherche, comme elle féconde et vivifie les sciences ; et, tout spécialement, vous attirez notre attention sur le concours, moins connu, qu'elle apporte aux lettres et aux arts, voire à la critique littéraire. Ne permet-elle pas de dater avec précision des manuscrits, des tableaux, des monuments ? N'est-ce pas grâce aux machines électroniques qu'on a pu s'assurer que l'Illiade et l'Odyssée sont issues d'un même auteur, et que peut-être on déterminera la paternité des stances d'Othello ! Et quelle ne devrait être, envers la technique, la gratitude de tous les écrivains, dès lors que, protégeant le papier d'imprimerie contre l'attaque d'un pernicieux champignon, elle assure à tous leurs écrits une chance d'immortalité !

    De l'évolution, par vous jugée nécessaire, des structures économiques, vous avez tenté de dégager les lois, dont la principale - déjà entrevue par Constantin Pecqueur en 1840 - est celle de l'accroissement des dimensions. Chaque étape du progrès technique comporte une ampliation, qu'il s'agisse de la puissance de l'outil, ou du volume de l'usine, ou de l'étendue du marché. Dans la rude concurrence qui oppose les producteurs, quels qu'ils soient, grandeur est condition de survie. Croître ou périr, diriez-vous volontiers ; et si l'on ne peut croître suffisamment, il sied de s'unir à d'autres, pour bénéficier des avantages de l'ensemble.

    Aussi estimerez-vous avoir fructueusement travaillé pour votre cher avenir chaque fois que vous aurez aidé à une jonction, favorisé une entente, abattu une cloison, effacé une frontière, comblé un fossé, jeté un pont - entre deux entreprises, deux collectivités, deux nations.

    Cette ardeur syncrétique devait tout naturellement faire de vous un partisan et un artisan de l'unité européenne, laquelle ne saurait être, à vos yeux conciliateurs, qu'une étape vers l'unification du globe, en attendant la fédération des planètes...

    C'est encore la même impatience unitive qui vous pousse à réclamer une coopération toujours plus étroite entre les disciplines scientifiques. La biologie, déclarez-vous, ne peut ignorer l'électronique. Là aussi, vous voulez « décloisonner » - c'est votre terme - pour assurer la mise en commun des qualités et des compétences diverses.

    Vantant l'efficacité du travail d'équipe, vous affirmez que « ni la solitude du pouvoir ni celle du laboratoire ne peuvent aboutir à des résultats décisifs ».

    Si, quant au pouvoir, je me sens pleinement d'accord avec vous, j'élèverais une discrète protestation en ce qui touche le laboratoire.

    Permettez, Monsieur, à l'un des derniers artisans de la science, de rappeler, en cette époque où indéniablement la recherche tend à se faire collective, que c'est quand même à des chercheurs solitaires qu'on doit la pénicilline et la compréhension du langage des abeilles... Il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour me faire dire que certaines découvertes, et parmi les plus inattendues, ne peuvent être faites que dans le calme et l'indépendance de la solitude.

    Si pénétré que vous soyez de la valeur des progrès matériels vous n'oubliez pas que, de toutes les formes d'énergie, la spirituelle est la plus précieuse, et que, selon la vieille formule de Jean Bodin, « il n'est de richesse que d'homme ». Aussi les problèmes de l'éducation vous apparaissent-ils comme premiers. Vous y revenez avec insistance chaque fois que vous tracez l'épure de votre société idéale.

    Démocrate logique et loyal pour qui la démocratie est encore à faire, vous ne consentez point que subsiste à aucun degré une corrélation entre la fortune des parents et le destin scolaire des enfants. Pour tous les citoyens, au départ, vous revendiquez les mêmes droits à l'instruction, une égale espérance de culture ; et votre souci du rendement social est ici entièrement d'accord avec votre sens de la justice pour déplorer la furieuse dissipation de valeurs qui débilite nos sociétés.

    La pédagogie, pour l'heure, est dans l'enfance ; mais si l'on dispute encore avec passion sur les méthodes d'enseignement, du moins la plupart des enseigneurs s'accordent-ils à penser, comme vous faites, qu'il s'agit avant tout d'exercer les jeunes esprits à apprendre, à comprendre, à raisonner, à réfléchir, à douter : en bref, qu'il s'agit moins de garnir une mémoire que de munir une intelligence. Et puisque de toute façon, nonobstant la distension des programmes, le savoir scolaire ne peut que s'étrécir toujours davantage à proportion du savoir total, puisque, selon le mot d'Oppenheimer, « presque tout ce que doit connaître l'homme de cinquante ans fut découvert depuis la fin de ses études », ce sera le rôle principal du maître que de tâcher à éveiller - ou plutôt à ne pas éteindre - cette curiosité qui, à travers toute l'existence, devra se maintenir en exercice. En dépit d'un charmant refrain, l'école n'est jamais finie ; pour ne pas redevenir des ignorants, les plus habiles sont tenus d'y retourner sans cesse : on appelle cela, je crois, le « recyclage ».

    L'idée d'une éducation permanente, assurée par la collectivité, nous est maintenant familière, et vous aurez grandement concouru à lui donner force. Si vous mettez tant de feu à la défendre, c'est surtout pour la promesse qu'elle apporte à ceux dont la capacité n'a pu encore trouver son juste emploi. Vous n'admettez point qu'un homme soit prisonnier de ses premiers choix ou des hasards de l'existence, ni même qu'il soit condamné par ses échecs. Vous êtes l'ennemi de tout ce qui enchaîne, enserre, limite, de tout ce qui ferme le devenir de la personne. A chacun vous voudriez laisser un chance de meilleur accomplissement, la possibilité d'un nouveau départ et comme une fenêtre d'espérance.

    Non content de prôner et de démontrer par l'exemple les vertus formatrices de la science, vous avez fait réflexion sur les qualités de l'esprit qui disposent aux différentes disciplines. Et vous avez abouti à cette conclusion, fort importante, qu'il fallait faire taire les complexes d'infériorité dont souffrent les sciences expérimentales devant les sciences exactes ; vous avez émis le voeu que s'effaçât de la mentalité française le préjugé qui, hiérarchisant indûment les valeurs intellectuelles, donne le premier rang au « pouvoir d'abstraction mesuré par l'aptitude aux mathématiques les plus théoriques ».

    Voilà une déclaration qui, venant d'un ancien major de l'Ecole des mines, ne manque pas d'élégance et d'impartialité ! J'aimerais à penser, Monsieur, qu'elle aura l'audience qu'elle mérite et que l'on saura s'en inspirer pour apporter à notre enseignement les réformes qui s'imposent.

    Vous allez même jusqu'à dire que dans ces périodes mouvantes qui sont les nôtres l'intelligence du concret, la faculté d'observation, la souplesse d'adaptation, sont avant tout nécessaires, tout ainsi que la saine humilité qu'on ne saurait manquer d'acquérir quand on est aux prises avec la matière, avec la nature ou avec les hommes.

    Enfin vous avez en maintes circonstances rappelé en termes vigoureux quelle est l'importance doctrinale et pragmatique des sciences de la vie. « Maîtresse science » avez-vous dit de la biologie, et pour elle vous réclamez une place plus décente dans les programmes scolaires. C'en est assez, Monsieur, pour que j'ose vous compter, et avec quelle gratitude, parmi ceux qui souhaiteraient que l'on reconnût aux jeunes Français « le droit d'être naturaliste ».

    Au problème de l'instruction se rattache celui de l'information des citoyens. Vous en avez marqué la gravité, sans cesse accrue par le raffinement des techniques de propagande, habiles à façonner l'opinion et à subjuguer les consciences.

    Comment faire en sorte que se réduise au moindre le volume des erreurs qui, intentionnelles ou non, sont continûment versées dans les cervelles ?

    Vous ne vous fiez pas pour cela aux méthodes totalitaires car vous savez que la vérité d'Etat a toujours pour revers l'imposture d'Etat ; mais pas davantage vous ne vous tenez satisfait des régimes dits libéraux, où les moyens d'information n'échappent à la tutelle du pouvoir que pour se mettre au service de la partialité idéologique ou de l'intérêt privé. Aussi proposez-vous la création d'un « ordre des journalistes » qui s'attacherait à faire respecter, au sein de la profession, les règles de droiture et d'objectivité.

    Serait-ce là une mesure efficace et capable d'empêcher que liberté d'expression ne signifie trop souvent liberté de mensonge ?

    Je l'ignore ; mais sur ce point comme sur tant d'autres, qui plus qu'à la politique proprement dite ressortissent à l'hygiène sociale et à la morale civique, vous témoignez une si claire bonne foi, une telle franchise d'intention qu'on s'en voudrait de n'y pas rendre hommage. En vous, nulle entrave partisane, nulle prévention de système ou de secte, c'est en pleine indépendance, avec la loyauté expérimentale du chercheur, dans le même esprit de soumission au fait, que vous vous évertuez à déterminer les conditions optimales de la vie en commun. Avec vous le dialogue est toujours ouvert pourvu qu'on ait à vous présenter autre chose que les objections de l'égoïsme ou les doléances du passé. Vos jugements, vos opinions, vos avis, ne doivent rien à la passion : ils se sont formés en dehors d'elle, et si parfois elle vous anime à les soutenir, c'est après qu'ils ont reçu l'aveu de la raison.

    Toujours insatisfait de la réalité présente, et ardent à la corriger, qui plus que vous mérite le nom d'idéaliste ? Mais c'est un idéalisme lucide que le vôtre, et qui ignore les séductions de l'impossible. Vous êtes trop impatient d'agir pour vous laisser amuser par des chimères.

    En vous l'esprit de l'ingénieur est constamment en éveil. Tout naturellement vous vous représentez le corps social sous l'aspect d'une géante machine, et qui telle une de vos locomotives, doit fonctionner de la façon la plus satisfaisante, avec le plus haut rendement. Lui épargner les entartrements, les frottements, les grippements, les coincements, empêcher les fuites d'énergie, remédier aux imperfections des commandes, supprimer les retards de transmission, faciliter la marche des organes et le jeu des rouages : tels sont à vos yeux les impératifs qui prévalent. Mais cet heureux fonctionnement, ce rendement supérieur, ils ne sont pas pour vous une fin en soi ; ils n'ont d'autre office que de créer plus de confort, plus de savoir, plus de dignité, plus de liberté, plus d'existence enfin pour le plus grand nombre.

    Machine, bien sûr, que la société, mais machine à produire le bien des hommes.

    Résolument tourné vers l'avenir, vous entrez, Monsieur, dans une maison qui se veut résolument fidèle au passé.

    De prime abord, je doute que votre génie innovateur trouve chez nous beaucoup d'occasions de s'employer. Peut-être obtiendrez-vous que les patients auditeurs de nos harangues bénéficient d'une acoustique un peu mieux étudiée. Mais votre influence n'ira pas au-delà. Vous ne changerez rien à nos coutumes ni à nos costumes. Vous ne nous ferez pas renoncer à nos « grêles épées ». Vous ne nous convaincrez pas de nous faire plus nombreux, même en arguant que nous ne sommes plus à l'échelle du pays, puisque déjà nous étions quarante quand la France ne comptait que vingt millions d'habitants. Tout expert que vous êtes à accroître les vitesses, vous n'accélérez pas les travaux de notre Dictionnaire...

    Dernier vestige de la monarchie, l'Académie française, vous ne l'ignorez point, est la seule de nos institutions qui n'ait reçu aucun changement notable depuis le dix-septième siècle. On la comparerait assez justement - me semble-t-il - à ces organismes vivants qui n'ont point participé au grand mouvement évolutif de la nature et sont demeurés, dans leur structure, leur organisation, leur conduite, les mêmes qu'ils étaient il y a des milliers de siècles.

    Ces témoins d'âges révolus habitent généralement les océans ou les cavernes : les biologistes les qualifient de « panchrones » ou de fossiles vivants.

    Ce dernier terme, d'ailleurs, ne doit pas être pris en mauvaise part. Il indique simplement la stabilité du type, la persévérance de l'être, et n'exclut nullement la robustesse, la vitalité. Ce sont de belles bêtes que le Coelacanthe ou la Limule ; elles ne paraissent pas près de s'éteindre.

    Pour ce qui est de notre Compagnie, n'est-il pas permis de lui faire honneur de cette obstination en soi qui contraste si étrangement avec l'instabilité ordinaire des choses ? C'est bien ainsi que l'entendait Paul Valéry quand, un jour qu'il méditait sur ce qu'il appelait « notre mystère », il déclarait que la continuité et la durée « deviennent, dans cet univers en transmutation furieuse, des valeurs du plus haut prix ». Et le grand poète d'en conclure que, forte d'une telle fixité, l'Académie française pourrait devenir « le Conseil libre et désintéressé au sein duquel se formerait continuellement une opinion de qualité exquise sur les questions les plus hautes qui se puissent poser à une nation ».


    Voir aussi :


    Louis Armand, élève de Polytechnique
    (C) Photo Collections Ecole polytechnique


    Louis Armand, élève de Polytechnique


    Les fondateurs d'Euratom : Louis Armand au milieu

    Quelques citations de Louis Armand :

    Un objectif pour Euratom : rapport présenté par MM. Louis Armand, Franz Etzel et Francesco Giordani sur demande des Gouvernements de RFA, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas (1957) :

    Il est donc indispensable que l'on prenne sans délai des engagements au sujet des premières installations, tant pour effectuer un démarrage rapide que pour acquérir, dans le domaine des réacteurs [nucléaires], le maximum d'expérience dans le minimum de temps.

    ... Le développement de l'économie européenne risque d'être gravement entravé par une insuffisance d'énergie. ... Mais l'entrée en scène de l'énergie nucléaire nous donne indirectement la possibilité d'endiguer la marée montante des importations [de pétrole et de charbon].


    Ce n'est pas la technique qui représente le vrai danger pour la civilisation c'est l'inertie des structures.



    Louis Armand en 1957, entouré de Francesco Giordani et de Franz Etzel

    Il faut l'Europe des hommes et pas l'Europe des administrations. (1969)

    Si on laisse l'Administration se compliquer, elle se compliquera, chacune à sa façon ... Le technocrate plus un ordinateur, c'est le Monde en cartes.