Né le 8 avril 1915 à Asnières sur Seine.
Ancien élève de l'Ecole polytechnique (promotion 1935), et de l'Ecole des Mines de Paris. Corps des mines.
D'après Henri Malcor : Un héritier des maîtres de forge, par Philippe Mioche et Jacques Roux, Editions du CNRS, 1988, Paris
Roger Martin est plus jeune que Henri Malcor. Les deux hommes se sont beaucoup fréquentés. Il est directeur adjoint de Albert Bureau à la direction de la Sidérurgie en 1942-1946. Il représente le Ministère à la Commission de la sidérurgie du Plan Monnet dont il est le rapporteur avec Jean Latourte. Il pantoufle à Pont-à-Mousson en 1947 où il s'occupe d'abord de réorganiser les activités sidérurgiques de cette entreprise et il participe activement à la réalisation de Sidelor (1950) dont Pont-à-Mousson laisse par élégance la présidence à Jacques Laurent. Il devient directeur général de Pont-à-Mousson en 1959, puis PDG en 1964, avant de devenir celui de Saint-Gobain-Pont-à-Mousson en 1970, l'année où Henri Malcor devient celui de Creusot-Loire. A la différence de son partenaire de Sidelor, il a progressivement délaissé certaines activités de Pont-à-Mousson, les charbonnages d'abord, la sidérurgie ensuite.
Roger Martin a décrit sa carrière dans un livre au titre provocateur (Patron de droit divin, Gallimard, 1984). Sa plume, souvent brillante, est parfois trempée dans le vinaigre. Henri Malcor est quasiment la seule personne, hors le groupe dirigeant de Pont-à-Mousson, à ne pas être égratignée.
Roger Martin, de la fondation de l'Association des grandes entreprises françaises (AGREF) à la rédaction de ses mémoires, est un militant actif du libéralisme économique. Il a fréquenté les présidents Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing. Ses rôles d'homme public et, sans doute, de conseiller du prince, sont considérables.
Citation de Henri Malcor : "Roger Martin était en théorie certainement plus libéral que moi, dans le sens économique du terme ; et s'il a fait beaucoup de politique, c'est qu'il avait absolument besoin d'en faire pour que ses grandes opérations réussissent."
"J'ajoute qu'il est entré dans une société, celle de Pont-à-Mousson qui avait, bien avant lui, mis le pied dans la politique. Pas tellement au niveau des ministres, mais au niveau des directions des ministères. Pont-à-Mousson était certainement plus familier des organes administratifs, que ne l'était Marine après 1944. Ceci dit, il a fait beaucoup plus de politique que n'en a fait Pont-à-Mousson tout de suite après la Libération, parce qu'à ce moment-là, cette société cherchait à ne pas se mettre trop en avant à cause des attaques contre Marcel Paul, son précédent président ... Si Roger Martin est un libéral, il a certainement eu beaucoup plus de rapports avec l'Etat que moi. Il n'était pas Lorrain par contre, et n'a pas joué à Nancy un rôle équivalent à celui de André Grandpierre [1894-1972, X 1912, celui-ci fit toute sa carrière à Pont-à-Mousson dont il fut PDG de 1946 à 1959, avant d'être élu en 1972 membre de l'Académie des sciences morales et politiques ; G.O. de la L.H.]."
Une biographie de Roger Martin par Denis Cosnard a été publiée dans Les Echos, lundi 31 mars 2008, p. 12. Nous extrayons quelques informations très significatives de sa carrière :
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Bâtisseur peu bavard, voire austère, l'homme savait pourtant se montrer parfois caustique, voire facétieux. Exécrant les dîners mondains comme les réunions qui s'éternisent, il n'hésitait pas, par exemple, à marquer son ennui en fabriquant ostensiblement des cocottes en papier. De même, il maniait le moins ostensiblement la langue de bois.
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Roger Martin était issu d'un milieu modeste. Un de ses grands-pères vendait du vin. L'autre travaillait comme journalier aux ... Glaceries de Saint-Gobain. Quant à son père, d'abord ouvrier mécanicien, il était devenu petit patron. ... En primaire, chez les "chers frères" de l'école Saint-Joseph d'Asnières, il découvre qu'il a la vocation du bon élève. ... Cette vocation le conduit au lycée Chaptal, puis à Polytechnique ...
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Sa carrière administrative ne dure que six ans. [Il ne fait pas de résistance]. En 1948, il pantoufle en entrant chez Pont-à-Mousson, un fabricant de tuyaux de fonte qui dispose aussi de participations dans les mines de charbon, de fer et dans la sidérurgie. ...
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... Il participe à plusieurs concentrations qui donnent naissance en 1964 à Sacilor (l'une des composantes d'Arcelor Mittal), et finit par se défaire de toutes les participations de Pont-à-Mousson dans ce secteur dont il pressent les difficultés. Même trajectoire pour les mines de fer et de charbon, quitte à ce que la taille du groupe rétrécisse sensiblement.
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Roger Martin cherche une diversification. Après quelques tentqtives malheureuses dans les pompes et la distribution d'eau, il opte finalement, un peu par hasard, pour une fusion avec Saint-Gobain. Le groupe verrier trois fois centenaire venait de repousser les assauts d'Antoine Riboud, le président de BSN ... [A la suite d'une OPA] en juin 1970, les deux maisons lient effectivement leurs destins avec le soutien de Suez. ... La fusion, accompagnée de la vente par le groupe de ses participations pétrolières et chimiques, se révélera un succès.
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... A la fin des années 1970, Rober Martin lance le groupe dans l'informatique, en devenant le principal actionnaire de CII Honeywell Bull, puis de Olivetti. ... En 1982, la gauche nationalise Saint-Gobain et Bull, et sépare les deux entités.
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A l'initiative de Valéry Giscard d'Estaing, il crée aussi en 1979 un éphémère Institut Auguste-Comte qui enseigne les "Sciences de l'action" aux ingénieurs. ... En 1986, le retour de la droite offre à Roger Martin de replonger dans les affaires ... Au même moment, Saint-Gobain est le premier groupe à repasser dans le secteur privé. ...
A lire : Patron de droit divin, par Roger Martin, Gallimard, 1984.