Henri VINCIENNE (1898-1965)

Né le 13 janvier 1898 à Lizy sur Ourcq (Seine et Marne). Marié, père d'une fille née en 1925.

Licencié ès sciences. Licencié ès lettres. D.E.S. d'histoire et géographie. Bonnes connaissances en allemand.

Attaché à l'Ecole des mines du 7 décembre 1926 jusqu'à son décès. Son domicile était : 11 rue Delambre à Lagny (77). Il fut chef de travaux de géologie appliquée, d'abord stagiaire puis titulaire (1/1/1928). Titularisé professeur le 1/1/1960 (chaire de géologie appliquée, adjoint de Eugène Raguin).

Il fut collaborateur suppléant au Service de la carte géologique. Il fut également Suppléant du professeur de géologie à l'Institut des Techniques sanitaires et d'hygiène des industries (rattaché au CNAM)

Chevalier de la Légion d'honneur (18 juin 1959).


Biographie de Henri VINCIENNE
par Eugène RAGUIN

Bull. Soc. franç. Minér. Crist., (1966) LXXXIX, 3-5.

Henri Vincienne nous a quittés le 30 juin 1965 après une carrière entièrement consacrée à l'enseignement de la Géologie appliquée à l'École des Mines de Paris, où nous avons collaboré quotidiennement pendant 30 années.

Né le 13 janvier 1898 à Lizy-sur-Ourcq, Seine-et-Marne, c'est dans l'Ile-de-France qu'il passa sa jeunesse, faisant à Meaux ses études secondaires. Ses dons de naturaliste se manifestaient déjà sur les fossiles des carrières de la région, et aussi en accompagnant le célèbre botaniste Gaston Bonnier qui était un ami de la famille. Après la guerre mondiale où il prit part à la seconde bataille de la Marne comme sous-officier de transmissions dans un régiment d'infanterie, il aborda les études supérieures et chercha d'abord sa voie à la Faculté des Lettres. Son goût pour les archives et pour la documentation historique minutieuse le qualifiait fort bien dans une ligne de recherches qu'il poussa jusqu'à son diplôme d'études supérieures.

L'attrait de la géographie l'attira au laboratoire de Géographie physique de la Sorbonne où Louis Gentil avait créé une ambiance très vivante que Léon Lutaud sut maintenir et développer. Vincienne fut conquis par cette discipline et il bifurqua définitivement sur la géologie. Après la licence ès-sciences, Lutaud lui donna comme sujet d'études « le Jura méridional ». Ce fut l'origine de toute une série de travaux poursuivis pendant une vingtaine d'années et qui témoignent de remarquables qualités. Il s'y montre observateur minutieux et précis, avec une compétence qui s'est étendue à toutes les échelles, depuis la pétrographie microscopique et la stratigraphie de détail jusqu'à la grande tectonique. Ces études auraient dû normalement être couronnées par une thèse de doctorat pour laquelle toutes les conditions étaient rassemblées. Cependant elles n'aboutirent pas à ce terme, à cause d'un souci excessif de perfection. Le culte de la qualité des résultats dans la recherche scientifique avait pour Vincienne un caractère sacré.

En même temps qu'il poursuivait ses travaux jurassiens, il succédait en 1926 à Léon Lutaud comme Chef de travaux de Géologie appliquée auprès de Louis de Launay à l'École des Mines. Là un enseignement qui allait devenir de plus en plus absorbant, allait modifier peu à peu son orientation. Associé étroitement par de Launay à la mise au point de son cours, Vincienne en établit plusieurs éditions dont la dernière fut publiée en librairie en 1933.

A la mort de L. de Launay auquel je succédai en 1935, nous décidâmes, Vincienne et moi, d'instaurer des courses géologiques d'élèves, qui devinrent de plus en plus importantes, et de développer les études de minéralographie selon les techniques alors nouvelles en France, introduites au Muséum et brillamment pratiquées depuis quelques années par J. Orcel. Cette double initiative devait permettre à Vincienne de donner toute sa mesure au cours de sa carrière : il a excellé en minéralographie ; et les voyages géologiques, qui bientôt dépassèrent très largement le cadre des excursions annuelles quand l'enseignement complémentaire de géologie, dit « quatrième année » de l'École des Mines, fut établi en 1941, lui permirent d'agrandir ses perspectives et de rapporter maints précieux matériaux d'études. Ce fut sur ces bases que s'établit notre collaboration poursuivie dans une atmosphère de fidèle amitié jusqu'à la fin. Ses mérites furent consacrés par la Légion d'honneur en 1959 et la nomination de professeur de métallogénie à l'École des Mines en 1960.

Il avait acquis une grande érudition géologique dans des directions variées, notant méticuleusement le détail de ses observations personnelles et de ses lectures ; et il était à même de conseiller et orienter de multiples visiteurs et élèves, auxquels il ne ménageait pas son temps, dans son petit bureau jouxtant les collections métallogéniques de l'École. Il donna ainsi de nombreuses expertises, pour lesquelles sa compétence, sa précision d'observation et son bon sens rendirent de grands services à diverses sociétés. Il assuma avec dévouement un grand nombre d'études hydrologiques dans le cadre du Service de la Carte géologique. Son goût de l'enseignement le faisait apprécier des élèves de l'École, et plusieurs restèrent ses disciples, parmi les meilleurs de ceux qui firent carrière au B. R. G. M. ou dans d'autres services géologiques.

Il excella en minéralographie. C'est pour nous un regret qu'il n'ait pu mener à son terme le volume que nous attendions sur « Les propriétés des minéraux en lumière réfléchie», dont plusieurs éditions préliminaires polycopiées à usage interne avaient été utilisées à l'École. Parmi ses publications les plus importantes, on devra retenir des descriptions de paragenèses, qui sont des modèles du genre et où il découvre le plus souvent des minéraux inattendus. Elles se rapportent à des gisements métallifères variés de France, du Maroc, d'Algérie, d'Afrique noire, de Grèce, selon les voyages effectués avec les stagiaires de l'enseignement complémentaire de l'École des Mines.

Il aimait beaucoup ces voyages lointains qu'il entreprenait avec une ardeur juvénile, toujours curieux de découvrir et d'observer. Photographe habile, il en rapportait d'innombrables images qu'il savait au retour excellement montrer et commenter. Il était amoureux de la nature à la façon d'un artiste, mais aussi du passé archéologique et historique. Esprit fin et cultivé, c'était un compagnon de voyage charmant, toujours égal de caractère et attentif aux élèves.

Sa modestie et son goût pour le travail minutieux et exhaustif à un degré que nous jugions parfois exagéré, nuisirent probablement à l'éclat d'une carrière qui eut pu être administrativement plus brillante. Mais j'estime que son existence a été belle. Elle a été émaillée de joies scientifiques puisées dans l'observation de la nature, aussi bien dans l'intimité du microscope que dans la révélation des grands paysages géologiques. Il a inspiré ce goût de l'observation patiente et précise à de nombreux disciples ; et son oeuvre substantielle nous a enrichis de beaucoup de faits positifs, acquis au patrimoine de la métallogénie.

Suit la liste des 53 publications de H. Vincienne, que nous ne reproduisons pas ici.