Charles Axel GUILLAUMOT (1730-1807)


Collection privée Suzanne de Jenlis

Biographie de Charles Axel GUILLAUMOT, par Suzanne de JENLIS, publiée dans ABC Mines, avril 2004.

L'enfance

Charles Axel Guillaumot est né en février 1730 à Stockholm de parents français installés en Suède pour y commercer, en liaison avec la diplomatie française, aussi eut-il la nationalité suédoise durant son enfance. Les Guillaumot, reçus dans toute l'aristocratie suédoise connurent le comte Hans Axel de Fersen qui accepta d'être le parrain de leur fils, si bien que Axel sera un prénom porté par plusieurs membres de ma famille a chaque génération. Les Guillaumot quittèrent Stockholm pour Hambourg quelques années plus tard, puis rentrèrent en France en 1741, notamment pour l'éducation de leur fils, qui, particulièrement brillant dans les domaines artistiques, ne put néanmoins concourir pour un prix d'architecture, faute de posséder la nationalité française. Charles Axel parfait alors ses connaissances en voyageant : il obtient en 1750 le grand prix de Rome, parcourt les royaumes de Naples, d'Espagne, d'Angleterre et sert quelque temps comme officier dans les gardes wallonnes.

Le jeune architecte

Charles Axel Guillaumot rentre en France vers 1754 et se fixe à Paris où l'Intendant général Berthier de Sauvigny le charge de construire des casernes pour loger des régiments de Gardes Suisses à Courbevoie, Rueil et Saint-Denis. Seule subsiste aujourd'hui, longeant une rue portant son nom, la caserne de Rueil, classée monument historique le 28 août 1974. Il construisit aussi la caserne dite Quartier Saint Florentin à Joigny et deux châteaux dans l'Yonne. En 1757, Charles Axel est nommé Inspecteur des casernes. Il fut envoyé en mission à Vézelay pour y construire, sur les ruines du monastère, un palais abbatial qui sera vendu comme bien national en 1789, puis démoli. Il participa avec Jardin et Mique à la consolidation et a la restructuration de la cathédrale d'Orléans. Marié à Mademoiselle Le Blanc, fille du Premier Architecte de la Généralité de Paris, et dont il aura deux filles, Charles Axel remplace en 1761 son beau-père a ce poste qu'il occupera pendant dix-huit ans.

L'architecte renommé

Vers 1770, Charles Axel Guillaumot est initié à la franc-maçonnerie qui attire alors les membres de la haute société. Architecte réputé, il rédige plusieurs traités d'architecture, ce qui lui permet d'entrer en 1773 a l'Académie Royale d'Architecture fondée par Colbert (qui, supprimée en 1793, sera fondue dans l'Académie des Beaux-Arts). Voltaire le congratule pour ses ouvrages, lui écrivant ainsi, à propos des "Remarques sur les observations sur l'architecture de l'abbé Laugier" qu'il avait publié en 1768:

"Au château de Ferney, 24 auguste 1768.
"Si ma mauvaise santé me l'avait permis, monsieur, il y a longtemps que je vous aurais remercié. J'ai trouvé votre ouvrage aussi instructif qu'agréable. J'en suis devenu un peu moins indigne, depuis que je n'ai eu l'honneur de vous voir. J'ai fort augmenté ma petite chaumière, et j'en ai changé l'architecture; mais j'habite un désert, et je m'intéresse toujours à Paris, comme on aime ses anciens amis avec leurs défauts.
"Je suis toujours fâché de voir le faubourg Saint-Germain sans aucune place publique; des rues si mal alignées; des marchés dans les rues; des maisons sans eau, et même des fontaines qui en manquent, et encore quelles fontaines de villages! Mais, en récompense, les Cordeliers, les Capucins, ont de très grands emplacements. J'espère que dans cinq ou six cents ans tout cela sera corrigé! En attendant, je vous souhaite tous les succès que vos grands talents méritent. "

Et plus tard, a l'occasion de "Lettre sur l'administration des corvées", Voltaire écrit à Charles Axel Guillaumot:

"8 février 1773, à Ferney.
"Les maladies qui m'accablent, monsieur, ne m'ont pas permis de vous remercier plus tôt. Votre ouvrage m'a paru très judicieux. Il est bien plus aisé de se plaindre des corvées que de construire des chemins nécessaires. Vous rendez service à l'état par vos travaux, et vous éclairez les citoyens par vos réflexions."

L'inspecteur général des carrières de Paris

En 1777, Charles Axel Guillaumot est Architecte des Bâtiments du Roi, Inspecteur Général des Casernes et Inspecteur Général des Pépinières. C'est alors qu'un fontis détruit trois cents mètres de route et plusieurs immeubles aux environs de l'actuel Boulevard Saint-Michel de Paris. En effet, il existait des vides considérables dans le sous-sol parisien que les carriers exploitaient depuis le XIIème siècle pour en extraire les pierres destinées à la construction de la ville : remparts, Notre-Dame, Palais du Louvre, églises et immeubles divers. Les conclusions du rapport demandé par Louis XVI (devenu Roi a peine trois ans plus tôt) furent fort inquiétantes : tout le sud de Paris, sous Vaugirard, était susceptible de s'écrouler! Le 4 avril 1777, une commission spéciale est nommée pour résoudre ce problème ; peu après, sur proposition du Comte d'Angivillier et du Lieutenant Général de Police, Louis XVI crée l'Inspection des Carrières, dont, le 24 avril 1777, il confie la charge à Charles Axel Guillaumot, promu Contrôleur Général et Inspecteur des Carrières. Ce même jour, un accident rue d'Enfer justifiait cette nomination ; la tâche s'annonçait rude, car il fallait informer le public des dangers du sous-sol, en cartographier les vides, puis le consolider.
Pendant les deux premières années, Charles Axel Guillaumot et ses ingénieurs parcoururent toutes les carrières, effarés du travail a accomplir : 800 hectares, soit six millions de mètres cubes de vides souterrains! D'énormes sommes sont englouties ; le nombre de collaborateurs passe de quarante à quatre cents! Une équipe creuse a la recherche de galeries et de chantiers oubliés, tandis qu'une autre équipe consolide. Des piliers, des bourrages soutiennent les plafonds des chantiers au droit des immeubles de surface. Les premiers travaux réalisés portent la marque de l'esprit artistique et organisateur de Charles Axel Guillaumot : soin des parements en pierres de taille constituant les piliers de soutènement, ciselures des cadres saillants, marquage historique des travaux de consolidation à l'aide d'inscriptions gravées ou peintes sur les pierres. C'est ainsi que "25G1777" signifie "vingt-cinquième confortation de Guillaumot en 1777" et "1G7R" signifie "première confortation de Guillaumot en l'an 7 de la République".


Signature : Ière confortation par Guillaumot en l'an XI de la République (1803)
Cliché Organisation pour la Connaissance et la Restauration d'Au-dessous-terre

Héricart de Thury et les successeurs de Guillaumot poursuivront ces travaux avec le même soin pendant deux siècles, et ces travaux, encore suivis aujourd'hui, constituent l'un des ensembles architecturaux les plus importants de France.
Les carrières de gypse, dont est extraite la "pierre a plâtre", étaient situées hors des enceintes du Paris du XVIIIème siècle; elles recèlent aussi parfois de véritables cathédrales souterraines, aussi la fermeture de toutes les carrières situées sous Ménilmontant fut-elle ordonnée dès 1779.

L'architecte des "Catacombes de Paris"

Dans le même temps, Charles Axel Guillaumot fut chargé de construire l'aqueduc de Paray, et il retrouve en 1784 l'aqueduc construit au début du XVIIème siècle par les Médicis.
En 1785, l'éboulement d'une fosse commune du cimetière des Innocents (actuelle place de la Fontaine des Innocents) dans la cave d'une maison, provoqua des asphyxies ainsi que l'apparition de tumeurs sur les membres d'ouvriers qui travaillaient parmi des odeurs pestilentielles liées à l'accumulation de cadavres insuffisamment enterrés. Il en résulta une certaine panique qui se répandit dans Paris, et l'inspection des Carrières fut chargée de trouver un endroit suffisamment grand pour y aménager un ossuaire susceptible d'accueillir les deux millions de squelettes accumulés pendant huit siècles dans les cimetières et charniers parisiens destinés à disparaître.
Charles Axel Guillaumot envisage d'utiliser à cette fin des carrières souterraines situées hors les murs de la ville. Il fait exécuter les travaux nécessaires au lieu dit "la Tombe Issoire", au Petit Montrouge : assèchement du sol inondé par l'aqueduc Médicis, consolidation des carrières. Les "catacombes de Paris" sont consacrées en 1786, sur onze mille mètres carrés. Durant quinze mois, a la tombée du jour, des ossements y sont transportés ; un siècle plus tard, ces lieux recèleront six millions de corps...

Les années révolutionnaires

En 1787, Charles Axel Guillaumot se voit confier le projet d'agrandissement des écuries royales de Versailles, projet qui est abandonné en raison de son coût exorbitant. En 1789, Charles Axel Guillaumot est nommé Directeur des Manufactures des Gobelins, mais, trop marqué par ses relations avec la haute noblesse en ces temps révolutionnaires, il est écarté de ces responsabilités en 1791 et arrêté, car suspecté d'avoir aidé la famille royale à s'enfuir: selon des bruits courants alors, la famille royale envisageait de se cacher dans les "carrières" de Paris. Mais la famille royale fut arrêtée à Varennes.
Jean Augustin Renard, architecte des Tuileries, prix de Rome, accompagnait souvent Charles Axel Guillaumot dont il épousa la fille en 1788. Jean Augustin Renard fut nommé Inspecteur adjoint des Carrières en 1785, chargé en 1786 avec Brébion de la restauration de l'Observatoire de Paris dirigé depuis 1784 par Cassini - le quatrième et dernier Cassini à occuper ce poste - et admis à l'Académie Royale d'Architecture en 1791. Son fils Axel Augustin François Renard (1788-1874), futur consul a Palerme, épousera Elisa Adèle Taupin de Magnytot (1797-1874), dont la mère née Elise de Lesseps est mon aïeule, tant du côté paternel que du côté maternel.
Charles Axel Guillaumot et Jean Augustin Renard étaient en relations avec la famille d'Axel de Fersen. Aussi furent-ils accusés de s'être impliqués dans le départ de la famille royale vers Varennes : ils sont arrêtés et ne seront relâchés que trois ans plus tard, faute de preuves : en témoigne la transcription des interrogatoires par Lenôtre, parus dans les ouvrages de la série "Vieilles maisons, vieux papiers".
Le 7 octobre 1791, le Maire et le procureur de la Commune, accompagnés d'un membre du comité de la Sûreté Générale, en l'occurrence le peintre David, interrogent longuement Madame Elisabeth et Madame Royale, respectivement belle-soeur et fille de la Reine Marie-Antoinette. Ils n'en obtiennent rien, aussi tentent-ils de les confronter séparément avec le Dauphin, qui avait déposé la veille en présence d'Hébert. Le Dauphin et Madame Royale furent notamment interrogés sur l'architecte Jean Augustin Renard. Madame Royale soutenait ne pas le connaître, mais, contredite avec autorité par le Dauphin son frère, elle dût en convenir.
Le 12 octobre 1793, la Reine Marie-Antoinette, convoquée au palais de Justice, fut encore interrogée sur la préparation de la fuite vers Varennes : Lafayette, Bailly et Renard n'auraient-ils pas favorisé et conduit cette évasion? Indignée, elle assura que Lafayette et Bailly auraient été les derniers auxquels elle se serait confiée, mais garda le mutisme quant à Renard. Elle admet la fourniture de la voiture par Axel de Fersen, car elle savait ce dernier a l'abri en Suède. Quelques mois après son beau-père, Renard était libéré.
Sur la cheminée du salon de ma grand-mère, se trouvait une boite d'écaillé à fond amovible, ornée d'une jolie miniature signée Sauvage. Sous ce fond, se trouvaient deux mèches de cheveux blond cendré ainsi qu'un billet daté de Vérone le 6 août 1795, signé Louis (futur roi Louis XVIII, frère de Louis XVI), disant :

"J'ai été instruit par le compte que m'en rendit le comte d'Entraigues de l'attachement et des services que le Sieur Guillaumot Intendant de mes Bâtiments a rendus au feu Roi mon frère et je charge M. l'abbé (illisible) de l'apport de mon estime et de ma bienveillance
"Vérone 6 août 1795 Louis "

C'est moi-même qui ai fait authentifier cette boite au musée Galiéra, il y a une quarantaine d'années. Le soir même, le comte de Paris, prétendant au trône de France, me téléphonait pour me l'acheter, mais il n'a jamais été question de la vendre : elle fut tirée au sort lors du décès de ma grand-mère, et attribuée alors a l'un de mes cousins germains, Jean-François Triniac de Parade. Nous sommes convaincus que ces remerciements ont, en cette période troublée, un autre objet que les travaux d'architecture de Charles Axel Guillaumot.

Les dernières années

Après sa libération en 1794, Charles Axel Guillaumot est réintégré dans ses fonctions, mais uniquement comme Inspecteur des Carrières et Directeur de la Manufacture des Gobelins (bientôt Manufacture Impériale des Gobelins). Il est l'auteur de nombreux ouvrages traitant de l'architecture, des carrières et des tapisseries. Il décéda le 7 octobre 1807 et fut inhumé au cimetière sainte Catherine, sous cette épitaphe:

ICI REPOSE
CHARLES AXEL GUILLAUMOT
MEMBRE DE L'ACADEMIE D'ARCHITECTURE
ADMINISTRATEUR DE LA MANUFACTURE IMPERIALE DES GOBELINS
INSPECTEUR GENERAL DES CARRIERES SOUS PARIS
MEMBRE DE LA LEGION D'HONNEUR

Cette épitaphe disparut lors de la suppression du cimetière Sainte Catherine, réalisée en 1883 lors des grandes opérations d'urbanisme visant à éliminer les cimetières du Paris des Fermiers Généraux. Ironie du sort, les restes de Charles Axel Guillaumot ont été transférés dans l'ossuaire de Paris dont il avait mené les travaux à partir de 1886 !

Sources : inédites, documents et témoignages familiaux.


L'inspection générale des carrières à la suite du décès de Guillaumot

A la suite du décès de Guillaumot, en octobre 1807, l'inspection générale des carrières entra dans une période floue.

Une commission administrative fut constituée par les 3 anciens collaborateurs directs de Guillaumot (Le Bossu, Caly, Husset). Mais ces personnes ne semblent pas avoir eu le niveau voulu pour diriger le service.

Guillaumot lui-même avait souhaité que le corps des ingénieurs des mines reprenne la responsabilité du service, et dès 1807, le Conseil des mines demande à Héricart de Thury de faire une visite des carrières. Cette proposition est approuvée par le ministre de l'intérieur. A ce stade, la commission administrative garde le pouvoir.

Napoléon souhaitait également que les ingénieurs des mines s'occupent de mettre de l'ordre dans les carrières souterraines de Paris. Le 21 mars 1809, le ministre, sur proposition du Conseil des mines, charge l'ingénieur en chef des mines Hassenfratz d'examiner et de vérifier les projets du service des carrières. L'objectif est évidement d'arriver à nommer un vrai directeur.

Hassenfratz estime en effet que la situation n'est pas claire, et propose au Conseil des mines de confier officiellement la direction du service des carrières à Héricart de Thury.

Le 21 avril 1809, le Préfet de la Seine signe un arrêté portant organisation de la direction du travail des carrières. Mais le nom de Héricart de Thury n'apparaît toujours pas officiellement.

Le décret impérial du 18 novembre 1810 rend statutaire que l'inspecteur général des carrières appartienne au corps des mines (article 8) : A l'avenir, le remplacement de ces ingénieurs , ainsi que celui de l'inspecteur général des carrières , actuellement ingénieur en chef des mines, s'opérera par des individus du corps impérial des mines. Il semble bien que le décret fasse allusion à Hassenfratz, alors ingénieur en chef des mines. Héricart de Thury a été nommé ingénieur en chef par décret du 13 décembre 1810, ce qui lui a probablement permis d'accéder au titre d'inspecteur général des carrières fin 1810.

Les membres de la commission, François-Benoît Husset (1751-1818), Louis Hubert Caly (1756-1832) et Jean-Baptiste Lebossu (décédé en 1814) restent en poste et sont intégrés au corps des mines en qualité d'ingénieurs.

Ce n'est que le 5 février 1812, lorsque l'ingénieur des mines Trémery est nommé adjoint de Héricart de Thury, que le Préfet de la Seine mentionne Héricart de Thury comme inspecteur général des carrières. La nomination de Trémery sera approuvée par le ministre le 18 février 1812. Trémery deviendra lui-même inspecteur général des carrières en 1831.


Quand carrières de maçon et de Franc-Maçon s'entrecroisent

Le texte qui suit est extrait de l'article "Rites d'intégration à l'ENSMP et rituel en usage dans la franc-maçonnerie", par Gilles Thomas et Pierre Matarèse, ABC Mines, n° 34, février 2012.

Charles-Axel Guillaumot, né en 1730, grand prix de Rome d'architecture en 1750, entra à l'Académie royale d'architecture en 1773 et figure sur la liste des adeptes de la Loges des Neufs Sœurs, laquelle comptait avant 1798 vingt académiciens. Dans cette loge, on retrouve des personnalités dont les noms nous ont été transmis par les livres d'Histoire : Bailly, Condorcet, Danton, Camille Desmoulins, Benjamin Franklin, mais également Jacques Delille moins connu mais dont nous aurons l'occasion de reparler plus loin, ainsi que Voltaire initié la veille de sa mort.

Pendant la Révolution française, ou plus exactement pendant sa période la plus noire que fut la Terreur, Guillaumot fut emprisonné à Versailles. Non seulement il ne fit pas partie des charretées qui en sortaient pour finir sur le fil du rasoir national de la « faiseuse de veuves », mais en sortant de son incarcération il retrouva son poste à la tête de l'Inspection, qui ne cessa jamais ses activités, quelles que soient les périodes sombres de l'Histoire de France : ici la Révolution française et sa dérive la Terreur, mais également la Commune de 1830, celle de 1848, le conflit franco-prussien de 1870, la Commune parisienne de 1871.

« Mais citoyens législateurs, la Révolution d'une part a quelquefois ralenti, souvent suspendu les travaux qui consolidaient le sol que nous habitons. D'une autre part le conflit du despotisme et de la Liberté, les tourments politiques, les canons des hommes libres ont retenti dans ces vastes souterrains et ont ébranlé les piliers naturels qui supportent le théâtre de nos mémorables combats. »

Le Directoire exécutif (Pluviôse AN VI)

En 1791 et 1792, Guillaumot fut donc destitué de toutes ses charges et fonctions et obligé de vendre ses propriétés et « ses effets les plus précieux, pour subsister pendant les orages de la Révolution, lui et sa famille, composée alors de sa femme, de sa fille, de son gendre, de deux petits enfants en bas-âge, et de cinq domestiques » [Note autobiographique de Guillaumot datée du 8 prairial de l'an XI de la République française (31 mai 1803), citée dans le Dictionnaire des Architectes français par Adolphe Lance (1872).]

Les Neuf Sœurs se reconstituent à la fin de 1805, et sur son tableau de 1806 on retrouve à nouveau Guillaumot (qui décédera l'année suivante), ainsi que quatre « rescapés » de 1786 (que l'on ne pouvaient appeler comme cela puisque le mot lui-même date de la catastrophe de Courrières en 1906).

C'est Charles-Axel Guillaumot qui est également à l'origine de la codification trinomiale permettant d'identifier chacun des piliers de consolidation érigés dans les carrières sous Paris, savoir un Numéro d'ordre, une Initiale (celle de l'Inspecteur des carrières alors en titre), et l'Année de réalisation. La plus ancienne que l'on puisse trouver est donc 1 G 1777, puisque Guillaumot en est le créateur ; mais n'est-il point troublant que l'on trouve sur le tablier de maçon une étoile sur laquelle est inscrite la lettre « G » (parfois interprété comme signifiant Géomètre) ?

Parfois, il arrive que l'on trouve sur les graphismes gravés de numérotation de ces piliers maçonnés, des triangles qui viennent s'intercaler entre les trois éléments de ce code : est-ce une simple ornementation par pur esthétisme de la part du graveur (ou juste une forme élémentaire relativement facile à obtenir), ou bien faut-il y voir une marque supplémentaire d'un franc-maçonnisme insufflé par la tête de l'Inspection ?

Quoi qu'il en soit, notons que ce principe des gravures codifiées dura jusqu'en 1907 sous l'inspectorat de Charles Émile Wickersheimer (en poste de 1896 à cette année-là), et que lui-même fut Franc-Maçon. Quant aux autres Inspecteurs, qui se succédèrent depuis Guillaumot, qui tous sont issus du Corps des Mines jusqu'à nos jours, nous n'avons pas trouvé trace de leur appartenance ou non à une loge quelconque.

Voir aussi : Le sauveur de Paris, Gilles Thomas et Charles de Saint-Sauveur, Le Parisien, 26 mai 2013, p. 39

Libres propos de Gilles Thomas (20/2/2014, site www.franceculture.fr) :
En revanche, et malencontreusement, si les cataphiles connaissent et vénèrent Charles-Axel Guillaumot, il n'en est pas de même de la très grande majorité des historiens alors que celui-ci fut entre autres, architecte du roi Louis XVI. Et comme l'avait fait remarquer Graham Robb dans son livre "Parisians" ("Une histoire de Paris par ceux qui l'ont fait"), aucune rue dans Paris ne porte son nom ce qui serait la moindre des choses pour l'honorer. Pourtant tout récemment, au cours de la séance du Conseil municipal des 22 et 23 avril 2013, le Conseil de Paris a émis le voeu : « Que le nom de Charles-Axel Guillaumot soit attribué à une voie en son hommage dans le 14e arrondissement, à proximité de la place Denfert-Rochereau près de l'entrée des catacombes et de l'Inspection générale des carrières où cet hommage prend tout son sens. » Souhaitons que cette délibération aboutisse maintenant à une réalisation sans trop tarder, ce qu'attendent depuis lors les 800 descendants de Guillaumot, à la tête desquels une remarquable et merveilleuse nonagénaire que je salue très affectueusement [allusion évidente à Suzanne de Jenlis].


Suzanne de Jenlis
Photo R. Mahl

Suzanne de Jenlis, descendante en ligne directe de Guillaumot, ici âgée de 92 ans (avril 2013), est l'auteur de l'article ci-dessus concernant son ancêtre.
Elle est la veuve de l'ingénieur général de l'armement Gonzague Bosquillon de Jenlis (1915-2000 ; X 1936), qui a dirigé l'Ecole nationale supérieure de l'Aéronautique (Sup Aéro) et qui a fondé l'ENSTA en fusionnant 5 écoles d'ingénieurs existantes.
A côté de Mme de Jenlis, sur le canapé, un exemplaire de La Jaune et la Rouge, revue des anciens élèves de Polytechnique. Mme de Jenlis est restée très proche de la communauté des anciens X, même après la mort de son époux. Elle rencontrait notamment André Giraud et Pierre Guillaumat, ainsi que le professeur Laurent Schwartz, avec lequel elle discuta longuement de l'opportunité de faire entrer des filles à l'Ecole polytechnique (elle raconte que Laurent Schwartz voulait dépister les gènes des mathématiciens et craignait de ne pas les retrouver dans le beau sexe ...).

Suzanne de Jenlis, née Triniac, est par ailleurs l'héritière du château du Chassan. Celui-ci est passé dans la famille Triniac en 1844, dans les circonstances suivantes :

Vers 1325, un château médiéval a été construit par la famille de Ponsonaille, au Chassan. A partir de 1750, Jean-François de Ponsonnailles de Grizoles (1er comte de Chassan) démolit le vieux château et construit à la place le château actuel du Chassan. Un de ses petits-fils, Hippolyte de Ponsonaille, comte de Chassan (1809-1844) hérita du château mais n'eut pas d'enfant. Il fit un testament qui exigeait un mariage entre la fille de l'un de ses cousins, Alexis Loussert, et son autre cousin, Alfred Triniac, les deux étant co-héritiers du château et des terres. Toutefois, le mariage ne se réalisa pas, et finalement la famille Triniac devint seule propriétaire des biens.
 
La salle du cerf du château du Chassan
Le château se visite en été, ou bien le reste de l'année sur rdv

Mis sur le web par R. Mahl