Charles Axel GUILLAUMOT (1730-1807)


Collection privée Suzanne de Jenlis. Charles-Axel mesurait 1,79 m

Charles-Axel GUILLAUMOT est né le 27 février 1730 à Stockholm. Ses parents, français de religion protestante, avaient dû émigrer hors de France. Par sa naissance, Charles-Axel a acquis la nationalité suédoise. Vers 1736, la famille part à Hambourg où le père fait du commerce. En 1741, la famille revient à Paris. En 1745 on trouve Charles-Axel comme élève de l'Académie d'architecture. En 1749 il entreprend une série de voyages, en Italie, puis en Allemagne, puis à Rome en 1750. Il remporte le premier prix d'architecture de l'Academia di San Luca (dirigée par Jean-François de TROY). Par hasard, le prix lui est remis en présence de Abel Poisson, frère de la marquise de Pompadour, qui sera titré par Louis XV en 1754 marquis de Marigny et qui sera directeur général des bâtiments de France de 1751 à 1773.

Guillaumot parcourt ensuite, toujours pour sa formation, le royaume de Naples, l'Angleterre, l'Espagne. Il devient brièvement officier dans les Gardes wallonnes, mais ne s'y plaît pas et abandonne la carrière militaire. Il arrive à Paris en 1754. C'est là qu'il attire l'attention de Louis Jean Berthier de Sauvigny (intendant de la généralité de Paris de 1744 à 1776), qui le charge de différents travaux importants.

Il s'agit d'abord de construire 3 casernes pour des Gardes-suisses, à Rueil, Courbevoie et Saint-Denis, et de loger ainsi une partie importante des 2400 hommes du régiment. Une partie des travaux est achevée en 1757, mais des extensions seront bâties dans les années suivantes.

Le jeune homme est nommé "inspecteur des casernes" et "architecte de la généralité" (1760). Il épouse le 27 janvier 1761 Catherine LE BLANC, fille du Premier architecte de la Généralité de Paris. Son beau-père décède peu après, et Charles-Axel récupère le poste de Premier architecte. Il l'occupera jusqu'en 1779. Il va s'occuper plus particulièrement de la Bourgogne (actuellement l'Yonne). Ses constructions ou extensions les plus importantes sont :

Il est candidat à 2 reprises pour une élection à l'Académie royale d'architecture (1767, 1770). Finalement, le 7 mars 1773, un brevet royal nomme Guillaumot à la 2ème classe de l'Académie d'architecture, ce que le marquis de Marigny notifie immédiatement à l'Académie.

Peu avant la mort de Louis XV, le marquis de Marigny est remplacé par l'abbé Terray, par ailleurs contrôleur général des finances. En effet, Marigny comme ses prédécesseurs, n'était pas capable de payer les factures des entrepreneurs. Louis XV meurt et l'abbé Terray est remplacé par le le comte d'Angiviller, ami personnel de Louis XVI, qui, nommé directeur général des bâtiment du roi, réorganise son service. A la suite de cette réorganisation, une liste des "officiers de l'Administration", c'est-à-dire des principaux responsables, et de leurs émoluments, est établie en 1777 comme suit :

L'une des qualités de Guillaumot était d'accepter toutes les tâches qui lui étaient confiées, et de montrer chaque fois des premiers résultats très rapidement. Le comte d'Angiviller confie à Guillaumot divers travaux, même après sa nomination comme inspecteur général des carrières. En 1780, Guillaumot sera nommé intendant général des bâtiments avec un salaire en nette augmentation. De 1780 à 1790, Angiviller va demander à Guillaumot de participer à des travaux d'expertise comme la réorganisation de la basilique de Saint-Denis, d'approuver des plans et procès-verbaux d'arpentage, de donner son avis sur des affaires conflictuelles concernant des bâtiments de la haute noblesse. Guillaumot fut occasionnellement en conflit avec ses collègues Mique et Brebion, mais Mique était incontournable car il jouissait de la protection de la reine. Guillaumot a également exercé la fonction de censeur royal pour l'architecture, ayant ainsi le pouvoir d'autoriser (ou d'interdire) toute publication concernant les ouvrages architecturaux de l'Administration.

La création de l'inspection générale des carrières de Paris

Lorsque la multiplication des carrières souterraines sous Paris provoque massivement l'effondrement de bâtiments et surtout de rues de Paris et de sa banlieue, le Conseil du roi rend un arrêt le 15 septembre 1776 rendant les propriétaires des terrains où il y a des carrières responsables de réaliser les soutènements nécessaires. Par le même arrêt, DUPONT (professeur de mathématiques) est commissionné pour visiter les carrières et les cartographier, et même créer une école de topographie souterraine. DUPONT est rattaché au bureau des Finances de la Généralité de Paris, qui supervise par ailleurs les ingénieurs des ponts et chaussées.

Nous citons "Les effondrements de carrières de Paris : la grande réforme des années 1770", par Thomas Le Roux, French Historical Studies, Vol 36 n° 2, 2013 :
Cette première phase avait été règlée durant la disgrâce provisoire du lieutenant général de police LENOIR, à la suite de la "guerre des farines", et au plus fort du "moment Turgot". Mais sitôt Turgot révoqué et LENOIR revenu à son poste, la régulation des carrières prit une autre direction. Forte personnalité, LENOIR n'entendait pas laisser la gestion de la sécurité publique en dehors des attributions du Châtelet ... Ses préoccupations rencontrèrent celles du comte d'Angiviller, directeur des bâtiments du roi, qui voyait d'un mauvais oeil la présence de DUPONT et des agents du bureau des Finances dans les carrières situées sous les monuments dont il avait la charge, notamment le Val de Grâce et l'aqueduc d'Arcueil. ... Il commanda de sa propre initiative des expertises supplémentaires à Brébion, Guillaumot et Soufflot, qui visitèrent les carrières en janvier et février 1777. A l'issue, Guillaumot remit un rapport à d'Angiviller.

Dès lors, l'affaire fut promptement menée conjointement par d'Angiviller et Lenoir, avec l'aide du ministre MAUREPAS. Guillaumot (collaborateur d'Angiviller) fut expressément recommandé par Lenoir, tandis que le travail de Dupont était fortement critiqué. Charles-Etienne-Gabriel Cuvillier [collaborateur d'Angiviller] se chargea de taxer Dupont de personnalité irraisonnée et versatile. ... En fait, si ce dénigrement de Dupont trouvait des points d'appui dans son activité désordonnée, il recouvrait aussi deux autres éléments : la volonté de ne pas donner de publicité aux risques d'effondrement de Paris et le désir ... de drainer des fonds importants.

L'arrêt du Conseil du roi du 4 avril 1777 révoque l'arrêt du 15 septembre 1776 et crée une nouvelle commission composée de 2 commissaires : le comte d'Angiviller et le lieutenant général de la police de Paris, Jean-Charles-Pierre LE NOIR. Cette commission fait immédiatement nommer un "contrôleur et inspecteur général en chef", Guillaumot (placé sous la tutelle principale de LENOIR), et lui trouve un budget: 83 000 Livres (1777), 200 000 Livres en 1778. Ce budget sera porté à 350 000 Livres à partir de 1779 et même à 400 000 Livres par an à partir de 1785.
Dès le début, il est précisé que GUILLAUMOT touchera 8 000 Livres en qualité d'inspecteur général des bâtiments du roi, et que 4 inspecteurs lui seront subordonnés : DUPONT, VANDERMARCK, BOSSU (ci-devant inspecteur au garde-meuble à Paris) et HUSSET, tous payés 1 200 Livres (auxquels s'ajoutèrent une prime de risque de 400 Livres à partir de 1778) : 2 d'entre eux pour inspecter les carrières, le 3ème pour inspecter les travaux de maçonnerie, le 4ème pour inspecter les fouilles. En outre, 4 aides touchaient chacun 990 Livres. Un entrepreneur était aussi désigné, COEFFIER, déjà sélectionné par DUPONT, qui conserva l'entreprise de soutènement jusqu'à 1793, et la développa jusqu'à 400 ouvriers, en dehors de la corporation des maçons.

Il faut noter que la querelle entre le bureau des Finances (c'est-à-dire les ingénieurs des ponts et chaussées) et la commission composée de LENOIR et d'ANGIVILLER ne s'arrêta pas en avril 1777. Elle continua pendant l'été par des ordonnances du bureau des Finances qui prétendait encore avoir le pouvoir de règlementer les carrières parisiennes, ordonnances annulées par le Conseil du roi le 26 septembre 1777. Citons encore Thomas Le Roux : Mais il fallut une catastrophe de grande ampleur pour marginaliser définitivement le bureau des Finances. L'accident mortel survenu dans la carrière à plâtre de Cochois le 27 juillet 1778 acheva en effet de la discréditer. C'était en effet précisément à l'endroit où il avait tenté de garder une parcelle de son pouvoir que la carrière s'effondra, entrainant dans sa chute une partie du bord du chemin de Ménilmontant et 7 personnes qui s'y promenaient. Aucune survécut. Dans l'urgence des secours, c'est Lenoir qui intervint. Il se rendit immédiatement sur place, y resta tout l'après-midi, et fit intervenir Vandermarck, Husset et Bossu et des ouvriers de l'administration des carrières. ... Puis, Lenoir revint deux fois par jour sur les lieux. Quant à Guillaumot, vraisemblablement en déplacement, il arriva le 30 juillet et supervisa les opérations de secours, dont il dressa un procès-verbal quotidien jusqu'au 14 août, date à laquelle on retrouva le dernier corps. ... Le ministre de Paris, Amelot, ... félicita Lenoir et son administration pour son action. A vrai dire, ... plusieurs magistrats avaient mobilisé des ouvriers pour sommencer les secours : le chevalier Marolles de Lucé ... ; le seigneur de Ménilmontant, Le Peletier de Saint-Fargeau, qui distribua, dit-on, 6 000 Livres aux ouvriers plutôt rétifs à engager un travail de désencombrement dangereux ; Moreau, architecte de la ville qui prit provisoirement le commandement des opérations ; enfin, le duc de Biron, colonel des Gardes françaises, qui ordonna à 200 de ses soldats de prêter main-forte.

Le Parlement de Paris ... commanda une instruction. Enfin, le bureau des Finances ... rendit une ordonnance le 7 août. ... Peu importait que cette ordonnance ait été annulée sur leur demande motivée, les deux commissaires obtinrent une nouvelle fois gain de cause. Le 5 septembre 1778, une ordonnance du roi reconnut l'autorité totale de lieutenant général sur tout fait de carrière jusqu'à une lieue de Paris. Toute exploitation actuelle ou nouvelle, à ciel ouvert ou souterraine, devait dorénavant recevoir l'autorisation écrite de Lenoir, et ses jugements ne seraient pas suspensifs à un appel du Parlement. En dehors des carrières sous les chemins, c'était la première fois que les exploitations étaient soumises à une autorisation administrative. Le même jour, d'Angiviller s'effaça partiellement de l'administration des carrières. Un arrêt du Conseil du 19 septembre 1778 ... donna à Lenoir tout pouvoir pour ... décider des fermetures immédiates. Il interdisait aussi l'exploitation des carrières à plâtre par cavage, et ordonnait de détruire les fours à plâtre jugés responsables du déssèchement de de l'écartement des terres des carrières. ... En 1779, 3 des 8 carriers contrevenant régularisèrent leur situation. ... En 1780, un seul carrier contrevenait systématiquement.

Démarrent alors une grande quantité de travaux souterrains, plus urgents les uns que les autres. On peut citer le renforcement des fondations du Panthéon, ou bien de l'Odéon, ou bien sur l'aqueduc Marie de Médecis qui amène de l'eau de Rungis à Paris.

Les techniques de renforcement des sous-sols adoptées par Guillaumot différaient des méthodes de comblement précédemment utilisées. Guillaumot mit en oeuvre quelques principes de base :

En outre, Guillaumot expérimenta le foudroyage avec des explosifs, qui provoquait l'effondrement vertical d'un terrain très creux, souvent sur une hauteur d'une quinzaine de mètres ou davantage. Cette méthode fut tentée sur d'anciennes carrières de calcaire, sous le nom de "renversement des carrières à plâtre". S'agissant d'opérations très risquées, Lenoir crut bon de les faire autoriser par le roi le 17 mars 1780. Les parisiens étaient invités à assister à l'opération, ce qui mettait l'opinion publique du côté de l'équipe de Guillaumot, et facilitait le déblocage des budgets. Toutefois, on parla ensuite de "procédé de comblement défectueux" car le terrain n'était pas stabilisé, et continuait de bouger par la suite, ce qui dissuada Guillaumot d'utiliser à nouveau ce procédé à grande échelle.

En 1780, Necker décida de mieux contrôler le budget et les modes d'action de la commission, en y intégrant les ingénieurs des ponts et chaussées Perronet, Chezy, et les architectes Moreau et Desmaison. Guillaumot était bien entendu en conflit avec ces ingénieurs qui pouvaient lui prendre un morceau de son pouvoir, et a fini, grâce à l'aide de Lenoir, par écarter ces rivaux potentiels.

Différents accidents ont lieu, qui causent la mort ou la mutilation d'ouvriers. Guillaumot est à la fois très ferme sur le principe : les accidents sont dûs aux fautes des ouvriers, mais il accorde volontiers des primes de risque au début de son activité en surpayant les ouvriers les plus exposés. Les salaires diminuent graduellement les années suivantes. Les grèves sont réprimées, certains ouvriers un peu trop actifs sont même jetés en prison.

Guillaumot reçoit, outre son salaire d'intendant général des bâtiments (15 000 Livres), celui d'administrateur général de la Manufacture royale des Gobelins (nommé en avril 1789). Il achète diverses propriétés en 1772, 1777, 1781, ainsi qu'une maison à Versailles (14 avril 1789). Son gendre RENARD devient l'adjoint de GUILLAUMOT à l'Inspection générale des carrières le 26 mai 1785.

A partir de 1789, plusieurs recours en justice ont lieu contre les pratiques de Guillaumot en matière de marchés publics, de salaires et primes. Il y eut aussi des plaintes contre l'autoritarisme de Guillaumot, son mépris du danger que couraient les ouvriers, et sa politique anti-grève. Guillaumot prend peur à partir de 1791. Il vend une partie de ses biens immobiliers en 1791 et en 1792. Il est destitué de l'ensemble de ses fonctions en 1791 : inspecteur général des bâtiments du roi, inspecteur général des carrières de Paris, administrateur directeur des Gobelins. Pour l'inspection des carrières, il est remplacé dans la plus grande confusion tantôt par un sous-inspecteur, Augustin BELLE, tantôt par Noël Laurent DUCHEMIN(inspecteur général du pavé de Paris), assisté par Pierre Antoine DESMOUSTIERS (ingénieur en chef des ponts et chaussées), DUCHEMIN étant bientôt remplacé par François Jean BRALLE, ingénieur hydraulique (qui signait parfois ses rapports conjointement avec LE BOSSU et HUSSET).

Guillaumot revient début 1796 et récupère ses fonctions d'inspecteur général des carrières et de directeur des Gobelins (mais pas celles d'inspecteur général des bâtiments), et il ne touchera plus que 6 000 Livres d'appointements, auxquels s'ajoutera à partir de 1802 et jusqu'à sa mort une indemnité secrète de la préfecture de police de 1 200 Livres "pour des raisons de sécurité publique".


Médaille de premier prix obtenue par Guillaumot à Rome en 1750.
Guillaumot trichait un peu en faisant état d'un premier prix de Rome, alors que c'était un premier prix de l'Académie de San Luca à Rome, donc un peu moins prestigieux ...

Sources

Les principales études consacrées à Guillaumot sont les suivantes:

Oeuvres écrites de Guillaumot

Descendance de Charles-Axel GUILLAUMOT

Nous retraçons ici les générations successives qui vont de Charles-Axel jusqu'à Suzanne BOSQUILLON de JENLIS.


 

Biographie de Charles Axel GUILLAUMOT, par Suzanne de JENLIS

Publiée dans ABC Mines, avril 2004.

L'enfance

Charles Axel Guillaumot est né en février 1730 à Stockholm de parents français installés en Suède pour y commercer, en liaison avec la diplomatie française, aussi eut-il la nationalité suédoise durant son enfance. Les Guillaumot, reçus dans toute l'aristocratie suédoise connurent le comte Axel de Fersen qui accepta d'être le parrain de leur fils, si bien que Axel sera un prénom porté par plusieurs membres de ma famille a chaque génération. Les Guillaumot quittèrent Stockholm pour Hambourg quelques années plus tard, puis rentrèrent en France en 1741, notamment pour l'éducation de leur fils, qui, particulièrement brillant dans les domaines artistiques, ne put néanmoins concourir pour un prix d'architecture, faute de posséder la nationalité française. Charles Axel parfait alors ses connaissances en voyageant : il obtient en 1750 le grand prix de Rome, parcourt les royaumes de Naples, d'Espagne, d'Angleterre et sert quelque temps comme officier dans les gardes wallonnes.

Le jeune architecte

Charles Axel Guillaumot rentre en France vers 1754 et se fixe à Paris où l'Intendant général Berthier de Sauvigny le charge de construire des casernes pour loger des régiments de Gardes Suisses à Courbevoie, Rueil et Saint-Denis. Seule subsiste aujourd'hui, longeant une rue portant son nom, la caserne de Rueil, classée monument historique le 28 août 1974. Il construisit aussi la caserne dite Quartier Saint Florentin à Joigny et deux châteaux dans l'Yonne. En 1757, Charles Axel est nommé Inspecteur des casernes. Il fut envoyé en mission à Vézelay pour y construire, sur les ruines du monastère, un palais abbatial qui sera vendu comme bien national en 1789, puis démoli. Il participa avec Jardin et Mique à la consolidation et a la restructuration de la cathédrale d'Orléans. Marié à Mademoiselle Le Blanc, fille du Premier Architecte de la Généralité de Paris, et dont il aura deux filles, Charles Axel remplace en 1761 son beau-père a ce poste qu'il occupera pendant dix-huit ans.

L'architecte renommé

Vers 1770, Charles Axel Guillaumot est initié à la franc-maçonnerie qui attire alors les membres de la haute société. Architecte réputé, il rédige plusieurs traités d'architecture, ce qui lui permet d'entrer en 1773 a l'Académie Royale d'Architecture fondée par Colbert (qui, supprimée en 1793, sera fondue dans l'Académie des Beaux-Arts). Voltaire le congratule pour ses ouvrages, lui écrivant ainsi, à propos des "Remarques sur les observations sur l'architecture de l'abbé Laugier" qu'il avait publié en 1768:

"Au château de Ferney, 24 auguste 1768.
"Si ma mauvaise santé me l'avait permis, monsieur, il y a longtemps que je vous aurais remercié. J'ai trouvé votre ouvrage aussi instructif qu'agréable. J'en suis devenu un peu moins indigne, depuis que je n'ai eu l'honneur de vous voir. J'ai fort augmenté ma petite chaumière, et j'en ai changé l'architecture; mais j'habite un désert, et je m'intéresse toujours à Paris, comme on aime ses anciens amis avec leurs défauts.
"Je suis toujours fâché de voir le faubourg Saint-Germain sans aucune place publique; des rues si mal alignées; des marchés dans les rues; des maisons sans eau, et même des fontaines qui en manquent, et encore quelles fontaines de villages! Mais, en récompense, les Cordeliers, les Capucins, ont de très grands emplacements. J'espère que dans cinq ou six cents ans tout cela sera corrigé! En attendant, je vous souhaite tous les succès que vos grands talents méritent. "

Et plus tard, a l'occasion de "Lettre sur l'administration des corvées", Voltaire écrit à Charles Axel Guillaumot:

"8 février 1773, à Ferney.
"Les maladies qui m'accablent, monsieur, ne m'ont pas permis de vous remercier plus tôt. Votre ouvrage m'a paru très judicieux. Il est bien plus aisé de se plaindre des corvées que de construire des chemins nécessaires. Vous rendez service à l'état par vos travaux, et vous éclairez les citoyens par vos réflexions."

L'inspecteur général des carrières de Paris

En 1777, Charles Axel Guillaumot est Architecte des Bâtiments du Roi, Inspecteur Général des Casernes et Inspecteur Général des Pépinières. C'est alors qu'un fontis détruit trois cents mètres de route et plusieurs immeubles aux environs de l'actuel Boulevard Saint-Michel de Paris. En effet, il existait des vides considérables dans le sous-sol parisien que les carriers exploitaient depuis le XIIème siècle pour en extraire les pierres destinées à la construction de la ville : remparts, Notre-Dame, Palais du Louvre, églises et immeubles divers. Les conclusions du rapport demandé par Louis XVI (devenu Roi a peine trois ans plus tôt) furent fort inquiétantes : tout le sud de Paris, sous Vaugirard, était susceptible de s'écrouler! Le 4 avril 1777, une commission spéciale est nommée pour résoudre ce problème ; peu après, sur proposition du Comte d'Angivillier et du Lieutenant Général de Police, Louis XVI crée l'Inspection des Carrières, dont, le 24 avril 1777, il confie la charge à Charles Axel Guillaumot, promu Contrôleur Général et Inspecteur des Carrières. Ce même jour, un accident rue d'Enfer justifiait cette nomination ; la tâche s'annonçait rude, car il fallait informer le public des dangers du sous-sol, en cartographier les vides, puis le consolider.
Pendant les deux premières années, Charles Axel Guillaumot et ses ingénieurs parcoururent toutes les carrières, effarés du travail a accomplir : 800 hectares, soit six millions de mètres cubes de vides souterrains! D'énormes sommes sont englouties ; le nombre de collaborateurs passe de quarante à quatre cents! Une équipe creuse a la recherche de galeries et de chantiers oubliés, tandis qu'une autre équipe consolide. Des piliers, des bourrages soutiennent les plafonds des chantiers au droit des immeubles de surface. Les premiers travaux réalisés portent la marque de l'esprit artistique et organisateur de Charles Axel Guillaumot : soin des parements en pierres de taille constituant les piliers de soutènement, ciselures des cadres saillants, marquage historique des travaux de consolidation à l'aide d'inscriptions gravées ou peintes sur les pierres. C'est ainsi que "25G1777" signifie "vingt-cinquième confortation de Guillaumot en 1777" et "1G7R" signifie "première confortation de Guillaumot en l'an 7 de la République".


Signature : Ière confortation par Guillaumot en l'an XI de la République (1803)
Cliché Organisation pour la Connaissance et la Restauration d'Au-dessous-terre

Héricart de Thury et les successeurs de Guillaumot poursuivront ces travaux avec le même soin pendant deux siècles, et ces travaux, encore suivis aujourd'hui, constituent l'un des ensembles architecturaux les plus importants de France.
Les carrières de gypse, dont est extraite la "pierre a plâtre", étaient situées hors des enceintes du Paris du XVIIIème siècle; elles recèlent aussi parfois de véritables cathédrales souterraines, aussi la fermeture de toutes les carrières situées sous Ménilmontant fut-elle ordonnée dès 1779.

L'architecte des "Catacombes de Paris"

Dans le même temps, Charles Axel Guillaumot fut chargé de construire l'aqueduc de Paray, et il retrouve en 1784 l'aqueduc construit au début du XVIIème siècle par les Médicis.
En 1785, l'éboulement d'une fosse commune du cimetière des Innocents (actuelle place de la Fontaine des Innocents) dans la cave d'une maison, provoqua des asphyxies ainsi que l'apparition de tumeurs sur les membres d'ouvriers qui travaillaient parmi des odeurs pestilentielles liées à l'accumulation de cadavres insuffisamment enterrés. Il en résulta une certaine panique qui se répandit dans Paris, et l'inspection des Carrières fut chargée de trouver un endroit suffisamment grand pour y aménager un ossuaire susceptible d'accueillir les deux millions de squelettes accumulés pendant huit siècles dans les cimetières et charniers parisiens destinés à disparaître.
Charles Axel Guillaumot envisage d'utiliser à cette fin des carrières souterraines situées hors les murs de la ville. Il fait exécuter les travaux nécessaires au lieu dit "la Tombe Issoire", au Petit Montrouge : assèchement du sol inondé par l'aqueduc Médicis, consolidation des carrières. Les "catacombes de Paris" sont consacrées en 1786, sur onze mille mètres carrés. Durant quinze mois, a la tombée du jour, des ossements y sont transportés ; un siècle plus tard, ces lieux recèleront six millions de corps...

Les années révolutionnaires

En 1787, Charles Axel Guillaumot se voit confier le projet d'agrandissement des écuries royales de Versailles, projet qui est abandonné en raison de son coût exorbitant. En 1789, Charles Axel Guillaumot est nommé Directeur des Manufactures des Gobelins, mais, trop marqué par ses relations avec la haute noblesse en ces temps révolutionnaires, il est écarté de ces responsabilités en 1791 et arrêté, car suspecté d'avoir aidé la famille royale à s'enfuir: selon des bruits courants alors, la famille royale envisageait de se cacher dans les "carrières" de Paris. Mais la famille royale fut arrêtée à Varennes.
Jean Augustin Renard, architecte des Tuileries, prix de Rome, accompagnait souvent Charles Axel Guillaumot dont il épousa la fille en 1788. Jean Augustin Renard fut nommé Inspecteur adjoint des Carrières en 1785, chargé en 1786 avec Brébion de la restauration de l'Observatoire de Paris dirigé depuis 1784 par Cassini - le quatrième et dernier Cassini à occuper ce poste - et admis à l'Académie Royale d'Architecture en 1791. Son fils Axel Augustin François Renard (1788-1874), futur consul a Palerme, épousera Elisa Adèle Taupin de Magnytot (1797-1874), dont la mère née Elise de Lesseps est mon aïeule, tant du côté paternel que du côté maternel.
Charles Axel Guillaumot et Jean Augustin Renard étaient en relations avec la famille d'Axel de Fersen. Aussi furent-ils accusés de s'être impliqués dans le départ de la famille royale vers Varennes : ils sont arrêtés et ne seront relâchés que trois ans plus tard, faute de preuves : en témoigne la transcription des interrogatoires par Lenôtre, parus dans les ouvrages de la série "Vieilles maisons, vieux papiers".
Le 7 octobre 1791, le Maire et le procureur de la Commune, accompagnés d'un membre du comité de la Sûreté Générale, en l'occurrence le peintre David, interrogent longuement Madame Elisabeth et Madame Royale, respectivement belle-soeur et fille de la Reine Marie-Antoinette. Ils n'en obtiennent rien, aussi tentent-ils de les confronter séparément avec le Dauphin, qui avait déposé la veille en présence d'Hébert. Le Dauphin et Madame Royale furent notamment interrogés sur l'architecte Jean Augustin Renard. Madame Royale soutenait ne pas le connaître, mais, contredite avec autorité par le Dauphin son frère, elle dût en convenir.
Le 12 octobre 1793, la Reine Marie-Antoinette, convoquée au palais de Justice, fut encore interrogée sur la préparation de la fuite vers Varennes : Lafayette, Bailly et Renard n'auraient-ils pas favorisé et conduit cette évasion? Indignée, elle assura que Lafayette et Bailly auraient été les derniers auxquels elle se serait confiée, mais garda le mutisme quant à Renard. Elle admet la fourniture de la voiture par Axel de Fersen, car elle savait ce dernier a l'abri en Suède. Quelques mois après son beau-père, Renard était libéré.
Sur la cheminée du salon de ma grand-mère, se trouvait une boite d'écaillé à fond amovible, ornée d'une jolie miniature signée Sauvage. Sous ce fond, se trouvaient deux mèches de cheveux blond cendré ainsi qu'un billet daté de Vérone le 6 août 1795, signé Louis (futur roi Louis XVIII, frère de Louis XVI), disant :

"J'ai été instruit par le compte que m'en rendit le comte d'Entraigues de l'attachement et des services que le Sieur Guillaumot Intendant de mes Bâtiments a rendus au feu Roi mon frère et je charge M. l'abbé (illisible) de l'apport de mon estime et de ma bienveillance
"Vérone 6 août 1795 Louis "

C'est moi-même qui ai fait authentifier cette boite au musée Galiéra, il y a une quarantaine d'années. Le soir même, le comte de Paris, prétendant au trône de France, me téléphonait pour me l'acheter, mais il n'a jamais été question de la vendre : elle fut tirée au sort lors du décès de ma grand-mère, et attribuée alors a l'un de mes cousins germains, Jean-François Triniac de Parade. Nous sommes convaincus que ces remerciements ont, en cette période troublée, un autre objet que les travaux d'architecture de Charles Axel Guillaumot.

Les dernières années

Après sa libération en 1794, Charles Axel Guillaumot est réintégré dans ses fonctions, mais uniquement comme Inspecteur des Carrières et Directeur de la Manufacture des Gobelins (bientôt Manufacture Impériale des Gobelins). Il est l'auteur de nombreux ouvrages traitant de l'architecture, des carrières et des tapisseries. Il décéda le 7 octobre 1807 et fut inhumé au cimetière sainte Catherine, sous cette épitaphe:

ICI REPOSE
CHARLES AXEL GUILLAUMOT
MEMBRE DE L'ACADEMIE D'ARCHITECTURE
ADMINISTRATEUR DE LA MANUFACTURE IMPERIALE DES GOBELINS
INSPECTEUR GENERAL DES CARRIERES SOUS PARIS
MEMBRE DE LA LEGION D'HONNEUR

Cette épitaphe disparut lors de la suppression du cimetière Sainte Catherine, réalisée en 1883 lors des grandes opérations d'urbanisme visant à éliminer les cimetières du Paris des Fermiers Généraux. Ironie du sort, les restes de Charles Axel Guillaumot ont été transférés dans l'ossuaire de Paris dont il avait mené les travaux à partir de 1886 !

Sources : inédites, documents et témoignages familiaux.


L'inspection générale des carrières à la suite du décès de Guillaumot

A la suite du décès de Guillaumot, en octobre 1807, l'inspection générale des carrières entra dans une période agitée.

Une commission administrative fut constituée par les 3 anciens collaborateurs directs de Guillaumot (Le Bossu, Caly, Husset). Mais ces personnes ne semblent pas avoir eu le niveau voulu pour diriger le service.

Guillaumot lui-même avait souhaité que le corps des ingénieurs des mines reprenne la responsabilité du service, et dès 1807, le Conseil des mines demande à Héricart de Thury de faire une visite des carrières. Cette proposition est approuvée par le ministre de l'intérieur. A ce stade, la commission administrative garde le pouvoir.

Napoléon souhaitait également que les ingénieurs des mines s'occupent de mettre de l'ordre dans les carrières souterraines de Paris. Le 21 mars 1809, le ministre, sur proposition du Conseil des mines, charge l'ingénieur en chef des mines Hassenfratz d'examiner et de vérifier les projets du service des carrières. L'objectif est évidement d'arriver à nommer un vrai directeur.

Hassenfratz estime en effet que la situation n'est pas claire, et propose au Conseil des mines de confier officiellement la direction du service des carrières à Héricart de Thury.

Le 21 avril 1809, le Préfet de la Seine Nicolas FROCHOT signe un arrêté portant organisation de la direction du travail des carrières. Mais le nom de Héricart de Thury n'apparaît toujours pas officiellement, bien qu'il commence à exercer les fonctions.

Le décret impérial du 18 novembre 1810 rend statutaire que l'inspecteur général des carrières appartienne au corps des mines (article 8) : A l'avenir, le remplacement de ces ingénieurs , ainsi que celui de l'inspecteur général des carrières , actuellement ingénieur en chef des mines, s'opérera par des individus du corps impérial des mines. Il semble bien que le décret fasse allusion à Hassenfratz, alors ingénieur en chef des mines. Héricart de Thury a été nommé ingénieur en chef par décret du 13 décembre 1810, ce qui lui a probablement permis d'accéder au titre d'inspecteur général des carrières fin 1810.

Les membres de la commission, François-Benoît Husset (1751-1818), Louis Hubert Caly (1756-1832) et Jean-Baptiste Lebossu (décédé en 1814) restent en poste et sont intégrés au corps des mines en qualité d'ingénieurs.

Ce n'est que le 5 février 1812, lorsque l'ingénieur des mines Jean-Louis Trémery est nommé adjoint de Héricart de Thury, que le Préfet de la Seine mentionne Héricart de Thury comme inspecteur général des carrières. La nomination de Trémery sera approuvée par le ministre le 18 février 1812. Trémery deviendra lui-même inspecteur général des carrières en 1831, après le départ de Héricart de Thury.


Quand carrières de maçon et de Franc-Maçon s'entrecroisent

Le texte qui suit est extrait de l'article "Rites d'intégration à l'ENSMP et rituel en usage dans la franc-maçonnerie", par Gilles Thomas et Pierre Matarèse, ABC Mines, n° 34, février 2012.

Charles-Axel Guillaumot, né en 1730, grand prix de Rome d'architecture en 1750, entra à l'Académie royale d'architecture en 1773 et figure sur la liste des adeptes de la Loges des Neufs Sœurs, laquelle comptait avant 1798 vingt académiciens. Dans cette loge, on retrouve des personnalités dont les noms nous ont été transmis par les livres d'Histoire : Bailly, Condorcet, Danton, Camille Desmoulins, Benjamin Franklin, mais également Jacques Delille moins connu mais dont nous aurons l'occasion de reparler plus loin, ainsi que Voltaire initié la veille de sa mort.

Pendant la Révolution française, ou plus exactement pendant sa période la plus noire que fut la Terreur, Guillaumot fut emprisonné à Versailles. Non seulement il ne fit pas partie des charretées qui en sortaient pour finir sur le fil du rasoir national de la « faiseuse de veuves », mais en sortant de son incarcération il retrouva son poste à la tête de l'Inspection, qui ne cessa jamais ses activités, quelles que soient les périodes sombres de l'Histoire de France : ici la Révolution française et sa dérive la Terreur, mais également la Commune de 1830, celle de 1848, le conflit franco-prussien de 1870, la Commune parisienne de 1871.

« Mais citoyens législateurs, la Révolution d'une part a quelquefois ralenti, souvent suspendu les travaux qui consolidaient le sol que nous habitons. D'une autre part le conflit du despotisme et de la Liberté, les tourments politiques, les canons des hommes libres ont retenti dans ces vastes souterrains et ont ébranlé les piliers naturels qui supportent le théâtre de nos mémorables combats. »

Le Directoire exécutif (Pluviôse AN VI)

En 1791 et 1792, Guillaumot fut donc destitué de toutes ses charges et fonctions et obligé de vendre ses propriétés et « ses effets les plus précieux, pour subsister pendant les orages de la Révolution, lui et sa famille, composée alors de sa femme, de sa fille, de son gendre, de deux petits enfants en bas-âge, et de cinq domestiques » [Note autobiographique de Guillaumot datée du 8 prairial de l'an XI de la République française (31 mai 1803), citée dans le Dictionnaire des Architectes français par Adolphe Lance (1872).]

Les Neuf Sœurs se reconstituent à la fin de 1805, et sur son tableau de 1806 on retrouve à nouveau Guillaumot (qui décédera l'année suivante), ainsi que quatre « rescapés » de 1786 (que l'on ne pouvaient appeler comme cela puisque le mot lui-même date de la catastrophe de Courrières en 1906).

C'est Charles-Axel Guillaumot qui est également à l'origine de la codification trinomiale permettant d'identifier chacun des piliers de consolidation érigés dans les carrières sous Paris, savoir un Numéro d'ordre, une Initiale (celle de l'Inspecteur des carrières alors en titre), et l'Année de réalisation. La plus ancienne que l'on puisse trouver est donc 1 G 1777, puisque Guillaumot en est le créateur ; mais n'est-il point troublant que l'on trouve sur le tablier de maçon une étoile sur laquelle est inscrite la lettre « G » (parfois interprété comme signifiant Géomètre) ?

Parfois, il arrive que l'on trouve sur les graphismes gravés de numérotation de ces piliers maçonnés, des triangles qui viennent s'intercaler entre les trois éléments de ce code : est-ce une simple ornementation par pur esthétisme de la part du graveur (ou juste une forme élémentaire relativement facile à obtenir), ou bien faut-il y voir une marque supplémentaire d'un franc-maçonnisme insufflé par la tête de l'Inspection ?

Quoi qu'il en soit, notons que ce principe des gravures codifiées dura jusqu'en 1907 sous l'inspectorat de Charles Émile Wickersheimer (en poste de 1896 à cette année-là), et que lui-même fut Franc-Maçon. Quant aux autres Inspecteurs, qui se succédèrent depuis Guillaumot, qui tous sont issus du Corps des Mines jusqu'à nos jours, nous n'avons pas trouvé trace de leur appartenance ou non à une loge quelconque.

Voir aussi : Le sauveur de Paris, Gilles Thomas et Charles de Saint-Sauveur, Le Parisien, 26 mai 2013, p. 39

Libres propos de Gilles Thomas (20/2/2014, site www.franceculture.fr) :
En revanche, et malencontreusement, si les cataphiles connaissent et vénèrent Charles-Axel Guillaumot, il n'en est pas de même de la très grande majorité des historiens alors que celui-ci fut entre autres, architecte du roi Louis XVI. Et comme l'avait fait remarquer Graham Robb dans son livre "Parisians" ("Une histoire de Paris par ceux qui l'ont fait"), aucune rue dans Paris ne porte son nom ce qui serait la moindre des choses pour l'honorer. Pourtant tout récemment, au cours de la séance du Conseil municipal des 22 et 23 avril 2013, le Conseil de Paris a émis le voeu : « Que le nom de Charles-Axel Guillaumot soit attribué à une voie en son hommage dans le 14e arrondissement, à proximité de la place Denfert-Rochereau près de l'entrée des catacombes et de l'Inspection générale des carrières où cet hommage prend tout son sens. » Souhaitons que cette délibération aboutisse maintenant à une réalisation sans trop tarder, ce qu'attendent depuis lors les 800 descendants de Guillaumot, à la tête desquels une remarquable et merveilleuse nonagénaire que je salue très affectueusement [allusion évidente à Suzanne de Jenlis].


Suzanne de Jenlis en avril 2013 (92 ans)
Photo R. Mahl

Suzanne de Jenlis (1920-2016), descendante en ligne directe de Guillaumot, est l'auteur de l'article ci-dessus concernant son ancêtre.
Elle est la veuve de l'ingénieur général de l'armement Gonzague Bosquillon de Jenlis (1915-2000 ; X 1936), qui a dirigé l'Ecole nationale supérieure de l'Aéronautique (Sup Aéro) et qui a fondé l'ENSTA en fusionnant 5 écoles d'ingénieurs existantes.
A côté de Mme de Jenlis, sur le canapé, un exemplaire de La Jaune et la Rouge, revue des anciens élèves de Polytechnique. Mme de Jenlis est restée très proche de la communauté des anciens X, même après la mort de son époux. Elle rencontrait notamment André Giraud et Pierre Guillaumat, ainsi que le professeur Laurent Schwartz, avec lequel elle discuta longuement de l'opportunité de faire entrer des filles à l'Ecole polytechnique (elle raconte que Laurent Schwartz voulait dépister les gènes des mathématiciens et craignait de ne pas les retrouver dans le beau sexe ...).

Suzanne de Jenlis, née Triniac, est par ailleurs l'héritière du château du Chassan. Celui-ci est passé dans la famille Triniac en 1844, dans les circonstances suivantes :

Vers 1325, un château médiéval a été construit par la famille de Ponsonaille, au Chassan. A partir de 1750, Jean-François de Ponsonnailles de Grizoles (1er comte de Chassan) démolit le vieux château et construit à la place le château actuel du Chassan. Un de ses petits-fils, Hippolyte de Ponsonaille, comte de Chassan (1809-1844) hérita du château mais n'eut pas d'enfant. Il fit un testament qui exigeait un mariage entre la fille de l'un de ses cousins, Alexis Loussert, et son autre cousin, Alfred Triniac, les deux étant co-héritiers du château et des terres. Toutefois, le mariage ne se réalisa pas, et finalement la famille Triniac devint seule propriétaire des biens.
 
La salle du cerf du château du Chassan
Le château se visite en été, ou bien le reste de l'année sur rdv

Mis sur le web par R. Mahl