Joseph Marie Pierre LOIRET (1874-1938)


Loiret en 1901, élève de l'Ecole des Mines de Paris
(C) Photo collections ENSMP

Né le 14/12/1874 à Nantes. Décédé le 15 février 1938 à Meudon. Son épouse décède le 3/3/1939.
Fils de Marie Pierre Ephrem LOIRET, courtier de commerce, et de Hélène JUGUET.
Beau-frère de René Armand Marie POCARD-KERVILER (1876-1954 ; X 1896) et de Georges René Charles POCARD-KERVILER (1872-1956 ; X 1890), eux-mêmes fils de René Mathurin Marie POCARD du COSQUER de KERVILLER (1842-1907 ; X 1861), Inspecteur général des Ponts et chaussées qui développa le port de Saint-Nazaire et travailla l'histoire et l'archéologie.
Père de Joseph René Marie Stanislas LOIRET (1908-1963, X 1928), qui épouse Miss Stasia KEYS le 28/9/1935.
Beau-père de Jean Marie Gabriel LEPRINCE-RINGUET (X 1923, l'un des fils de Félix LEPRINCE-RINGUET).
Beau-père de FAIVRE (EMP 1921) et grand-père de Henri FAIVRE (né le 26/4/1931).
Une autre fille de Joseph, Geneviève LOIRET, épouse le 24/9/1938 Laurent DUPRÉ de la TOUR.

Ancien élève de l'Ecole polytechnique (promotion 1895, sorti classé 4ème), et de l'Ecole des Mines de Paris (entré en 1897 classé 4ème sur 4 élèves et sorti en 1901, classé 4ème). Corps des mines.

Professeur de législation à l'Ecole des Mines de Paris de 1923 à 1938.

Cité à l'ordre du Corps national des Mines 1910

Commandeur de la Légion d'honneur 1938


PAROLES PRONONCÉES AUX OBSÈQUES DE M. LOIRET, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES MINES, le 19 février 1938, à Meudon,

Par M. BÈS de BERC, Vice-Président du Conseil Général des Mines.

Publié dans Annales des Mines, treizième série, tome XIII, 1938.

Au nom de M. le ministre des Travaux publics, je viens dire un dernier adieu à l'inspecteur général des Mines Loiret, qui fut pendant quarante années pour le Corps des Mines un exemple, pour ses camarades de carrière un ami très cher, et pour l'État un grand serviteur. Sorti de l'École Polytechnique en 1897, de l'École des les de Paris en 1901, il débuta comme ingénieur ordinaire des Mines à Rodez, pour passer en 1904 au poste de Clermont-Ferrand. Dès ces débuts, il se fit rapidement remarquer par sa vive intelligence et son sens averti des difficultés quotidiennes de l'industrie minière, au contrôle de laquelle il allait consacrer sa carrière. Il reçut le 8 juin 1910 le rare honneur d'une citation à l'ordre du Corps national des Mines « pour le dévouement, le courage et la sagacité technique dont il avait fait preuve au cours de périlleux travaux de sauvetage d'ouvriers surpris par un dégagement instantané d'acide carbonique le 26 juillet 1909 aux mines de Singles (Puy-de-Dôme) ». Cet éloge se passe de commentaires.

C'est surtout à partir de sa promotion comme ingénieur en chef, en 1913, qu'il put donner toute la mesure de son expérience et de sa valeur professionnelle. Chargé à Ales d'un service important et difficile, comportant la surveillance du bassin houiller du Gard, il y succédait à un grand technicien, l'inspecteur général Dougados. Celui-ci avait eu le premier à organiser scientifiquement la lutte préventive contre un fléau dont ce bassin semblait alors avoir en France le dangereux monopole : dégagements instantanés et massifs de gaz mortels, le grisou et l'acide carbonique, dont les manifestations imprévues et considérées à cette époque comme presque imprévisibles accumulaient périodiquement les ruines matérielles et les morts. Il prit aussitôt la suite de cette lutte, dont il fut désormais un des grands animateurs. Il la poursuivit avec succès sur place pendant dix ans, jusqu'à sa nomination en 1923 comme professeur à l'École des Mines de Paris, et devait plus tard continuer, comme inspecteur général, membre du Conseil général des Mines, à consacrer à l'étude de cette grave question toute l'expérience qu'il avait acquise.

Au cours de la guerre, mobilisé comme lieutenant-colonel d'artillerie territoriale faisant fonctions d'intendant militaire à Ales, il dut ainsi rester par ordre attaché à son poste minier, et remplit un rôle important dans le ravitaillement militaire et national en combustibles.

Ces brillants services lui valurent en 1919 le ruban de la Légion d'Honneur.

A partir de 1923 sa carrière se poursuit à Paris. Il s'y consacre aussitôt au cours de législation qui venait de lui lui être confié à l'École des Mines, où il devait jusqu'à sa mort occuper la chaire illustrée quelques années auparavant par le grand nom d'Aguillon. Malgré ce travail absorbant, son activité lui permet de se dévouer en même temps à des fonctions administratives de service ordinaire, de membre et rapporteur de grandes commissions. La rosette d'officier de la Légion d'honneur en 1927, la promotion au grade d'inspecteur général en 1929 reconnurent ces années de dévouement.

Désormais membre du conseil général des Mines, il y marque vite sa personnalité par la compétence de ses interventions dans les discussions les plus diverses, touchant aussi bien à la technique de l'exploitation minière, où le sert son expérience d'ancien ingénieur en chef du Gard, qu'aux nombreuses difficultés soulevées par l'application des lois minières. Il prend notamment une part active à l'élaboration d'un nouveau régime fiscal de l'industrie minérale, longuement discutée entre le département des Travaux publics et celui des Finances, et contribue avec succès à l'adoption de formules dont le libéralisme respecte les intérêts des exploitants sans sacrifier celui de l'État.

C'est en ce plein épanouissement de son activité qu'il est soudainement terrassé par un accident physiologique brutal, vraisemblablement consécutif au surmenage qu'il s'imposait par la plus haute conception de son devoir. Il ne devait malheureusement pas s'en relever. Malgré les soins aimants des siens, et quand on commençait à voir se confirmer sa convalescence, il disparaît subitement quelques jours seulement après la dernière joie que venait de lui apporter la décoration bien méritée de commandeur de la Légion d'Honneur, à laquelle applaudissaient ses amis.

Cette trop brève esquisse d'une carrière si bien remplie resterait incomplète si elle n'évoquait pas le caractère et les hautes qualités morales de l'homme. Ses contacts personnels avec une population laborieuse, joints à sa bonté innée et à ses convictions religieuses, avaient fait de lui un philantrope, au sens le plus élevé du mot. Il aimait se dévouer à toutes les misères et aux oeuvres capables de les soulager. A peine arrivé de province, après avoir fixé sa résidence familiale dans cette ville de Meudon où il va dormir son dernier sommeil, il se consacrait à titre privé à de multiples et lourdes charges de bienfaisance et de prévoyance sociale, et s'y faisait si bien apprécier qu'une élection, flatteuse et rare en vérité quand elle choisit un fonctionnaire nouveau venu, l'appelait à la municipalité, puis à la magistrature de maire de la ville. Il ne m'appartient pas de rappeler les services qu'il y a rendus et dont beaucoup de ceux qui entourent aujourd'hui son cercueil ont gardé le reconnaissant souvenir. Je puis seulement affirmer que ce ne fut pas sans tristesse qu'il vit cesser un mandat auquel il s'était si généreusement dévoué.

De relations toujours affables et sûres, il savait gagner l'estime et bien vite l'amitié de ceux qui l'approchaient. Ses vertus familiales étaient récompensées par le grand amour des siens, dont je salue avec respect la douleur. Puisse ce concert touchant de regrets contribuer à adoucir votre affliction. Votre cher disparu ne s'est pas abîmé, corps et âme, dans un néant désolé. Vous le retrouverez, et vous en avez la foi, dans la lumière de l'éternelle sérénité.


Loiret élève à Polytechnique.
(C) Photo collections de l'Ecole polytechnique