LES LEVIERS ECONOMIQUES ET FINANCIERS
DU DEVELOPPEMENT DURABLE

 

EDITORIAL

par François VALÉRIAN
Rédacteur en chef des Annales des Mines


Le développement durable entretient avec la finance des rapports ambigus. Au premier abord, il est contraire à la logique des échanges financiers et commerciaux. Son horizon de temps, en effet, est très éloigné, alors que le monde des affaires a une préférence bien connue pour le présent. De plus, il gêne ou interdit un certain nombre d’activités économiques rentables, au motif que ces activités menacent l’équilibre à long terme de la planète ou de l’espèce.

Cette contradiction structure depuis plusieurs décennies le rapport entre l’intérêt économique privé et l’exigence environnementale publique. Cela étant, un phénomène s’affirme de plus en plus, qui tend à réconcilier le développement durable et la finance : ce phénomène, c’est la passion pour le développement durable. Or, rien de ce qui passionne les hommes ne reste sans traduction financière. De plus en plus de consommateurs préfèrent le produit propre au produit polluant. De plus en plus d’investisseurs boursiers préfèrent l’entreprise propre à l’entreprise polluante. Ces préférences se généralisent, et déclenchent la spéculation nécessaire à toute dynamique de marché. Désormais, l’investisseur n’a plus besoin d’être personnellement convaincu de la contribution positive de telle ou telle entreprise à la sauvegarde du climat. A partir du moment où il est convaincu que telle sera l’opinion générale, il s’y range, ou plutôt s’efforce de la précéder.

Il en résulte un besoin de gouvernance, pour que cette dynamique financière produise des effets positifs. Les pouvoirs publics, l’Europe, les instances supra-nationales, doivent donner les indications réglementaires et fiscales nécessaires à l’orientation des capitaux vers les projets ou activités réellement porteurs de développement durable pour nos sociétés. La financiarisation du développement durable est une opportunité d’accélération, mais c’est aussi un défi à relever pour toutes les instances porteuses du discours environnemental : elles doivent être à la hauteur des passions qu’elles ont suscitées.

 

 
                         
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