LA VILLE DURABLE,
ENTRE POUVOIRS PUBLICS ET INITIATIVES LOCALES

 

EDITORIAL

par François VALÉRIAN
Rédacteur en chef des Annales des Mines

L’urbanisation de l’habitat a entraîné une perte de maîtrise. Dans notre vie de tous les jours, nous dépendons de décisions lointaines, prises dans un cadre complexe, par la ville elle-même et ses magistrats, mais aussi par des structures interurbaines, régionales ou nationales. Telle est la contrepartie du sentiment de liberté que procure la vie en ville : nous nous mouvons dans un réseau de contraintes plus ou moins visibles, administratives, politiques, économiques.

Les villes d’Europe de l’ouest semblent arrivées à maturité, et se posent désormais ce type de questions. Il ne s’agit plus en effet, comme en Asie, de croître à tout prix, mais plutôt de rendre durable la croissance obtenue en la réconciliant avec les grands enjeux environnementaux de notre époque, notamment le changement climatique. Or les politiques destinées à créer des éco-quartiers ou à optimiser les transports sont aussi des terrains de rencontre, de coopération ou d’affrontement, entre les centres de décision traditionnels et les initiatives ou les besoins des habitants. Concevoir des éco-quartiers qui produisent peu, ou pas, d’émissions carbonées, est désormais possible. Cependant, si ces quartiers ne sont habitables que par les plus aisés, l’éviction n’en sera que plus forte au détriment des autres, qui iront habiter encore plus loin, devront consommer encore plus de carburant, économiser encore davantage sur leurs autres dépenses et aggraver le changement climatique.

Une ville durable, c’est d’abord une ville où la concertation est permanente entre les autorités municipales et les associations d’habitants. L’intervention publique est évidemment nécessaire pour financer des politiques dont le retour économique, comme chacun sait, est à si long terme qu’il en est impalpable. On conçoit mal que les habitants eux-mêmes puissent être dispensés de partager au moins une partie du coût, et le renchérissement des centres-villes sur les dernières années a déjà illustré ce phénomène. Mais il engage d’autant plus à rendre aux habitants une part de la maîtrise qui leur avait été retirée par les grandes politiques d’expansion urbaine.

 
                         
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