Le changement climatique est aujourd’hui un thème
rebattu par les médias.
Mais ce numéro de Responsabilité et
environnement aborde le sujet par un de ses aspects rarement
traité :
l’adaptation. Ce faisant, il soulève plusieurs questions
inédites :
-
Le changement
climatique est souvent considéré comme
une agression de l’homme contre une Nature réputée
« bonne ». Mais l’homme,
s’interroge Michel Juffé, ne fait-il pas partie de la Nature ? Peut-on vraiment le considérer comme un
élément extérieur, qui serait, en quelque sorte,
« confronté » à elle ?
-
La perspective d’un
changement climatique suscite,
en général, les plus grandes craintes. Mais ne peut-on y
voir comme un nouveau défi
lancé à l’humanité - un défi qui lui
permettra, en définitive, de progresser ?
Emmanuel Le Roy Ladurie ne nous montre-t-il pas que l’homme a su faire
face par
le passé à des changements climatiques
particulièrement sévères ?
L’adaptation dont il sera question dans ce
numéro est celle qui consiste
à réduire la vulnérabilité des
systèmes naturels aux aléas découlant des
modifications du climat. Ce concept a longtemps été
considéré avec méfiance par
les scientifiques, les ONG et certains responsables politiques des pays
du «Nord » : ceux-ci craignaient, en effet,
qu’il ne fût démobilisateur
par rapport à l’autre moyen de lutter contre le changement
climatique, l’atténuation,
qui consiste à agir sur les causes de ce changement, notamment
en réduisant les
émissions de gaz à effet de serre.
Mais la priorité donnée aux
politiques d’atténuation fait aujourd’hui
l’objet de vives critiques de la part des pays du
«Sud », qui
redoutent que ces politiques ne constituent un frein à leur
développement, et
qu’on ne leur demande, en définitive, de contribuer à la
lutte contre un
phénomène dont ils ne sont guère responsables.
En tout état de cause, comme le
souligne Marc Gillet, il semble
maintenant acquis que « le réchauffement climatique
est déjà amorcé […] et
qu’il s’amplifiera au cours des prochaines
décennies ». Il convient désormais
de s’y adapter, ainsi que le font, d’ores et déjà, de
nombreux pays développés.
Plusieurs articles de ce numéro décrivent les politiques
qu’ils ont engagées à
cet effet, notamment en ce qui concerne
le littoral et les grandes agglomérations.
Mais qu’en est-il des pays du
« Sud », déjà confrontés
à de
multiples difficultés (en matière de santé,
d’éducation, de besoins
alimentaires…), auxquels manquent les financements
indispensables ? Qu’en
est-il notamment de l’Afrique, qui sera, nous disent les experts, une
des
principales victimes du réchauffement climatique ?
Certes,
remédier à ces problèmes n’est pas chose simple,
car, si le
changement climatique est un phénomène global, les
politiques d’adaptation
doivent être menées à des niveaux
déconcentrés et elles exigent des financements
sans commune mesure avec ceux que l’on consacre aujourd’hui, par
exemple, à
l’aide au développement.
Dans l’entretien qui
conclut ce numéro, Paul-Henri Bourrelier relève que la
plupart des articles qui le composent débouchent sur des
questions éthiques. De
fait, pouvons-nous, sans réagir, laisser les pays les plus
pauvres, donc les
plus vulnérables, subir les conséquences dramatiques d’un
phénomène dont ils portent
une part de responsabilité bien faible ? Est-il
réellement acceptable qu’une
partie de notre planète devienne inhospitalière à
l’homme par suite de l’incapacité
des nations à s’organiser collectivement et/ou à cause de
l’égoïsme des pays
les plus riches ?
De par son
caractère global, le changement climatique peut constituer
l’opportunité,
pour tous les habitants de cette planète, de prendre conscience
de l’impérieuse
nécessité d’être solidaires entre eux :
formons le vœu qu’il puisse en
être ainsi et que ce changement devienne le moteur d’une nouvelle
étape dans le
développement de l’humanité.