L'eau en Afrique : fatalité géographique, enjeux
politiques
EDITORIAL
par François VALÉRIAN
Rédacteur en chef des Annales
des Mines
Dire que l’Afrique manque d’eau confine
à la
banalité. Une bonne part de la difficulté se trouve dans
ce premier
constat : l’impression d’entendre parler du même
problème depuis des
décennies, le sentiment que rien n’y fait, le poids de la
fatalité géographique
sur le continent le plus pauvre du monde.
Pourtant, des actions sont
entreprises, avec des
résultats tangibles, dans des pays aussi divers que le Maroc,
l’Afrique du Sud
ou le Mali. Bien plus modestes que les grands programmes de la
« Décennie
mondiale de l’eau » ou des « Objectifs du
millénaire », elles y
contribuent cependant, et font apparaître des besoins qui peuvent
contredire
nos intuitions courantes.
La technique et l’argent ne
font pas tout. Une
irrigation excessive peut accroître la salinité des sols
et favoriser les
maladies de l’eau stagnante. Un pompage mal maîtrisé
épuise les ressources. Les
pays qui reçoivent le plus d’argent ne sont pas ceux qui
permettent à leurs
population le meilleur accès à l’eau.
L’Afrique, du fait
même de sa pauvreté, est
profondément inégalitaire. Ces inégalités,
de plus en plus graves, compliquent
l’accès à l’eau qui est un enjeu crucial pour les
populations les plus pauvres,
celles qui se massent dans les villes immenses, ou qui restent
dispersées dans
des villages d’accès difficile. Inégalité à
l’intérieur de l’inégalité, la
différence sociale entre hommes et femmes forme aussi un enjeu
de taille dans
le combat pour l’eau : la plupart des sociétés
africaines laissent aux
femmes la responsabilité concrète de l’eau de boisson, de
cuisine ou de
nettoyage, mais ce sont les hommes qui continuent à
décider. Donner aux
villages plus d’initiatives, ce n’est pas nécessairement
résoudre le problème
si les femmes continuent à s’y taire.
Ainsi,
l’accès à l’eau est avant tout un sujet de
réformes politiques et sociales, de meilleure démocratie
et de recul des
inégalités. C’est sur la base de changements structurels
que la technique et
les financements peuvent retrouver leur place : une technique
d’unités
plus petites et de contrôles décentralisés, des
financements plus efficaces car
adaptés aux besoins locaux.