Notice Historique de l'Ecole des Mines de Paris, Louis Aguillon

CHAPITRE PREMIER.

ADMINISTRATION DES MINES ET ENSEIGNEMENT DES MINES ET DE LA MÉTALLURGIE EN FRANCE AVANT LA FONDATION DE L'ÉCOLE DES MINES EN 1783.

A peu près complètement délaissée depuis l'époque romaine, l'exploitation des mines métalliques fut, on le sait, reprise sur quelques points de la France dans les XIVe et XVe siècles [ Suivant Garrault (1579) (in Gobet, Anciens minéralogistes, t. I, p. 38), la fortune du célèbre argentier Jacques Coeur serait provenue en partie des bénéfices réalisés dans l'exploitation de mines de plomb argentifère. D'après Gobet (loc. cit., t. II, p, vii), ce serait à la reprise de mines métalliques dans le Maçonnais et le Lyonnais que seraient dues les lettres patentes de Charles VI, du 30 mai 1413, le premier acte général sur les mines de notre droit français]; elle fut assez vite abandonnée [ On peut se faire une idée de l'état d'oubli de toutes les connaissances du mineur et de l'état d'abandon de toute exploitation au début du XVIIe siècle par les aventures survenues au baron et à la baronne de Beausoleil, que le gouvernement avait cru devoir appeler d'Allemagne pour chercher des mines et installer des exploitations en France. Gobet (loc. cit., t. I) nous a conservé le souvenir de ce roman terminé en drame] à la suite de la découverte de l'Amérique, et vers le milieu du XVIIIe siècle seulement on se préoccupa à nouveau un peu sérieusement de leur exploitation. Il est à peine besoin de mentionner les exploitations de minerais de fer, puisqu'en dehors des Pyrénées ces minerais étaient à peu près partout fournis par des fouilles superficielles qui ne peuvent pas être considérées comme ayant un réel intérêt pour l'art des mines. Quant aux gîtes de combustibles dont l'exploitation devait prendre pour notre pays une importance relative si considérable, on ne commença à s'en occuper que dans le milieu du XVIIe siècle, et les travaux n'y prirent un développement appréciable qu'au milieu du siècle suivant.

Aussi faut-il arriver à cette époque pour trouver quelque préoccupation, de la part de l'administration, de faciliter et de développer l'exploitation des mines en même temps que de la régulariser. A mesure, en effet, que les exploitations s'étendaient et s'approfondissaient sans aucune règle, les inconvénients s'accroissaient pour tous. De nombreuses réclamations avaient été adressées au roi pour lui signaler ces désordres.

L'administration des finances, à laquelle les mines se trouvaient naturellement rattachées à raison des droits perçus sur les exploitations ou leurs produits, ne put songer à porter utilement ses vues de ce côté que lorsque la charge de grand-maître des mines et minières de France put être abolie après remboursement de l'office, conformément à l'arrêt du conseil du 28 octobre 1740, à la maison de Condé, qui en était titulaire. A ce moment, du reste, les sciences avaient déjà fait d'assez notables progrès pour qu'on pût entrevoir que la recherche, l'exploitation et le traitement des minerais ne pouvaient prospérer si on n'avisait pas aux moyens de donner une instruction spéciale à ceux appelés à diriger ces entreprises. On sentait, au moins confusément, qu'il ne suffisait plus d'apprendre par la pratique les procédés d'un métier; on comprenait que le métier avait déjà fait place à l'art, sans qu'on pût encore être convaincu, ce qui ne devait arriver que plus tard, que l'art ne pouvait être fécond qu'éclairé par la science.

Trudaine père, comme intendant des finances chargé des recettes générales, avait dans son département, sous l'autorité du contrôleur général des finances de Seychelles, le détail des ponts et chaussées (ce service absolument nouveau lui avait été confié en 1743 par le contrôleur général Orry) et l'administration des mines (c'est à l'administration de Trudaine père que nous devons les actes, remarquables pour l'époque, rendus en matière de mines, et notamment l'arrêt du Conseil du 14 janvier 1744, qui reprit l'imprudente concession, faite, en 1698, par Louis XIV, aux propriétaires du sol, du droit d'exploiter les mines de houille dans leurs fonds; cet arrêt donna sur la conduite des travaux de ces mines les premières clauses générales de police minérale). Trudaine venait de fonder l'Ecole des ponts et chaussées, établie à Paris suivant arrêt du conseil du 14 février 1747, qui, sous l'habile direction de Perronet allait prendre si rapidement une considérable importance et un fructueux développement. On ne pouvait, à ce moment, songer à créer une école des mines sur un plan analogue ; en l'état de l'industrie minérale de la France, le nombre des élèves eût été insuffisant à raison surtout de l'imprévoyance des exploitants ; il eût été encore plus difficile de trouver des professeurs.

Trudaine père, conseillé par Hellot, essayeur en chef à la Monnaie, se borna à faire offrir aux directeurs et entrepreneurs des mines l'entrée de l'Ecole des ponts et chaussées pour les jeunes gens qu'ils croiraient devoir recommander (ces mesures furent rappelées, en 1781, par Chaumont de la Millière qui, à cette date, était exclusivement intendant des ponts et chaussées, par suite de la séparation de ce service de celui des intendants de finances supprimés par Necker). Trudaine père entendait compléter leur instruction professionnelle en leur faisant faire un cours spécial de chimie par Laplanche, apothicaire du roi renommé; puis il voulait leur apprendre le métier en les faisant voyager et séjourner sur les quelques établissements miniers et minéralurgiques de France, notamment sur ceux qui passaient pour être les mieux dirigés (parmi les établissements alors les plus réputés en France, se trouvaient les exploitations de Poullaouen, dirigées par Koenig; ce fut à Poullaouen que Jars fut envoyé comme élève pour y apprendre, de Koenig, la géométrie souterraine et l'exploitation) ; leur instruction professionnelle aurait été achevée par des voyages à l'étranger, surtout en Allemagne. En envoyant à l'étranger des jeunes gens ainsi préparés, Trudaine entendait, d'ailleurs, qu'ils en rapporteraient des connaissances nouvelles devant profiter immédiatement à tous les exploitants et métallurgistes français. On aurait ainsi formé un premier noyau de personnes susceptibles d'exercer utilement l'inspection des exploitations et surtout d'enseigner les saines notions de l'art des mines et de la métallurgie.

D'après ce plan furent formés Jars fils et Guillot-Duhamel père que l'on peut considérer comme les deux premiers inspecteurs des mines que nous ayons eus, encore qu'ils n'en aient pas porté le titre (Monnet fut le premier qui reçut par brevet du roi en 1776 le titre d'inspecteur général des mines) et qu'ils n'aient fait des tournées pour le service du roi qu'en qualité de commissaires du contrôleur général des finances ; ils ont été, en tout cas, les initiateurs, en France, de l'art des mines et de la métallurgie.

A Jars et Guillot-Duhamel père il faut joindre, parmi les premiers inspecteurs, ou mieux commissaires des mines employés par les Trudaine, Monnet, que Trudaine père avait également fait voyager en Allemagne, aux frais du roi, pour l'initier à la pratique des mines et de la métallurgie, et que Trudaine de Montigny, qui avait succédé à son père en 1769 comme intendant des finances, employa également comme commissaire du roi. Monnet n'avait pas, comme les deux autres, passé par l'École des ponts et chaussées ; il n'eut jamais ni leur valeur ni leur mérite.

Les Trudaine ne purent arriver à réaliser le plan qu'ils avaient conçu pour la rénovation de l'industrie minérale et métallurgique. Lorsque Jars et Duhamel revinrent de leur premier voyage d'Allemagne, la malheureuse guerre de Sept ans avait ruiné la France ; les tristes personnages qui se succédèrent au contrôle général des finances n'étaient pas gens à se soucier des vues des Trudaine à cet égard. D'ailleurs, l'institution des concessions et l'administration technique des mines avaient échappé au contrôle général des finances pour passer au département spécial créé, en 1764, pour Bertin.

Lorsque Bertin quitta, en 1763, le contrôle général des finances, on voulut, en effet, lui constituer un département ministériel qu'on composa par la réunion de divers services enlevés à d'autres départements ; l'agriculture et les mines furent ainsi retirées à l'intendant des finances chargé des recettes générales. Mais le département des finances conserva le service et l'inspection des forges et usines à raison des droits sur la marque des fers et autres, et par suite continua à exercer une inspection sur les mines, plus fiscale il est vrai que technique. Le département de Bertin avait, au contraire, à s'occuper de l'institution des concessions et de leur exploitation à un point de vue purement administratif et technique.

Jars était mort ; Guillot-Duhamel était passé au service du duc de Broglie pour le compte duquel il dirigeait des forges dans le Limousin. Sur la recommandation de Trudaine de Montigny, qui employait Monnet comme commissaire et continua à l'employer pour le service du commerce, Bertin attacha Monnet, sous son autorité, au service des mines, en juin 1772, mais tout d'abord par simple commission (Monnet nous mentionne un brecet du roi du 18 juillet 1772 à lui délivré pour visiter les provinces). Plus tard, par brevet du roi du 17 juin 1776, contresigné par Bertin, Monnet fut nommé inspecteur général des mines du royaume (reproduit dans l'Almanach royal de 1778), étant ainsi le premier dans notre histoire moderne auquel ce titre fut attribué, bien qu'avec des fonctions peu définies encore et assez différentes de celles qui devaient être données par la suite aux fonctionnaires de l'administration des mines.

Ultérieurement Bertin donna à Monnet un collègue en la personne d'un sieur Jourdan, de Lyon (désigné Jourdan de Montplaisir dans l'Almanach royal pour 1778) qui, s'il fallait en croire Monnet, aurait été le plus singulier choix qui se pût faire ( Suivant Monnet, Jourdan, qui n'était du reste attaché qu'au département de Bertin, aurait été un ancien capitaine de corsaires, dont toutes les connaissances en fait de mines auraient consisté à avoir vu les mines de cuivre de Chypre pendant une relâche. Monnet l'accuse aussi d'avoir présenté comme sa femme une jeune fille que, dans son précédent état de corsaire, il aurait enlevée en Sicile. Jourdan a été relevé de ses fonctions d'inspecteur général à la chute de Bertin, en 1781). Jourdan, qui résidait plus spécialement à Lyon, avait les provinces du Midi, et Monnet, en résidence à Paris, celles du Nord.

Peu après que Bertin eut pris la direction du service des mines, on lui présenta deux mémoires en vue de créer deux écoles des mines : l'une dans le Forez, pour les mines de houille, et l'autre à Sainte-Marie-aux-Mines pour les mines métalliques ; les élèves devaient y être logés et entretenus. Monnet, consulté par Bertin, émit un avis défavorable à toute idée de création d'une école spéciale. Suivant lui, la pratique des mines ne s'enseignait pas dans une école, mais devait s'apprendre sur place; il estimait qu'il suffirait d'établir à Paris, notamment au Jardin du roi, des cours publics de minéralogie et de métallurgie, que l'on ignorait particulièrement en France, faisait-il observer. On pourrait ensuite faire passer des examens tant sur ces matières que sur celles d'instruction générale, mathématiques et chimie. Les bons élèves, dont on devait avoir toujours six au moins, seraient ensuite logés et entretenus aux frais du roi, à raison de 1000 livres par élève et par an, sur les principales mines du pays, d'où on les prendrait suivant les besoins, de façon à avoir en permanence trois commissaires, brevetés par le roi, chargés d'instruire toutes les affaires de mines.

Un peu plus tard, Jourdan, poussé par Sage, suivant Monnet, revint à la charge auprès de Bertin et lui proposa la création d'une école des mines dont les frais auraient été payés par les taxes perçues à cet effet sur les exploitants ( C'est à cette idée que se rattachent les stipulations contenues à cet effet depuis 1769 dans les actes de concession de mines (V. Lamé Fleury, Législation minérale sous l'ancienne monarchie, p. 195, note 1), et plus tard l'arrêt du conseil du roi, du 13 janvier 1776, commettant le caissier de la petite poste de Paris pour recouvrer les contributions des exploitants à ce destinées (V. Lamé Fleury, loc. cit. p. 195).). Monnet se mit encore par le travers d'autant plus vivement qu'il n'aimait pas Sage.


Le buste de Balthazard Georges Sage à MINES ParisTech. Sage avait des tas de défauts, il était querelleur, il manquait totalement de probité scientifique, mais on ne peut pas nier que la création de l'Ecole des mines de Paris en 1783 ait été le fruit de son opiniâtreté !
Photo R. Mahl, 2011

Cependant celui-ci arriva, partiellement du moins, à ses fins ; et un peu suivant le plan indiqué par Monnet lui-même, des lettres patentes du 11 juin 1778 (V. Lamé Fleury, loc. cit.) établirent « dans une des grandes salles de l'hôtel des monnaies à Paris, une chaire de minéralogie et métallurgie docimastique, dans laquelle le professeur nommé par le roi donnera des leçons publiques et gratuites de cette science » (art. 1). Par l'art. 2 le roi nommait comme professeur de ladite chaire « le sieur Sage, de notre Académie royale des sciences, aux appointements de 2.000 livres qui lui seront payés annuellement, ainsi qu'à ses successeurs à ladite chaire, par le trésorier général des monnaies ». Sage se trouvait déjà attaché à la monnaie comme commissaire aux essais avec appointements de 6.000 livres. D'après l'art. 3, un règlement devait être fait « sur tout ce qui pourra être relatif à l'établissement ordonné par les présentes lettres ». Ce règlement ne paraît avoir été jamais rendu; il aura été considéré comme inutile par suite de la nature du cours et par suite surtout de l'école qui, quelques années après, allait être installée dans ce même local.

Monnet n'avait pas été le seul à faire opposition à la création de cette chaire à la Monnaie. Buffon, au dire de Sage (Sage: Mémoires historiques et physiques, br. in-8, 1817), l'aurait retardée d'un an, demandant qu'on l'établît au Jardin du roi, comme l'avait indiqué Monnet, et en faveur de Daubenton.

Les brochures de Sage, dans lesquelles il est directement ou indirectement traité de son École des mines, sont très nombreuses. Nous avons pu consulter les suivantes, et nous croyons que ce ne sont pas les seules qui existent:

Précis des mémoires de Sage, Paris, 1809, br. in-8°, où il n'est fait allusion qu'à ses relations avec Chaptal ;
Exposé des effets de la contagion nomenclative et réfutation des paradoxes qui dénaturent la physique, Paris, Didot, 1810, br. in-8 ; c'est la brochure où fâcheusement, pour sa mémoire, Sage attaque violemment la chimie de Lavoisier et la minéralogie de Haüy, en défendant énergiquement encore la théorie du phlogistique;
Origine de la création de l'École royale des mines, Paris, Didot, 1813, br. in-8°;
Probabilités physiques, Paris, Didot, 1816, br. in-8 dont les sept dernières pages sont consacrées aux réclamations habituelles de Sage sur l'École;
Fondation de l'École royale des mines à la Monnaie, Paris, Didot, broch. in-8, 1817.
Mémoires historiques et physiques, Paris, Didot l'aîné, 1817, br. in-8 ;
Notice biographique, Paris, Didot, 1818;
Notice biographique, jointe avec même pagination à: Analyse comparée de la marcassite et de la pyrite et origine du ver blanc, nommé asticot, dans une br. in-8, Paris, Didot l'aîné, 1822. Sage n'a d'ailleurs rien publié, depuis la Révolution, sans accoler à son nom le titre de : Fondateur et directeur de la première École des mines, et il s'est plaint amèrement que le Journal des mines, en publiant un mémoire de lui en 1809, ne lui ait pas donné ce titre.

C'est ce cours que Sage, dans ses nombreuses brochures, appelle sa première École des mines.

Sage, dans son cours, causait, en faisant les honneurs de son cabinet de minéralogie, s'il faut en croire Monnet, beaucoup plus qu'il n'y professait réellement. Sage nous apprend, en effet, qu'il avait installé, à la suite de l'arrêt du roi de 1778, sa collection de minéraux et son laboratoire dans le grand salon de la Monnaie. Parmi les personnages de marque ayant fréquenté sa première école, Sage indique Rome de l'Isle, Demestre et Chaptal, venus vraisemblablement en visiteurs, suivant la coutume de l'époque, beaucoup plus qu'en auditeurs assidus.
Sage (Précis des mémoires, p. 19), a cependant prétendu que Chaptal avait été son élève; qu'au sortir de son école il fit créer en sa faveur une chaire de chimie à Montpellier, avec 6.000 livres de traitement, et qu'il concourut à lui faire obtenir le cordon noir. Quant à Romé de l'Isle, Sage, dans une autre de ses brochures (Exposé des effets de la contagion nomenclative, p. 30), dit qu'il lui fut adressé à son retour de l'Inde et de la Chine, pour savoir l'état qu'il devait prendre; que lui ayant reconnu de l'esprit et du goût, il l'engagea à suivre ses cours dont il profita d'une manière si étonnante, qu'au bout de deux années il fut en état de faire la description du cabinet de Davila, en 3 vol. in-8.

En 1781, Bertin quittait le ministère et avec lui disparut le département spécial créé à son intention. Les mines retournèrent au département des finances, et comme Necker avait supprimé les intendants de finances, le service des mines fut remis, chacun pour son département, aux quatre intendants de commerce qui étaient à cette date : de Montaran, Tolozan, de Colonia et Blondel. Chacun de ces quatre départements d'intendant de commerce comprenait un certain nombre de provinces dont l'administration supérieure, en ce qui concernait les services ressortissant au commerce, était dévolue à l'intendant dudit département.

Chacun des quatre intendants de commerce voulut naturellement avoir son inspecteur général, et de là l'arrêt du 21 mars 1781 créant quatre « inspecteurs des mines et minières du royaume » (les Almanachs royaux de 1782 à 1792 les désignent sous le titre d'inspecteurs généraux; ils figurent, sous cette appellation, dans le rapport fait à l'Assemblée nationale par Lebrun, dans la séance du 29 janvier 1790 (V. Archives parlementaires, à cette date)) ; leurs attributions, au point de vue de la surveillance des exploitations minérales, étaient définies comme on ne l'avait encore fait dans aucun acte antérieur, en sorte qu'on a bien pu dire encore que cela ne soit pas absolument exact en fait au point de vue de l'histoire, comme on vient de le voir, que c'est à cet acte et à cette date qu'il faut faire remonter l'organisation de l'inspection technique des mines.

Chacun de ces inspecteurs recevait 3.000 livres d'appointements et 1.000 livres de gratification par an, plus 10 francs par jour de tournée.

Les quatre premiers inspecteurs nommés sous ce régime et qui restèrent en fonctions jusqu'à la fin du règne, fonctions qui devinrent plus nominales que réelles, il est vrai, à partir de 1790, furent: Monnet (attaché à l'intendant de commerce Blondel dont le département comprenait le nord-ouest de la France : généralité de Soissons ; Picardie et Artois; Flandre; Hainaut Champagne; les trois évêchés; la Lorraine et le Barrois; l'Alsace) et Guillot-Duhamel, qui nous sont déjà connus, G. Jars (indiqué comme résidant à Lyon, il devait être attaché à l'intendant de Colonia), frère de Gabriel Jars mort si tristement en 1769, et de Bellejean, qui est resté à peu près inconnu.

L'Almanach royal de 1792 les mentionne encore, en y ajoutant, en cinquième, Gillet de Laumont, qui figure à ce titre, pour la première fois, dans l'Almanach de 1789.

Quelque temps après, Joly de Fleury, qui avait pris les finances à la retraite de Necker, le 21 mai 1781, modifia cette organisation assez vicieuse, qui rompait l'unité de l'administration supérieure, et créa, pour le service exclusif des mines, un intendant spécial tout comme, quelque temps auparavant, on avait créé un intendant spécial pour le service des ponts et chaussées en la personne de Chaumont de la Millière qui, choisi en cette qualité en 1781, sut continuer jusqu'en 1792 les heureuses traditions des Trudaine.

L'intendance spéciale des mines fut confiée à Douet de La Boullaye, qui était antérieurement intendant à Auch, et venait d'acheter une charge de maître des requêtes au Conseil. Douet de La Boullaye resta en fonctions sous les deux successeurs aux finances de Joly de Fleury : d'Ormesson (mars à novembre 1783), et de Calonne (17 novembre 1883 au 20 avril 1787). Après de Calonne et avec Loménie de Brienne, le service des mines fut réuni à celui des ponts et chaussées dans la même intendance, et Chaumont de La Millière les conserva tous deux jusqu'au 10 août 1792.

Ce fut sous l'intendance de Douet de La Boullaye et quelques jours avant la démission de Joly de Fleury, que furent rendus simultanément, au rapport de ce dernier, à la date du 19 mars 1783, trois arrêts, l'un portant établissement d'une école des mines et les deux autres portant règlement, le premier pour l'exploitation des mines métalliques, et le second pour l'exploitation des mines de houille. Ces trois textes s'appuient respectivement l'un l'autre et sont bien les parties d'un même tout. L'exploitation des raines, tant de houille que de métaux, se trouvait, en effet, soumise désormais d'une façon plus précise et plus étroite que par le passé à la surveillance de police des inspecteurs et sous-inspecteurs du roi, lesquels, aux termes de l'article 11 de l'arrêt sur l'École des mines, ne pouvaient être pris que parmi ceux qui avaient conquis à l'École le brevet de sous-ingénieur (toutefois, en 1784, Gillet de Laumont était nommé directement inspecteur des mines).

Avons-nous besoin de rappeler que Monnet avait lutté auprès de Douet de La Boullaye, comme jadis auprès de Bertin, contre la création de l'école que soutenaient Sage et Guillot-Duhamel. Monnet préconisait toujours son plan : pas d'école spéciale ; des cours publics de minéralogie et de métallurgie ; puis envoi et maintien sur les mines de ceux admis comme élèves après examen.

En terminant ce préliminaire historique, il nous paraît intéressant de rappeler que Douet de La Boullaye, comme de tout temps l'ont fait généralement les chefs auxquels on a confié un service distinct, avait peu à peu augmenté le personnel attaché à l'administration des mines. Une cinquième place d'inspecteur général avait été créée et confiée à Gillet de Laumont, apparemment parce que Guillot-Duhamel, l'un des quatre inspecteurs généraux de 1781, était chargé des fonctions de professeur à l'École (Duhamel, outre ses 4.000 livres comme inspecteur général, touchait 2.400 livres comme professeur). En outre des inspecteurs généraux il y eut, en dehors des élèves de l'Ecole : deux sous-inspecteurs, Besson et Hassenfratz, à 1.500 livres chacun d'appointements, sans compter les frais de voyage (estimés à 4.000 francs, année courante, pour les deux, par Lebrun, dans son rapport à l'Assemblée nationale du 29 janvier 1790, auquel nous empruntons tous les renseignements sur le personnel), et six ingénieurs ; Guillot-Duhamel fils, Lelièvre, Lefebvre d'Hellancourt, Lenoir, Miché, Brigaudie l'aîné, à 600 livres d'appointements, sans compter les frais de voyage (2.400 livres pour les six). On créa également deux postes de commissaires du roi, plus spécialement préposés à la visite des usines et manufactures mettant en oeuvre des substances minérales et consommant des combustibles qui provenaient alors à-peu près exclusivement des forêts ; ces commissaires ne s'occupaient qu'indirectement des mines à raison de leurs relations avec les usines qu'elles alimentaient ; les mines ressortissaient plus spécialement aux inspecteurs. Ces fonctionnaires, officiellement désignés sous la qualification de commissaires du roi à la visite des usines, des bouches à feu et des forêts du royaume, paraissent avoir été créés en vue d'amener des améliorations dans le fonctionnement des usines à feu, notamment afin d'obtenir des économies de combustibles et le remplacement du bois par la houille et le coke ; on se préoccupait assez sérieusement alors de l'épuisement des forêts. Ces fonctions de commissaires spéciaux furent attribuées à de Dietrich et à Faujas de Saint-Fond.

Tout ce personnel, ainsi que celui de l'Ecole, était en fonction en 1790.

Lebrun, au nom du comité des finances, avait proposé à l'Assemblée nationale, dans sa séance du 5 juin 1790, la fusion du corps des mines avec celui des ponts et chaussées. Dans sa séance du 15 août 1790, l'Assemblée n'accepta pas la proposition au fond ; elle se borna à la suspension provisoire du service, en renvoyant l'affaire aux comités réunis d'agriculture, de commerce et d'industrie. L'affaire ne fut pas reprise et il ne fut rien statué par l'Assemblée constituante sur la réorganisation du département et de l'administration des mines. A la suite d'une pétition des officiers et élèves des mines, du 29 octobre 1791, une loi du 27 janvier 1792 prescrivit le paiement de leurs appointements pour 1791, et décida qu'ils continueraient à être soldés provisoirement jusqu'à l'époque où il serait prononcé définitivement sur l'organisation de ce corps, qui ne devait être réalisée qu'en 1794, par la Convention.