Michel-Eugène LEFÉBURE DE FOURCY (1812-1889)

Photo ENSMP

Ancien élève de l'Ecole polytechnique (promotion 1829 ; sorti classé major d'une promotion de 113 élèves) et de l'Ecole des Mines de Paris (sorti en 1834). Corps des mines.

Fils de Louis LEFEBURE de Fourcy (1787-1869 ; X 1803 ; professeur de calcul différentiel et intégral à la Faculté des sciences de Paris, répétiteur puis examinateur à Polytechnique) et de Victoire Marie Françoise PEYRON.
Frère de Charles LEFÉBURE DE FOURCY (1815-1904 ; X 1832 ; inspecteur général des ponts et chaussées, sorti 3eme de l'Ecole polytechnique il avait refusé le corps des mines, il participa au Canal de Suez).

Le grand-père, Etienne-Louis LEFEBVRE, avait changé son nom en LEFÉBURE DE FOURCY ; Louis (fils de Etienne-Louis et père de Michel-Eugène) a emprunté le nom d'origine de son père pendant la période révolutionnaire et est revenu au nom de Lefébure de Fourcy à partir de 1815 ; en témoignent notamment : l'acte de baptême et le registre matricule de Polytechnique (informations fournies par Roland Brasseur et Bruno Turquet).

Michel-Eugène épousa d'abord Anne de LASSAUX (1809-1844), dont il eut deux enfants : Emile (mort au berceau en 1842) et Georges (1843-1890 ; sous-préfet à Avallon puis journaliste) qui, de son mariage avec Jeanne Lawrence (1851-1938) eut une fille, Marthe (1868-1884).

En deuxièmes noces, il épouse Victoire-Anaïs MOUSSETTE (1824-1847) qui meurt en donnaissant naissance à Marguerite (morte en 1861).

Enfin, Michel-Eugène épouse en 3èmes noces Marie Stéphanie LAMÉ (1824-1909), fille de Gabriel LAMÉ. Celle-ci met au monde 3 enfants : Paul (mort au berceau en 1850), Claire (1851-1915) qui épousa l'ingénieur agronome Richard Charles WHETTNALL (1843-1883), et Gabrielle (1855-1926) qui épousa Pierre Emmanuel Raoul PÉLISSIER (1848-1924 ; X 1867), qui participa à la transformation de l'institution Saint-Victor devenue le lycée Chaptal.

Charles, frère de Michel-Eugène, eut de son mariage avec Nathalie HENNEQUIN (1822-1903) deux enfants :


Publié dans le LIVRE DU CENTENAIRE (Ecole Polytechnique), 1897, Gauthier-Villars et fils, TOME III, page 173

LEFÉBURE DE FOURCY (Michel-Eugène) (promotion de 1832 de Polytechnique), né le 29 novembre 1812, mort le 30 août 1889, Inspecteur général de deuxième classe en retraite. On lui doit, outre les Cartes géologiques départementales du Finistère (1844), des Côtes-du-Nord (1844), du Morbihan (1848), en collaboration avec Ch. Lorieux, et du Loiret (1859), toutes publiées avec texte explicatif, le premier Atlas souterrain des carrières de Paris (1841-1859).


LEFÉBURE DE FOURCY a passé l'essentiel de sa carrière à l'inspection général des carrières de Paris et de la Seine : de 1841 à 1859 comme collaborateur (il était notamment l'adjoint de JUNCKER de 1841 à 1851), puis comme patron de cette inspection générale de 1866 à 1870.

Voici le relevé chronologique des nominations administratives d'E. Lefébure de Fourcy dans le corps des mines :

l5 nov. 1831.  Élève ingénieur.

1er oct. 1834. Aspirant.
9 janv. 1837. Ingénieur ordinaire de 2e classe.
23 déc. 1845. id. 1re classe.
23 avril 1856. Ingénieur en chef de 2e classe.
11 avril 1864. id. lre classe.
15 déc. 1869. Inspecteur général de 2e classe.
2 mai 1849. Chevalier de la Légion d'honneur.
12 août 1868. Officier de la Légion d'honneur.


NOTICE NÉCROLOGIQUE sur
LEFÉBURE DE FOURCY (EUGÈNE)
INSPECTEUR GÉNÉRAL DES MINES
Par M. LAMÉ FLEURY, Inspecteur général des mines.

Publié dans Annales des Mines, 8e série vol 17, 1890.

M. Hermite, membre de l'Institut, dans le discours qu'il a prononce, le 5 août 1889, à l'inauguration de la nouvelle Sorbonne, sur les travaux des professeurs de l'enseignement mathématique à la Faculté des sciences, s'exprimait ainsi au sujet de deux savants dont le souvenir ne pourrait être omis dans une notice biographique consacrée à Eugène Lefébure de Fourcy :

« Le rare mérite des ouvrages de Lacroix n'a point été perdu avec lui : [Louis] Lefébure de Fourcy, son successeur à la chaire de calcul différentiel et de calcul intégral, a publié divers ouvrages, qui ont une réputation bien méritée par la clarté et la précision de la rédaction. Ses Leçons d'algèbre possèdent à cet égard une incontestable supériorité et sont encore un des meilleurs ouvrages élémentaires pour l'étude de cette science. »

« Lamé est un des plus beaux génies mathématiques de notre temps; des découvertes capitales, qui ont ouvert de nouvelles voies dans la théorie de la chaleur, la théorie de l'élasticité, l'analyse générale, le placent au nombre des grands géomètres dont la trace reste à jamais dans la science ...... »

Eug. L. de Fourcy était le fils aîné du premier de ces savants et devint, en 1849, le gendre du second, dont il épousa la fille unique. S'il se borna, - trouvant, dit-il, qu'il ne lui appartenait pas d'entreprendre un éloge qui paraîtrait intéressé, - à faire précéder d'une simple note biographique la reproduction, dans les Annales des mines (1872, 1, p. 271), des discours prononcés aux funérailles de son illustre beau-père, Eug. L. de Fourcy a consacré à son père, en 1881, une fort curieuse monographie sur laquelle il convient de s'arrêter ici.

En effet, cette brochure, distribuée seulement aux membres de sa famille et à ses amis, met en relief tout ce qui caractérisait l'auteur aux yeux de ceux qui l'ont connu dans l'intimité. A elle seule, la première page nous le montre tel que ces derniers l'ont toujours vu, profondément animé de l'esprit de famille, possédant à un singulier degré le goût de l'investigation intellectuelle, en même temps que l'amour de l'exactitude, travailleur opiniâtre et méthodique, ayant ce soin du détail sans lequel rien de bien ne saurait être achevé, instruit en toutes choses et enfin écrivain élégant :

« A la mort de mon père, je trouvai, dans un des cartons de sa bibliothèque, des feuillets de toute forme, de toute écriture et de toute orthographe. Ces pages, jaunies par le temps, étaient des extraits d'actes de baptême, de décès ou de mariage, mêlés à des partages de successions, qu'avaient minutés des notaires royaux du dernier ou même de l'avant-dernier siècle, et qui étaient accompagnés de grossiers essais de généalogie destinés à établir les droits des copartageants. Ayant eu la curiosité de rapprocher ces documents par ordre chronologique et de constituer la filiation, la parenté ou l'alliance des personnages qui y étaient mentionnés, je conçus bientôt l'espoir de grouper tous ceux-ci dans un seul et même tableau, par lignes directes et collatérales. De la pensée à l'exécution, le temps fut long, les tâtonnements furent nombreux. Mais mon labeur eut sa récompense et je parvins a remplir, sans lacunes, le vaste cadre que je m'étais tracé. Il contient plus de 300 cartouches de couleurs variées, où chaque personnage figure avec ses noms et prénoms, sa profession, le jour et le lieu de sa naissance, la date de son mariage, le jour et le lieu de sa mort.

« En ligne directe, notre famille remonte avec certitude à un sieur Le Febvre (Guillaume), marchand drapier à Evreux, qui, né sous Henri III, vers 1574, mourut le 16 avril 1634, et que j'appellerai Le Febvre Ier, n'en connaissant pas de plus ancien ».

Puis Eug. L. de Fourcy, - que le cadre étroit dans lequel je dois me maintenir m'empêche de suivre autrement qu'en lui faisant d'indispensables emprunts, - continue jusqu'à nos jours sa narration, qui à l'intérêt historique joint bien souvent l'attrait romanesque. En somme, nous nous trouvons en présence d'une sorte de « livre de raison », pour employer une expression remise à la mode par l'école sociale de Le Play, de qui, soit dit en passant, Eug. L. de Fourcy fut l'ami, parfois le collaborateur et, ici même (Annales des mines, 1882, 2, p. 5), le biographe, dans une magistrale notice. Toutefois les éléments du « livre de raison » seuls existaient et ils ont été remarquablement mis en oeuvre, de telle sorte qu'ils résument les phases mouvementées d'une famille de cette vieille, vigoureuse et saine bourgeoisie parisienne, où les fortunes, avec le temps se font, se défont, mais heureusement se refont aussi.

C'est le grand-père de nos deux camarades, Etienne-Louis (dont l'odyssée est vraiment des plus singulières), qui a créé le nom de cette branche de la dynastie. « Le surnom de Du Coudray, qui le distinguait de ses trois frères, lui semble trop commun. Il en prend un mieux sonnant..... D'où venait ce nouveau nom? Les archives de la famille sont à ce sujet complètement muettes ». Le fils et les deux petits-fils devaient immédiatement tirer « ce nouveau nom » de l'obscurité.

Michel-Eugène Lefébure de Fourcy était né, le 29 novembre 1812, à Paris, au n° 21 de la rue Lévêque, « une de ces voies étroites et sombres, aujourd'hui disparues, qui menaient au sommet de la butte des Moulins. Mon père m'y a souvent montré, dit-il, les trois fenêtres de l'étroit logement situé au premier étage de la laide maison qui abrita les plus difficiles, mais non les moins heureuses, années de son mariage ». Je devais un peu insister sur cette origine parisienne, parce que, jointe notamment à un mariage contracté à Paris, elle allait entraver et même finalement interrompre le développement normal de sa carrière administrative. Dans son affection excessive pour sa ville natale et avec son humeur voyageuse, il eût dit volontiers ce qu'en a dit Montaigne : « Elle a mon coeur dez mon enfance et m'en est advenu comme des choses excellentes ; plus i 'ay veu depuis d'aultres villes belles, plus la beauté de cette cy peult et gaigne sur mon affection. »

Ici je crois devoir laisser Eug. L. de Fourcy dire quelques mots de la vraiment rude éducation de l'enfant : En 1820, « le jour même où mon père montait dans sa chaire de mathématiques spéciales au collège Saint-Louis, j'y entrais dans la classe de septième... Voici quel fut, pendant près de dix ans, l'emploi d'une journée de notre famille : à huit heures du matin, mon père, mon frère et moi partions tous trois pour le collège, où chacun avait sa classe; à dix heures, rentrée au logis et déjeuner frugal pour tous, une tasse de café au lait et un petit pain d'un sou; à deux heures et demie, classe du soir; rentrée à quatre heures et demie, dîner et récréation; étude de six heures et demie à dix heures.

« La surveillance paternelle était sévère, parfois injuste, me semblait-il... Jugeant à distance ces temps lointains, j'estime aujourd'hui que la sévérité était chez mon père un invariable principe d'éducation et qu'elle dut être souvent plus systématique que réelle.

« Mon père avait décidé que ses deux fils entreraient à l'école polytechnique » (dont il était lui-même ancien élève, comme on sait). « Les années 1828 et 1829 s'écoulèrent sans incidents. Je les passai, la première en philosophie et en mathématiques élémentaires, la seconde en mathématiques spéciales et en physique... Deux fois par semaine, mon père nous réunissait, un de mes amis et moi, devant son vieux tableau noir. Je redoutais comme le feu ces séances, parfois orageuses pour moi jusqu'aux larmes. Si la crainte est le commencement de la sagesse, c'est peut-être à elle que je dus mon entrée a l'Ecole polytechnique dès le premier examen ».

Ce qu'il y a de sûr, c'est que Eug. L. de Fourcy n'avait point encore dix-sept ans quand il était reçu, après deux années seulement d'études mathématiques, et qu'entré avec le numéro 60, il se plaçait bientôt au premier rang, pour ne le perdre ni à la sortie de l'École polytechnique, ni pendant son séjour à l'École des mines. J'ajouterai qu'il était licencié es sciences mathématiques (2 janvier 1832), licencié es sciences physiques (2 août 1832) et même licencié en droit (15 juin 1838} ; j'ai sous les yeux la thèse juridique qu'il a soutenue : De l'extinction des obligations par le paiement, la confusion et la perte de la chose due. - De solutionibus et libérationibus.

Le 10 février 1835, Eug. L. de Fourcy était attaché temporairement à la Commission de statistique de l'industrie minérale, dont Le Play était le secrétaire et, comme cela est rappelé dans la notice biographique ci-dessus mentionnée, la cheville ouvrière : « adjoint à Le Play comme collaborateur, - dit Eug. L. de Fourcy à propos de la publication du Compte rendu des travaux métallurgiques, minéralogiques et géologiques, exécutés, diriges ou surveillés par les ingénieurs au corps des mines, - j'ai vu, chaque année, grandir, sous sa féconde impulsion, la publication destinée à tenir le pays au courant des progrès de notre industrie minérale ». Il est permis de supposer que, dans cette circonstance, si les qualités natives d'Eug. L. de Fourcy purent être amplement utilisées par son maître et ami, elles durent aussi se développer au contact de celles de l'éminent statisticien. L'administration montra, à deux reprises et à quarante ans d'intervalle, qu'elle en jugeait ainsi : le 20 décembre 1838, elle le désignait pour seconder le secrétaire du Conseil général des mines, auquel était alors attribuée la confection du Compte rendu; le 23 mai 1877, elle le nommait membre d'une commission spéciale chargée d'étudier la question des modifications que peut réclamer la statistique.

En cette même année 1835, l'administration des mines proposait aux Conseils généraux de mettre à leur disposition les ingénieurs pour dresser des cartes géologiques départementales, qui devaient constituer l'utile complément de la carte de France exécutée par Dufrénoy et Elie de Beaumont. Les Conseils généraux de la presqu'île de Bretagne répondirent des premiers à l'appel, et Eug. L. de Fourcy reçut aussitôt une mission géologique dans le Morbihan, le Finistère et les Côtes-du-Nord, sur laquelle je reviendrai tout à l'heure, à cause des résultats qu'elle ne manqua pas de produire à bref délai.

C'est au cours de cette mission que lui fut confié le service ordinaire des départements de Seine-et-Oise et du Loiret, avec résidence à Paris (28 août 1839).

Moins de deux ans après (10 mai 1841), Eug. L. de Fourcy était chargé de cette portion du service du département de la Seine qui comprend le service municipal des travaux de consolidation des anciennes carrières souterraines situées dans les propriétés de la ville de Paris. Il allait occuper ce poste durant dix-sept ans, - durant vingt ans même, si l'on tient compte de son retour, en 1866, à la direction du service ordinaire pour l'arrondissement minéralogique de Paris, - et y rencontrer l'occasion de donner toute sa mesure. Se trouvant en présence de précieuses archives sur les vides produits dans le département de la Seine par l'exploitation des carrières souterraines de pierre à bâtir, il conçut immédiatement le projet utile de coordonner, au moins pour la ville de Paris (telle qu'elle se comportait avant l'annexion de 1860), tous les plans existants, puis de les relier par une triangulation de la superficie, pour aboutir à un atlas dont l'exécution ne lui fait pas moins d'honneur que la conception. Je n'ai point à parler de ce remarquable travail, qui a notamment cette conséquence pratique de permettre, en un point quelconque du périmètre auquel il se rapporte, la reconnaissance de la nature du sous-sol au point de vue des constructions superficiaires. En effet, à l'occasion de l'Exposition universelle de 1855, l'auteur avait rédigé une courte notice, qu'il a développée pour les Annales des Mines (1855, 1, p. 69), de manière à y résumer tous les détails historiques, géologiques, techniques et réglementaires, propres à faire apprécier le caractère tout spécial et l'importance d'un service dont treize années d'expérience lui avaient rendu les traditions familières. Cet atlas, tout à la fois témoignage d'une aptitude particulière pour les travaux topographiques et d'un immense labeur, a péri, pour les deux tiers au moins des exemplaires, dans l'incendie de l'Hôtel de ville; il y avait été transporté, durant la période insurrectionnelle de 1871, avec les archives de l'inspection des carrières de la Seine, devenu immédiatement service municipal de la commune de Paris. Le troisième tiers, c'est-à-dire une centaine d'atlas, est disséminé entre les possesseurs de cette publication officielle, qui ne se trouvait pas dans le commerce et qui, distribuée seulement à quelques bibliothèques publiques et à des fonctionnaires spéciaux, ne peut plus se rencontrer que dans des ventes après décès. Il est à désirer que ce beau travail soit repris et complété jusqu'aux fortifications, de façon à servir pour le Paris actuel.

En novembre 1858, Eug. L. de Fourcy quittait temporairement le service qui, pour moi, caractérise sa vie administrative et doit légitimement perpétuer son souvenir. Il était chargé de la direction du contrôle du réseau des chemins de fer du Nord, c'est-à-dire changeait absolument la nature de ses occupations officielles, à un âge où une évolution aussi délicate constitue tout au moins une complication. Mais sa précieuse faculté d'assimilation, son expérience des affaires administratives, son tempérament essentiellement laborieux et consciencieux, le rendaient apte à toutes les fonctions, et les détails multiples d'une exploitation de chemin de fer n'étaient pas pour l'effrayer. On le voit successivement prendre une part active aux travaux de commissions spéciales chargées d'examiner les inventions ayant pour but de prévenir les accidents (1864), de vérifier les comptes de premier établissement des réseaux d'Orléans, de Paris à Lyon et à la Méditerranée, du Midi, de la ligne du Victor-Emmanuel (1871), d'étudier les questions concernant les relations des compagnies de chemins de fer aux points de jonction de leurs réseaux (1875). Nommé, en 1872, membre d'une commission permanente chargée de l'examen des inventions et règlements concernant les chemins de fer, il en devenait le président en 1875; et, détail à noter, lorsqu'à la fin de 1877, il était admis à faire valoir ses droits à la retraite, - par application d'une loi aveugle et inflexible (c'est là sa double raison d'être), et suivant un euphémisme qui est rarement de circonstance, - cette commission décidait que l'expression des regrets que causait son départ serait consignée au procès-verbal, dont extrait lui était transmis en termes flatteurs par l'administration. En qualité de Président de ladite commission permanente, Eug. L. de Fourcy faisait partie, comme membre de droit, de la commission centrale des chemins de fer; l'arrêté ministériel d'organisation permettant alors d'y appeler des inspecteurs généraux en retraite, l'administration s'empressa de l'y maintenir et de le nommer, en 1878, membre du comité consultatif des chemins de fer, qu'il quitta volontairement à la fin du premier trimestre de 1880.

J'avais l'honneur d'être secrétaire du Conseil général des mines, lorsque Eug. L. de Fourcy y entra comme inspecteur général. Jusqu'alors je n'avais connu et goûté que l'homme privé; il me fut permis de voir de près le fonctionnaire instruit, expérimenté, assidu et infatigable, le rapporteur disert et lucide, au jugement sûr et droit, le critique sagace et honnête par intuition, dégageant nettement une difficulté des faits de l'instruction de l'affaire en délibération, excellant à dire le mot décisif et même incisif, car il était de ceux qui, en opinant, ne dédaignent pas d'appeler un chat un chat. Peut-être pouvait-on reprocher à sa tournure d'esprit d'être trop autoritaire, de trop croire à la vertu du règlement en matière industrielle, d'avoir, après un exposé (persuasif sans doute par la précision des termes), quelque tendance à une concision excessive dans l'argumentation qui lui dictait son avis ; par suite peut-être d'une crainte exagérée de verser dans la prolixité, il opinait plutôt en juré que comme un juge, lequel est tenu de motiver sa décision, et oubliait qu'une affirmation ou une négation, même bien fondées, ne constituent point une démonstration.

A toute époque, l'administration, rendant hommage à la variété des aptitudes d'un ingénieur aussi instruit que zélé, réclamait son concours pour les taches les plus diverses. Ainsi, en 1856, elle en faisait le délégué de notre corps aux examens d'analyse subis à l'Ecole polytechnique; elle le nommait membre d'une commission générale instituée pour la réglementation du dessin dans les services publics. En 1872, elle l'appelait au conseil de l'École des mines, ainsi qu'au conseil de perfectionnement. En 1875, il faisait partie de la commission spéciale de révision de la loi du 21 avril 1810, sur les mines. En 1877, il présidait une commission chargée de donner son avis sur le procédé, alors en cours d'exécution à Reims, pour l'épuration des eaux d'égout.

Parallèlement à la partie purement administrative de la carrière, si bien remplie, dont je m'efforce de retracer scrupuleusement les principaux traits, Eug. L. de Fourcy avait poursuivi, autant que ses loisirs professionnels le lui permettaient, une voie scientifique, à laquelle pourrait bien d'ailleurs être rattaché son atlas souterrain de Paris. Il eut toujours beaucoup de goût pour la géologie et la minéralogie. Ainsi je remarque qu'en 1853, suppléant Le Play, durant un voyage de celui-ci, comme inspecteur des études à l'Ecole des mines, il profite de son intérim pour coopérer au classement de la collection statistique des départements ; que cette collection, qui ne comprenait que 8 départements quand il commença à s'en occuper, en embrassait 25 lorsqu'il se retira au bout d'une couple de mois. « Dans la classification adoptée, écrivait Dufrénoy, les minéraux métalliques, ceux qui fournissent des produits à l'industrie (alun, couperose, etc.), les matériaux de construction, ceux propres à l'entretien des routes, sont rapprochés les uns des autres. Par cette disposition, on se rend facilement compte des matières premières que la nature minérale fournit à l'industrie de chaque département et de celles qu'il doit emprunter aux départements limitrophes. Une telle classification favorise beaucoup ce genre d'étude et le public étudie avec assiduité la partie de la collection statistique qui est déjà rangée ». A l'occasion de ce travail utile, le directeur de l'École insistait sur l'aptitude particulière dont témoignaient à cet égard les différentes cartes géologiques exécutées par Eug. L. de fourcy. En effet, il est l'auteur de quatre cartes départementales, publiées successivement, avec texte explicatif de 160 à 200 pages : en 1844 (Finistère et Côtes-du Nord); en 1848 (Morbihan, en collaboration avec Th. Lorieux, alors ingénieur en chef); en 1859 (Loiret).

Pour la Bretagne, j'ai la bonne fortune d'avoir sous les yeux une lettre écrite par Dufrénoy à Juncker, sous les ordres duquel se trouvait alors Eug. L. de Fourcy (24 décembre 1848), où je lis : « Chargé, avec Élie de Beaumont, d'examiner les travaux des ingénieurs des mines relatifs à l'exécution des cartes géologiques départementales, j'ai eu l'occasion d'étudier spécialement des cartes du Finistère et du Morbihan qui ont été exécutées par M. de Fourcy. Les contrées qu'il a eues à explorer sont d'une étude très difficile, et par les modifications que les terrains de transition ont éprouvées depuis leur dépôt, et par leur enchevêtrement avec les granits de différents âges. M. de Fourcy a donc dû consacrer beaucoup de temps à l'exécution de ce travail, et il l'a fait avec une grande sagacité. Les divisions qu'il a admises dans les terrains de cette partie de la France sont maintenant adoptées par tous les géologues, en sorte que les cartes du Finistère et du Morbihan doivent être considérées comme donnant à la fois des titres administratifs et des titres scientifiques à cet ingénieur. » Si Dufrénoy appréciait aussi favorablement deux des cartes géologiques d'Eug. L. de Fourcy, je ne crois pas m'avancer beaucoup en supposant que les deux autres doivent être traitées de même, à raison d'une particularité tout à fait propre à faire ressortir la manière de l'auteur. Les quatre textes explicatifs sont coulés dans un même moule, rationnellement arrêté et scrupuleusement respecté, mutatis mutandis :

Introduction (parallélisme des chaînes de montagnes simultanément soulevées. Division de la croûte terrestre en formations. Détermination de l'âge des chaînes de montagnes. Tableau synoptique des formations et des systèmes de soulèvement. Quelques définitions). - Je remarque que le préambule des textes de 1844 est ainsi conçu : « Une goutte de matière fondue se trouva un jour lancée dans l'espace. Cette goutte avait près de 1.600 lieues de rayon et pesait 6.000.000.000.000.000 millions de tonnes. Ce fut la Terre ». Dans les textes de 1818 et 1859, ce préambule est ainsi libellé : « Les astronomes, les mathématiciens, les géologues, s'accordent tous aujourd'hui pour admettre que la Terre fut, dans le principe, un globe fluide et qu'elle doit sa forme sphéroïdale au mouvement de rotation dont elle a été originairement animée ». Je me figure que le premier préambule aura été, par quelque esprit positif, critiqué comme trop littéraire pour une étude géologique, d'où la substitution du second préambule au premier. Eh bien! cet accès d'imagination n'était point à supprimer, l'imagination s'alliant même à la science : G. Lamé était aussi un homme d'imagination, ce qui ne l'a point empêché d'être un homme de génie, dont, comme le rappelait M. Hermite, « les découvertes ont rendu le nom impérissable ».

1re partie (Description physique). - 2e partie (Description géologique). - 3e partie (Statistique physique, minérale et minéralurgique). Table alphabétique des noms de localités citées dans l'ouvrage, - pour la Bretagne ; Nomenclature, par ordre alphabétique, des 348 communes du département, contenant indication de leurs carrières, marnières, sablières, glaisières, tuileries, poteries, fours à chaux, fours à plâtre, - pour le Loiret. C'est évidemment parce qu'il était chargé du service ordinaire de ce département qu'Eug. L. de Fourcy en avait entrepris la description géologique, de même qu'il eut certainement entrepris celle de l'autre département de son sous-arrondissement minéralogique, s'il n'avait point été devancé (Seine-et-Oise, de Sénarmont).

Dans les Avant-propos, partiellement identiques aussi - notamment en ce qui concerne les trois départements bretons, où se trouvaient à mentionner les travaux de mêmes prédécesseurs, - Eug. L. de Fourcy trahit, par un détail final et uniforme, l'influence du minutieux et exact Le Play : « Il résulte d'un relevé fait jour par jour, sur mes notes de voyages, que j'ai parcouru dans ce département, à pied, le marteau à la main, .... kilomètres. J'ai donc le droit de penser que, dans les limites de temps et de dépenses (ici en note le prix de revient de l'exemplaire, indemnité de tournée et frais de publication distingués) assignées à l'exécution des cartes géologiques départementales, nul département n'aura été plus consciencieusement exploré. » Un petit accès de légitime orgueil, quand il est de nature à inspirer confiance en l'auteur, est bien permis pour un travail de ce genre : les peines et fatigues que coûtent les excursions géologiques sont une garantie d'exactitude, qui marche de pair avec les soins qu'exigent le dessin de la carte et la rédaction du texte !

Dans ce même ordre d'idées, je ne dois point omettre de rappeler la mission, certainement délicate et qui, je le sais, n'a pas laissé de demander beaucoup de travail à Eug. L. de Fourcy, que lui confia l'administration au sujet d'une publication, en 1873, de la partie dévolue à Dufrénoy dans le tome III de l'Explication de la carte géologique de la France. Ce tome est malheureusement resté inachevé, on le sait, Élie de Beaumont étant mort avant d'avoir formulé son dernier mot sur la partie de la tâche qui lui incombait dans l'association. L'éditeur indique délicatement, dans un avertissement, les motifs qui ont fait avorter partiellement cette longue entreprise, trop lentement menée.

« A l'époque où M. Dufrénoy rédigeait son travail, la paléontologie était loin du degré de perfection qu'elle a depuis atteint. On ne voyait pas ces lignes de fer qui sillonnent aujourd'hui, si heureusement pour la science, l'écorce terrestre. Les monographies dues à d'habiles explorations locales n'avaient point, en abordant les détails des formations modernes, mis en lumière des faits qui avaient pu échapper dans des études embrassant la moitié du territoire français... - Le lecteur qui parcourra le présent volume devra donc se reporter, par la pensée, à vingt-cinq ans en arrière, et, s'il veut être juste, il éprouvera, en lisant ces descriptions d'une vérité toujours si frappante, le respect qu'inspirent encore les pages immortelles des Saussure et des Hamond... - Désigné par Mme Dufrénoy pour la révision et l'impression de l'oeuvre de son mari, j'ai été heureux de rendre ce dernier hommage de reconnaissance et d'affection à l'éminent géologue qui, après m'avoir eu pour disciple, avait bien voulu m'avoir pour ami. »

On a vu l'éducation excellente, mais sévère, que le père de nos deux camarades avait donnée à ses fils : de courtes récréations, presque jamais de parties de plaisir , de longues courses à pied comme unique récompense. Plus d'un aurait succombé à ce régime ; Eug. L. de Fourcy devint extrêmement robuste et particulièrement bon marcheur, ce qui ne devait pas nuire à sa carrière de géologue et lui donna, en outre, un goût très vif pour la botanique. Dès 1846, il avait pris l'habitude d'herboriser, dans ses promenades et ses voyages, notamment avec Le Play et Robin, du corps des ponts et chaussées, qui avaient ce même goût au même degré. Puis il affectionnait la campagne et y séjournait annuellement durant l'été, d'abord à Saint-Germain, que ses parents habitèrent en 1837, ensuite à Sèvres, où il avait acheté, en 1865, une jolie propriété. On s'explique bien comment il conçut l'idée de ce qu'il appelait familièrement sa rule :

« Nous ne regretterons pas les heures que nous a coûtées ce petit volume, - lit-on dans la préface, - s'il devient le fidèle compagnon des amis d'une science aussi salutaire au corps que douce à l'esprit, science charmante qui nous procure sans cesse d'agréables délassements et dont nous souhaitons faire partager à d'autres les pures et faciles jouissances. » Naturellement, ce travailleur infatigable avait apporté à l'étude de la botanique ses qualités habituelles de méthode, de sagacité et de finesse d'observation, et le succès vint couronner son excursion hors du domaine direct de l'ingénieur des mines. Son guide de l'herborisateur parisien, publié en 1859, conquit bientôt une réelle popularité et il dut faire cinq éditions successives de cette oeuvre de patience, qu'il ne cessait d'améliorer avec sa probité native. En voici, du reste, le plan, tel qu'il l'a exposé lui-même :

« Les difficultés que rencontrèrent nos premières études, les mécomptes dont les commençants nous rendirent si souvent témoin, nous ont engagé à faire un petit volume de poche offrant les avantages de ceux qui l'ont précédé, sans en avoir les inconvénients. Une série de doubles questions (méthode dichotomique) y conduit progressivement aux noms d'ordre, de genre, d'espèce, et, si le lecteur s'est égaré dans sa marche, la description de la plante qu'il croit avoir trouvée l'avertit de sa méprise. Les caractères adoptés dans nos clés dichotomiques ont toujours été choisis parmi ceux qui frappent les yeux les moins exercés. La loupe et le scapel sont des instruments de cabinet, qu'il faut à peu près exclure d'une promenade botanique. Aussi ne considérons-nous qu'à la dernière extrémité le fruit, organe d'un développement tardif et d'une observation minutieuse. La forme des feuilles, la taille de la plante, la couleur de la fleur, le nombre des étamines ou des styles sont, au contraire, des caractères très faciles à saisir; c'est à ceux-là que nous nous sommes attaché de préférence. - Par un simple artifice de numérotage, nos clés laissent successivement apparaître les ordres, les genres et les espèces à leur rang naturel, ce qui n'avait point encore été fait jusqu'ici... - Elles s'appliquent exclusivement aux plantes comprises dans les limites de la flore parisienne , c'est-à-dire dans un rayon de vingt-cinq lieues. Employées hors de ces limites, elles pourraient induire en des erreurs dont il serait injuste de les rendre responsables. »

Comment se fait-il que cet ingénieur à tous égards excellent, entré si jeune et si brillamment à l'École polytechnique et aussi dans le corps des mines, ne soit point arrivé au grade le plus élevé de ce corps? C'est qu'il n'a point été servi par les circonstances, qu'il s'est heurté à deux applications du principe fondamental, pour toute administration, de la subordination nécessaire et inévitable des questions de personnes à la question du personnel. Ainsi, en prenant le service municipal des anciennes carrières-sous-Paris, Eug. L. de Fourcy était en droit d'espérer qu'il pourrait y obtenir, à l'instar de ses prédécesseurs, un avancement régulier, c'est-à-dire conserver son service et, par suite, la résidence de Paris à laquelle il tenait peut-être outre mesure, en même temps que son élévation de grade. En effet, Trémery, Migneron, Allou, Poirier Saint-Brice, qui l'avaient précédé comme ingénieurs ordinaires dans ce service, y étaient restés ingénieurs en chef à leur rang d'ancienneté, alors qu'il n'était cependant point encore question du travail si important de l'atlas municipal souterrain. Sans doute et à raison de ce travail, Eug. L. de Fourcy fut finalement l'objet d'une mesure semblable, mais il le fut tardivement à son point de vue personnel. Tandis qu'il aurait pu, en 1848, être nommé ingénieur en chef en province, il ne le fut à Paris qu'en 1856, et ce retard était trop considérable pour ne pas lui faire perdre tout l'avantage de la précocité de ses débuts. Quand arriva l'inexorable limite d'âge de la seconde classe de l'inspection générale, aucune des trois seules places de la première classe réservées pour le service administratif n'était vacante au conseil général des mines.

Quoi qu'il en soit, si l'on met à part la considération d'amour-propre, légitime d'ailleurs chez un ingénieur qui avait mérité toutes les dignités de notre corps et qui ne les obtenait point, il est permis de dire qu'Eug. L. de Fourcy ne souffrit réellement pas de ce que le couronnement de sa carrière administrative lui manquait. Sa fortune patrimoniale, soigneusement administrée, était devenue fort belle. Il avait toujours vécu loin des vaines agitations de la vie publique, qui, dès lors, ne fit pas défaut à cet homme d'intérieur. De plus, - s'il était enlevé en pleine vitalité à des fonctions dont l'accomplissement lui était cher sans doute, mais était loin, comme on l'a vu, d'absorber toute son ardeur, - il avait des habitudes de travail et un amour de l'étude qui ne pouvaient donner aucune inquiétude sur les conséquences du passage de l'activité officielle à l'activité privée; celle-ci en devint seulement plus grande et plus libre en ses allures. La nature ne lui avait réellement refusé aucun de ses dons intellectuels et il les avait fécondés par des études solides, tant littéraires que scientifiques; de telle sorte qu'il avait particulièrement en honneur les choses l'esprit. Il était sans cesse en train de cultiver quelque branche des connaissances humaines, étudiant, recherchant, collectionnant, tenant au courant les éditions successives des ouvrages mathématiques de son père, résolvant des problèmes, composant (même en vers et dans le genre léger), traduisant (il parlait l'allemand, lisait l'anglais et l'italien), bref s'occupant toujours fructueusement, s'intéressant couramment à la littérature , au théâtre et aux beaux-arts, notamment à la musique. A l'école élémentaire où ses parents l'envoyèrent, avant même qu'il eût l'âge de six ans, « Wilhem, raconte-t-il dans son autobiographie , inaugurait cet enseignement du chant dont est sorti le premier orphéon. C'est ce maître habile qui fit mon éducation musicale et, peu après, celle de mon frère. Plus tard, mes parents m'envoyaient me mêler, à titre d'ancien élève, aux grandes masses chorales dont on admirait l'ensemble dans des séances annuelles , à la Sorbonne ou au cirque des Champs-Elysées. »

Depuis ses voyages d'élève ingénieur en France (1833), en Allemagne (le Hartz) et en Belgique (1834, avec Regnault), ses tournées géologiques de Bretagne (1836 à 1339), jusqu'à ses nombreuses et belles excursions à l'étranger (Hollande, 1861 ; Bavière et Autriche, 1865; Angleterre et Ecosse, 1868; Suisse, 1872; Italie, 1877, 1878, 1879, 1883, 1887, 1888; Espagne, 1880), chaque journée était régulièrement résumée chaque soir par Eug. L. de Fourcy, quelle que fût sa fatigue. Si je puis etre aussi précis, tout en étant d'ailleurs volontairement incomplet, c'est qu'il a laissé ainsi une vingtaine de volumes manuscrits de récits de voyages, illustrés par une riche collection de gravures et de photographies qui explique ces récits, ornés parfois même de dessins très joliment faits. Quand il voulait être particulièrement aimable avec quelque visiteur privilégié, il avait recours à ces pages de souvenirs pour retrouver la fraîcheur de ses impressions sur les beautés de l'art ou de la nature; sa conversation, toujours intéressante, devenait alors extrêmement attachante.

La vigoureuse constitution et le tempérament intellectuel d'Eug. L. de Fourcy, qui résistaient victorieusement au poids de la vieillesse, lui promettaient encore de longs jours. Mais ses forces s'usèrent brusquement, durant ces derniers temps, et il s'éteignit dans la soirée du 30 août 1889, après plusieurs semaines de cruelles souffrances, qu'il supporta avec la résignation d'un sage et même d'un chrétien.



 
Louis LEFÉBURE DE FOURCY (1787-1869),
le père de Michel-Eugène, avait appartenu à la promotion 1803 de Polytechnique. On consultera sa biographie par Roland Brasseur sur ce site (publiée dans le bulletin de l'UPS, janvier 2010). Jean-Pierre CALLOT, Histoire de l'Ecole polytechnique, ed. STOCK, 1975 mentionne Louis Lefébure de Fourcy qu'il nomme Etienne-Louis Lefebvre :

Nommé répetiteur d'analyse à l'Ecole le 9 mai 1807 ; son premier fils (promotion 1829) devait sortir de l'Ecole major, et le second (1832) troisième. C'est à propos de ce répétiteur que l'on rapporte l'anecdote suivante : interrogeant un élève dont les réponses étaient peu satisfaisantes, il sonna le garçon de salle et lui dit :
- Apportez-moi une botte de foin pour Monsieur !
- Garçon, intervint l'élève, apportez-en deux, Monsieur l'examinateur déjeune avec moi !

Etienne-Louis Lefebvre [le nom que Louis Lefébure de Fourcy avait emprunté jusqu'à 1815] était à cette époque assez impopulaire. A vrai dire, sa défaveur auprès des élèves avait pour origine un motif assez puéril. Lefebvre avait, à la Restauration, transformé son nom en Lefébure de Fourcy. L'apparition de cette particule, [...] et le changement de manières de son titulaire, avaient vivement irrité les jeunes polytechniciens.

Les élèves de 2ème division (1ère année) de l'Ecole polytechnique refusèrent d'être interrogés par Lefébure en 1816, ce qui aboutit à l'une des crises les plus graves que l'Ecole ait connu : l'ordonnance du 14 avril 1816 du roi Louis XVIII, portant licenciement collectif de l'ensemble des élèves, réduction provisoire de moitié des traitements des personnels enseignants, et création d'une commission de 5 personnes, composée du comte Laplace (président), du baron Decaux, du vicomte de Caraman, du chevalier de Fontenelle et du [secrétaire personnel du roi et futur baron] Héron de Villefosse, dont l'action permit la réouverture de l'Ecole par ordonnance du roi du 5 septembre 1816.

Voir aussi comment Louis Lefébure de Fourcy procéda pour examiner le grand chimiste Regnault à son entrée à Polytechnique


Le mathématicien Louis Lefébure de Fourcy âgé de 26 ans, en 1813
(C) Collection privée de Bruno Turquet, descendant de Louis Lefébure


Acte de baptême de Louis Lefébure de Fourcy (Port au Prince, 12/11/1788)
Archives nationales
(image fournie par Roland Brasseur et Bruno Turquet).

Lefébure de Fourcy dans le registre matricule de l'Ecole polytechnique. On voit qu'il avait repris l'ancienne identité de son père, avant le changement de nom de son père intervenu aux environs de 1780.
(C) Archives Ecole polytechnique

A propos du caractère querelleur de Louis Lefébure de Fourcy, voir aussi : sa correspondance de 1845 avec Pierre Joseph Etienne FINCK (1797-1870 ; X 1815), alors professeur de mathématiques au Collège royal de Strasbourg (parue dans le Journal Terquem).