LES ANNALES DES MINES – GERER ET COMPRENDRE

n°63 MARS 2001


SOMMAIRE DÉTAILLÉ

 
 
TEMOIGNAGE

LE PASSAGE AUX 35 HEURES CHEZ AIR FRANCE :
UN ART TOUT D’EXECUTION
 

Par Frédérique PALLEZ
et Blanche SEGRESTIN

Centre de gestion Scientifique – Ecole des mines de Paris

Le passage aux 35 heures est une opération lourde pour une entreprise, mais les chemins suivis par chacune sont différents.
Dans le cas d’Air France, souvent placée sous les feux de l’actualité, le processus se devait d’être soigneusement étudié.
Trois points, en particulier, méritent attention dans le récit qu’en fait Guy Rosès : la volonté de ménager, avant toute négociation, une phase préliminaire d’analyse des diverses situations de travail, menée par des intervenants externes, pour sortir des représentations passionnelles ; la mise en place de négociations décentralisées et simultanées dans vingt-six établissements, grande première chez Air France ; enfin, l’extraordinaire technicité que requiert le réglage fin de toute une série de " détails-qui-n’en-sont-pas ".
Même si le bilan de l’opération est délicat à faire, l’entreprise aura certainement beaucoup appris du processus.
 
 

L’EPREUVE DES FAITS

DEVELOPPER LES PROJETS ET LES COMPETENCES
Le défi des hiérarchiques dans les métiers de conception

Par Florence CHARUE DUBOC
et Christophe MIDLER

Centre de recherche en gestion de l’Ecole polytechnique



Alors que les nouvelles technologies de la communication et la spéculation financière semblent focaliser l’attention des dirigeants sur le très court terme, comment gérer la Recherche & Développement, dont on affirme qu’elle est déterminante pour l’avenir de la firme dans une concurrence de plus en plus basée sur des stratégies d’innovation répétée ? Face aux nouvelles exigences d’une rentabilité toujours plus élevée, le management de la recherche se ramènerait-il alors au management de projet ?
 


LES PME FACE A L’EURO
Une contrainte plus qu’un réel atout

Par JEAN-PAUL LAURENCIN
Docteur ès Sciences Economiques, Chargé de recherche au CNRS

Comment le passage à l’Euro affecte-t-il les modes de gestion et la réflexion stratégique des PME ? L’étude des mesures prises par une vingtaine de PME françaises, montre qu’elles se rapportent essentiellement à un réaménagement, par le biais de nouveaux logiciels, des procédures techniques de " conformité externe de l’entreprise à l’Euro ", dans une représentation inchangée de leur environnement concurrentiel.
Il en résulte une vision réductrice des opportunités stratégiques associées à l’arrivée de cette nouvelle monnaie. A moyen et long terme, l’Euro suscite chez les PME une position d’attente inquiète et un sentiment d’incertitude sur l’éventualité de changements plus significatifs, que le cloisonnement persistant du marché européen et la lenteur du passage à l’Euro des plus grandes entreprises avec qui elles sont en relation tendent à conforter.
 
 

REALITES MECONNUES

L’INVENTION DU MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL
Entre action publique et stratégies d’entreprise

Par Thomas REVERDY
Maître de Conférences

Le management environnemental connaît, depuis trois ans, un réel engouement auprès des industriels dans les pays d’Europe : les entreprises certifiées selon la norme ISO 14001 de " système de management environnemental " sont de plus en plus nombreuses. Cette adhésion à la norme ISO 14001 dépasse les espérances suscitées par la diffusion du dispositif volontaire Eco-audit qui l’avait précédée. Ces référentiels font maintenant partie de l’actualité des entreprises, mais beaucoup en ignorent l'histoire. Leur rédaction et leur diffusion témoignent d'un jeu d’influence et de concurrence entre institutions publiques, organismes de normalisation, et lobbying industriel pour définir ce que pourrait être une action volontaire des entreprises en faveur de l’environnement, et en quoi cette action volontaire peut s’articuler avec les pratiques de négociation et de réglementation existant par ailleurs.
 
 

SUR LE VIF

POUR UNE THEORIE POLITIQUE DE LA NON-DECISION

Par Pierre AFFUZZI
Haut fonctionnaire

En réponse à Anna KARINA se lamentant, dans " Pierrot le fou " de Godard :  " Qu’est-ce que je peux faire?  J’sais pas quoi faire… ", l’homme politique moderne, disciple zélé du Président Queuille, pourrait-il répondre : " Ne rien faire, surtout, ne rien faire… " ?
C’est ce que pense – et démontre – Pierre AFFUZZI, fin connaisseur d’une Haute Administration dont il épingle les pratiques et démonte les rationalités perverses au travers d’exemples précis. La non-décision, loin d’être une inaction ou un dysfonctionnement, s’érigerait alors en système, échappatoire commode pour des acteurs politiques affaiblis. Au-delà de la charge, c’est bien d’une théorie de la responsabilité politique et d’une pratique du contrôle de la décision, dans le prolongement des analyses de Lucien SFEZ, qu’il s’agit ici.
 
 

MOSAIQUE

CHRONIQUES MARCHIENNES

A propos du livre de Thierry WEIL : " Invitation à la lecture de James MARCH. Réflexions sur les processus de décision, d’apprentissage et de changement dans les organisations

Par Franck AGGERI
Centre de gestion scientifique - Ecole des mines de Paris

LA GESTION AU LONG COURT

A propos du livre d’Anne PEZET " La décision d’investissement industriel –
Le cas d’Aluminium "

Par Dominique JACQUET
Economica, Recherche en Gestion 2000

LIBRES PROPOS SUR L’UTOPIE NEOTECHNOLOGIQUE

A propos des ouvrages Jean-Marc MANDOSIO :
" L’effondrement de la Très Grande Bibliothèque Nationale de France
Ses causes, ses conséquences " et " Après l’effondrement "
Note sur l’utopie néotechnologique

Par Francis PAVE
Paris, Editions de l’Encyclopédie
Paris 2000

TOTAL TROP TOTAL ?

A propos de l’ouvrage de Jeremy RIFKIN :
" L’âge de l’accès, La révolution de la nouvelle économie "

Par Michel MATHEU
Commissariat Général au Plan


AUTRES TEMPS, AUTRES LIEUX

LAISSER DU TEMPS AU TEMPS

Par Paul VANUXEM

Présenté et commenté par Jean-Louis PEAUCELLE
Professeur à l’IAE de Paris

Ceci est un voyage en arrière vers les réalités industrielles du début du XXe siècle. Si Gérer & Comprendre avait existé à cette époque, il aurait sûrement publié ce texte écrit par Paul Vanuxem, ingénieur des manufactures de l’Etat, et qui relate une histoire de conflit ouvrier, d’organisation.
Ce texte est intéressant par son style et par sa méthode d’observation. Il nous questionne sur la pérennité des phénomènes de gestion. La même histoire pourrait-elle se reproduire aujourd’hui ?
Nos théories actuelles permettent-elles d’interpréter ce qui s’est passé à cette époque ?
Questions qui vont à contre courant des modes qui tentent de nous faire croire que l’industrie se réinvente tous les dix ou vingt ans. L’analyse de ce texte donne à penser, jusqu’à aujourd’hui.
Les chemins de cette réflexion seront explorés après le texte lui-même. Mais d’abord, laissons-nous séduire. Respirons l’odeur des cigares. Voyageons dans le pays des " poupées " et des " canards ".
Ce n’est pas Cuba, c’est Beauvais, avant la première guerre mondiale.
 
 

TEMOIGNAGE

LA PASSION DE LA PSYCHOSOCIOLOGIE
La genèse de l’ARIP

Par Gilles ARNAUD
Groupe ESC Toulouse

et Pierre LOUART
Université de Toulouse

Depuis que nous publions dans nos colonnes le témoignage des fondateurs de la gestion, nous avons interviewé des économistes, des ingénieurs, des financiers mais jamais encore nous n’avions évoqué le courant psychosociologique et ses promoteurs en France.
Pourtant, né en Amérique dans le droit fil des théories d’Elton Mayo, de Carl Rogers ou de Kurt Lewin, s’appuyant à l’occasion sur la psychanalyse et ses dérivés, ce courant a profondément marqué, depuis quarante ans, les pratiques de gestion des entreprises françaises, grandes ou petites.
A l’origine, une poignée de pionniers, d’horizons professionnels et idéologiques divers, rassemblés autour d’un même questionnement sur la place de l’individu dans les organisations de travail.
Parmi eux, Eugène Enriquez, Humaniste au carrefour de toutes les sciences humaines, consultant et universitaire, et co-fondateur de l’ARIP, première association des professionnels de cette approche novatrice.