Par Dominique DRON
Institut National de la Recherche Agronomique (INRA)
|
|
Principe de précaution : extraits des conclusions des Thémiales de Riom
Dominique Turpin
Professeur de droit public, Président de l’Université
d’Auvergne
Les Thémiales de Riom ont dédié leur deuxième édition à l’étude du principe de précaution. Les débats ont d’abord permis d’éliminer les idées fausses et les pseudo définitions pour mieux cerner un principe encore en gestation. Un principe qui est d’abord une règle de conduite pour le décideur et qui doit le pousser non pas à s’abstenir mais à agir avec précaution. Un principe contingent dans l’espace et dans le temps puisque lié à nos priorités socio-culturelles et à l’état de nos connaissances scientifiques et techniques. Un principe qui ne concerne que les risques connus, prévisibles et quantifiables, graves ou irréversibles. Un principe qui apparaît enfin plus processuel que substantiel, s’appliquant à la procédure à suivre par le décideur, non au fond de la décision elle-même. Et la définition reste ouverte : l’impact des progrès scientifiques sur les droits de l’homme et les libertés publiques lui offrira de nouveaux champs d’application.
L’introduction de l’environnement dans les formations à la gestion : pour aujourd’hui et pour demain
Jean-Philippe Lafontaine
Enseignant en économie et gestion
Institut d’administration des entreprises
Ecologie et respect de l’environnement pénètrent de plus
en plus au cœur des entreprises, modifiant les enjeux, les outils et les
procédures de gestion. L’efficacité des systèmes de
management environnemental implique un personnel sensibilisé et
formé à cette nouvelle dimension de la gestion. Une enquête
réalisée auprès de responsables environnement d’organismes
implantés en France permet de préciser l’attente des entreprises
en ce domaine. Ses conclusions : il existe une demande réelle de
formation sur les systèmes de management environnemental et, de
façon plus générale, sur les conséquences de
la protection de l’environnement sur la gestion des entreprises. Quelques
pistes pour mettre en place ces enseignements
"verts".
|
|
La Politique Intégrée des Produits (I.P.P.)
Historique et état des lieux
par Alain Strebelle
Ministère de l’Environnement
Mise à l’ordre du jour voici 3 ans par les pays nordiques et
germanophones, la politique intégrée des produits vise à
"l’amélioration continue de la performance environnementale des
produits et des services, dans un contexte de cycle de vie".
L’approche est ambitieuse mais le concept manque encore de substance
et sa mise en œuvre reste fragmentaire y compris dans ces pays précurseurs.
Et plus encore en France où c’est l’approche séquentielle
par activités économiques qui domine et où la politique
IPP n’est pas pratiquée en tant que telle, faute d’une indispensable
mise en cohérence. Devant l’importance des enjeux les Pouvoirs publics
travaillent à étayer leurs positions et à franciser
le concept pour convaincre les industriels français et leurs partenaires
européens.
Politique intégrée de produits en Allemagne
par Katia Sadoun
Maître de conférences
Université d’Aix-Marseille
L’Allemagne vient d’organiser sa première grande manifestation
dédiée à la politique intégrée de produits.
Rien de très novateur dans les principes énoncés mais
un large consensus au sein des participants sur la nécessaire prise
en compte de ce concept encore émergent. Un consensus qui a entraîné
un glissement dans la répartition des rôles entre l’Etat,
les entreprises et les instituts de recherche : patronat et Office fédéral
de l’environnement détiennent aujourd’hui un véritable leadership
en matière d’IPP, l’Etat se limitant à participer à
la mise en œuvre de leurs propositions.
|
|
par Jean-Claude Humbert
Président du Tribunal de Grande Instance de
Lyon
" La précaution, entre exigence morale et principe de droit. "
par Michel Turpin
Vice-président-Erap
L’illusion du risque nul
par Jacques Baillet
Procureur de la République
Adjoint au tribunal de grande instance de Marseille
Illusion du risque nul, pénalisation croissante de l’activité économique feront-elles le lit de l’abstention et de l’inertie ?
La recherche désespérée du risque nul
par Jean-Claude Wanner
Membre de l’Académie Nationale de l’Air et
de l’Espace
Nous multiplions volontiers les comportements à risque mais refusons tout accident dans la vie de tous les jours. Loin de ces incohérences, comment, non pas éliminer le risque, mais le limiter raisonnablement? Il existe dans tous les secteurs une panoplie de moyens qui permettent de concevoir un nouveau produit en estimant le risque résiduel, donc en l’acceptant, tout en essayant de le minimiser. Ces méthodes de conception sont complétées par une analyse des risques possibles, accompagnée d’une estimation de leur probabilité. Une analyse qui permet ainsi d’identifier les situations ou les systèmes critiques et de trouver des remèdes. Mais une analyse dont on ne saurait se contenter : une étude de sécurité n’a de sens que poursuivie durant toute la vie opérationnelle du système avec un suivi des incidents - le retour d’expérience - qui permette d’en tirer profit. Et de réagir avant l’accident.
Approcher l’inaccessible risque zéro
par Pierre Tanguy
Président honoraire de l’Institut européen
des cindyniques
Nucléaire : le principe de précaution avant la lettre.
Les conséquences juridiques du principe de précaution
par Brice Robin
Procureur de la République
Adjoint Tribunal de Grande Instance de Saint-Etienne
Le principe de précaution : un principe moral et politique plus qu’une norme de droit directement applicable. Mais un principe d’action qui a néanmoins des conséquences juridiques : il pourrait conduire à l’instauration de procédures qui permettent une définition de l’acceptabilité sociale dans une approche démocratique et, selon certains auteurs, à une inversion de la charge de la preuve. Un principe moral qui a aussi des applications jurisprudentielles - arrêts du Conseil d’Etat ou décisions de la Cour de Justice de la République, les juridictions de l’ordre judiciaire n’y faisant pas pour l’heure référence - et qui pourrait se traduire par une extension de la responsabilité pour faute sur les plans civil et pénal. Sur le plan civil, avec l’apparition des risques majeurs nés de la considérable "extension de la portée causale de nos actes", la précaution pourrait être la clef d’une éthique de la responsabilité qui soit aussi celle des juristes et plus seulement celle des philosophes. Sur le plan pénal, sa généralisation pourrait conduire à une pénalisation des comportements sociaux qui n’est pas souhaitable, exception faite des cas des décideurs et des élus.
Principe de précaution et prévention : un équilibre à trouver
par Yvan Verot
Directeur sécurité-environnement-industrie
Elf Atochem SA
Après avoir rappelé la définition de ce principe
apparu à la fin des années 80, l’auteur en dénonce
la banalisation et le démarque énergiquement du principe
d’action préventive et de correction qui vise à maîtriser
un risque connu. Il en pointe aussi un troisième dévoiement
: une application paranoïaque qui ne peut conduire qu’à l’inaction
et l’abstention systématiques. Dans un deuxième temps il
examine les conséquences du principe pour les industriels. Il remarque
que dans la majorité des projets c’est le principe d’action préventive
qui s’applique. Il rappelle que les industriels, sachant que le risque
ne peut être ramené à zéro, se sont engagés
au-delà du simple respect de la réglementation dans des démarches
volontaires pour aller plus loin en matière de protection de la
santé et de l’environnement. Il souligne que, dans les cas exceptionnels
qui relèvent du principe de précaution, les dispositions
habituelles sont adaptées - analyses scientifique et technique approfondies,
bilans avantages/inconvénients et coût/efficacité poussés,
mesures d’accompagnement qui répondent à l’exigence de la
preuve - pour affiner encore l’évaluation du risque.
Le risque acceptable : opinion publique et idéologique
par Pierre Lecomte
Membre de l’Académie Nationale de l’Air et
de l’Espace
et Jean-Pierre Suety
Substitut du procureur de la République près
du Tribunal de Grande Instance de Mâcon.
Face à l’accident, l’opinion publique rejette la fatalité et réclame des responsables provoquant ainsi l’émergence d’un nouveau concept, celui de responsable potentiel. Des responsables potentiels qui peuvent toutefois se voir exonérés s’ils ont pris soin de mettre en oeuvre "les diligences normales" évoquées par le code pénal. Mais comment faire preuve de diligence normale dans des secteurs novateurs, comment se prémunir contre des risques potentiels mal identifiés? Comment concilier approche probabiliste et principe de précaution? Comment, aussi, éviter la chasse au coupable qui risque de tarir la source d’information du retour d’expérience, comment éviter que la répression, dont la vocation doit être d’éviter la réitération, ne se transforme en vengeance? La réponse pourrait se trouver dans une déontologie de l’action qui conduise tout responsable à juger des conséquences possibles de ses décisions grâce aux analyses prospectives et de précaution. Il y a urgence car le nouveau danger pourrait être que la responsabilité juridique retienne de faire ce que la responsabilité morale engage à accomplir.
Le principe de précaution et ses sept malentendus
Claude Frantzen
Inspecteur Général de la sûreté
nucléaire – Electricité de France
Un principe d’action raisonnable qui ne dit pas ce qu’on doit faire.
|
|
Par Michel Turpin
Patrick Lagadec, collection Tendance.
Editions d’organisation,
Paris, 2000,
Les catastrophes naturelles : le grand cafouillage
Paul-Henri Bourrelier,
Guy Deneufbourg
et Bernadette de Vanssay
Osman Eyrolles
Santé et Société, 20000
Risque et Démocratie
par Paul-Henri Bourrelier
Les cahiers de la sécurité intérieure
publiés par l’Institut des Hautes Etudes de la Sécurité
Intérieure (IHESI).
Quatrième trimestre 1999. Risque et Démocratie,
dossier de la revue Le Débat, mars-avril 2000.