EDITORIAL
par
Pierre COUVEINHES
Rédacteur
en chef des Annales
des Mines
Avant-propos :
Après la crise financière : un retour à
l'économie réelle ?
par Christian STOFFAËS
et Xavier DALLOZ
I
- Un diagnostic pour dépasser la crise
LES CAUSES VERITABLES DU
CHÔMAGE
par Maurice ALLAIS
Professeur honoraire à
l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris –
Prix Nobel d’économie
RETOUR AUX FONDAMENTAUX
par
Marcel BOITEUX
Président d’honneur
d’EDF, membre de l’Institut EDF
POUR DES INGENIEURS
SOCIO-ECONOMISTES
par Claude MARTINAND
Vice-président du
Conseil général de l’Ecologie et du Développement
durable, MEEDDM – CGEDD
ENVIE D'AVENTURES
par Francis MER
Président directeur
général de Safran,
ancien ministre de l’Economie et des
Finances
II - Paroles
déconomistes
MANIFESTE POUR L'ECONOMIE REELLE.
LES ECONOMISTES ONT-ILS
UNE RESPONSABILITE DANS LA CRISE ?
par Christian STOFFAËS
Ingénieur
général des mines, CGIET
L’auteur de cet article propose une
enquête sur la responsabilité des économistes dans
la crise actuelle. Dans le contexte de la révolution
libérale-monétariste, ils ont fourni, avec
l’hypothèse des marchés efficients, le cadre intellectuel
qui a justifié la dérégulation financière,
avant d’engendrer l’emballement incontrôlé de la
spéculation à crédit, dont l’explosion
prévisible a débouché sur la crise
financière et la récession économique qui la suit.
Alors que le paradigme « EMH » (Efficient market
hypothesis) vient de s’effondrer trente ans après les paradigmes
marxiste et keynésien, quelle représentation pertinente
de l’économie réelle faut-il aujourd’hui rechercher ?
POUR EN FINIR
AVEC L'HEGEMONIE DU LIEN ECONOMIQUE
par Michel BERRY
Ecole de Paris
On
s’est habitué à considérer que le coeur de la
relation sociale serait d’essence économique. Cela conduit
à miser essentiellement sur des mesures économiques pour
sortir de la crise et à considérer que seules les
entreprises produiraient des richesses, tandis que les activités
des autres formes d’organisations (État, associations,
formations culturelles, etc.) en consommeraient. Si c’était
à peu près vrai au XIXe siècle et au début
du XXe, la part de l’économie dans les activités humaines
a tellement diminué, aujourd’hui, dans les pays riches, qu’il
faut prendre en considération d’autres sources de richesses que
les seuls échanges économiques afin d’aider la
société à sortir du mal-être dans lequel
elle est plongée.
III - Paroles
d'entrepreneurs
LA CRISE ! QUELLE CRISE OU
PLUTÔT : QUELLES CRISES ?
LA CRISE ACTUELLE N'EN DISSIMULE PAS D'AUTRES, QUI NE SE SERAIENT
PAS ENCORE MANIFESTEES ?
par André LAMOTTE
Centralien, Ph.D. MIT, MBA
Harvard, fondateur de sociétés pharmaceutiques et
biotech
Allons-nous bénéficier
d’un redémarrage, soudain et fort, des économies ? Plus
forte est la dépression, plus forte serait alors la reprise… Ou,
au contraire, la crise marque-t-elle le début d’une croissance
économique globale plus faible ? Entrons-nous dans une
période prolongée de stagnation déflationniste,
appelée à se transformer, par la suite, en stagflation ?
Ou dans une succession de brèves reprises entrecoupées de
récessions ? L’économie américaine va-t-elle
repartir la première et tirer derrière elle les
économies européennes et mondiales ? Ou assisterons-nous
à une reprise sélective, avec, d’une part, une forte
croissance des économies émergentes, de plus en plus
couplées entre elles et, d’autre part, une faible croissance
prolongée des autres économies ? Les conséquences
de la crise vont-elles permettre aux économies émergentes
de réussir à attirer les meilleurs scientifiques et les
entrepreneurs les plus dynamiques, leur offrant budgets de recherche et
fiscalités favorables, pour convertir leur nouvelle puissance
économique en des positions industrielles dominantes dans les
industries de demain ?
L'INVESTISSEMENT
DE L'ETAT DANS LES HAUTES TECHNOLOGIES :
UNE APPROCHE KEYNESIENNE
par Daniel PICHOUD
Ingénieur général de
l’Armement (2e section)
Les
grands progrès technologiques qu’ont connus les dernières
décennies avaient été préparés par
des investissements étatiques très importants. Dans la
crise actuelle, après avoir sauvé le système
financier, il est indispensable de trouver le financement des
investissements nécessaires pour préserver et (si
possible) développer l’économie réelle en assurant
le plein emploi de nos ressources humaines. Nous suggérons ici
qu’une autre gouvernance de l’Euro soit mise en place, pour que
celui-ci offre aux pays membres de l’Union européenne, les
mêmes possibilités que celles qu’offre le Dollar à
l’économie américaine.
REVENIR A LA DISSOCIATION HISTORIQUE DES METIERS FINANCIERS
par Pierre-Henri LEROY
Président de Proxinvest
« Vous savez que
l’internationalisation des marchés est aujourd’hui
attaquée par des personnes qui n’ont peut-être pas de
connaissances très évoluées dans ce domaine.
Pourquoi donnons-nous à ces gens des arguments légitimes pour
s’inquiéter de la croissance du capitalisme international ?
C’est le coeur du problème. Si nous souhaitons être un
modèle crédible pour le monde entier, il faut que nous
ayons nousmêmes les
mains propres ».
Paul Volcker, invité en
février 2003 par la Fédération Bancaire
Française.
Les récentes inquiétudes et leur point culminant
d’octobre 2008 ont fait
percevoir le fossé qui sépare nombre d’opérations
financières d’une
réalité économique tangible, et c’est donc bien un
juste projet, pour le
présent numéro de Réalités Industrielles,
que celui d’un retour à
l’économie réelle. Après deux ans de
maelström et une crise aigue de liquidité heureusement
maîtrisée par les pouvoirs publics en Europe, le débat sur les origines
de la crise n’est pas clos. Ainsi, la décision radicale du Président Obama, le 21
janvier 2010, annonçant pour son pays la dissociation des activités de
prise ferme d’actifs financiers et des activités de banque commerciale, n’a pas
été appréciée par les élites
européennes, alors que
son parrainage par l’ancien Président de la Fed, Paul Volcker
(âgé de 82 ans),
prouvait qu’il s’agissait de l’aboutissement d’une réflexion ancienne, sans doute moins
familière à l’Europe…
LA STRATEGIE DU LUXE : UN POINT
FORT POUR LA FRANCE/ UNE STRATEGIE
D'ENTREPRISE POUR LE MONDE
QUI ADVIENT
par Vincent BASTIEN
X67 / Professeur affilié à
l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales (HEC)
Les
aspects macro-économiques, financiers et sociétaux de la
crise sont déjà
amplement traités par ailleurs dans ce numéro de
Réalité Industrielle.
Nous allons, dans cet article, examiner le problème au
niveau de l’entreprise – un niveau
qui n’est pas assez sérieusement traité, en France, et qui est
néanmoins capital. Il ne faut pas, en effet, cesser de créer de la
richesse. Le retour à l’« état de nature » n’est en aucun cas une solution : le
progrès scientifique a beaucoup apporté à l’humanité et il doit se
poursuivre. Pour ce faire, il faut prendre le problème « par le petit bout de la lorgnette
» du management des sociétés, car ce point de vue microéconomique est
fondamental : l’entreprise (qu’elle soit capitaliste, ou non) est, en effet, le
lieu où la richesse se crée. Or, sans création de richesse, il n’y a plus de civilisation
possible.
LA CRISE, CATALYSEUR DU
RETABLISSEMENT DE LA PRIMAUTE
DE L'ECONOMIE REELLE SUR
L'ECONOMIE VIRTUELLE
par Franck
BIANCHERI
Directeur
du LEAP (Laboratoire Européen d’Anticipation Politique)
C’est une approche géopolitique,
tout autant qu’économique, financière et monétaire, qui m’a conduit
à annoncer au mois de février 2006, avec le Laboratoire Européen
d’Anticipation Politique (LEAP), l’imminence de ce que nous avons
appelé « la crise systémique globale ». Cette même démarche
tend aujourd’hui à confirmer l’idée centrale de ce numéro des Annales
des Mines, à savoir que dans le « monde d’après la crise
», l’économie réelle va retrouver son
caractère central, alors
que les dernières décennies ont été
marquées par la centralité de l’économie – virtuelle – de la
sphère financière.
IV - Paroles de
scientifiques
CRISES ET METROLOGIE - A QUOI SERT
LA PROSPECTIVE ?
par Thierry GAUDIN
Ingénieur
général des Mines, Docteur en Sciences de l’information
et de
la communication, Président de
« Prospective 2100 », rapporteur du groupe
« Le Monde en 2025 » pour
la DG Recherche de la Commission européenne
La compréhension du
désarroi dont les institutions semblent affectées face
aux crises (financières et écologiques) demande une
analyse, plus profonde, faisant appel aux neurosciences et à
l’histoire. C’est en relisant différemment l’histoire de la
Révolution française (notamment le rôle joué
par la métrologie et les monnaies) que l’auteur espère
libérer les conditions de l’élaboration d’une prospective
utile et opérationnelle, face aux défis contemporains.
RECONSTRUIRE LA COMPETITIVITE DE
LA FRANCE ET DE L'EUROPE
INNOVER DANS UN MONDE GLOBALEMENT NUMERIQUE,
MASSIVEMENT INTERCONNECTE
par
André-Yves PORTNOFF
Directeur de l’Observatoire de
la Révolution de l’intelligence, Groupe
Futuribles international
et Xavier DALLOZ
Directeur de Xavier Dalloz
Consulting et représentant en Europe du
Consumer Electronic Show (CES)
Qu’est-ce qui nous
empêche de sortir de la crise par le haut et de nous appuyer sur
elle pour faire de l’Europe un continent réussissant une forte
croissance qualitative, basée sur un effort soutenu d’innovation
globale, technique et organisationnelle, et susceptible de servir
d’exemple à beaucoup de pays ? Rien ne nous en empêche :
ni la dette, ni un manque de ressources financières ou
naturelles. Rien, sauf l’emprise d’idées fausses et la
domination d’éthiques incompatibles avec un développement
durable, au sens littéral du terme, dans un monde fini.
V -
Paroles d'ingénieurs
L'ECONOMIE
NUMERIQUE UN DEFI SYSTEMIQUE
par Jean-Pierre CORNIOU
Directeur
général adjoint de Sia Conseil
Le
numérique peut-il relancer l’économie française ?
Depuis quelques années, cette question, lancinante, a
donné lieu à de multiples rapports d’une grande
qualité. Néanmoins, aussi pertinents soient-ils, ces
documents pèchent tous par la dissociation schématique
qu’ils opèrent, entre des « nouvelles technologies »
parées de toutes les vertus et porteuses de toutes les promesses
et un « reste du monde » passéiste, obsolète
et réfractaire au progrès…
LE RÔLE DES BUSINESS ANGELS DANS LE FINANCEMENT
DE LA CROISSANCE DES PME
INNOVANTES
Interview d'Eric BERTHAUD
Président, Cabinet DETROYAT
par Bernard NEUMEISTER
Journaliste
Que
faut-il changer, en France et en Europe, pour que nos PME
réussissent et
deviennent des géants industriels ? Eric Berthaud,
président d’une
dizaine d’entreprises technologiques dans le monde, et Business Angel
investissant dans l’avenir, nous donne son point de vue…
LA CULTURE,
UNE DES CLES DU DEVELOPPEMENT DURABLE
par Hervé DIGNE
Vice-président
du Forum d’Avignon
Au fur et à mesure que la crise économique déroule
ses effets mécaniques, elle se modifie progressivement dans le
regard des analystes, qui voient désormais en elle,
au-delà d’une remise en cause économique, une crise de
société, voire une crise de sens. Face à ces
questionnements, la culture s’impose comme l’une des réponses
à la crise. Cela a été un des leitmotivs du
Président de la République, dans ses voeux pour
l’année 2010. Toutefois, il y a plusieurs manières
d’aborder ce nouveau rôle que l’on assigne à la culture.
APRES LA CRISE
FINANCIERE : UN RETOUR A L'ECONOMIE REELLE ?
OU : LA
FRANCE DANS L'ECONOMIE MONDIALISEE
par Grégoire
POSTEL-VINAY
Ingénieur
général des mines
Les
origines de la crise actuelle remontent à deux, voire à
quatre décennies :
elles sont liées à l’essor des
télécommunications et à ses conséquences, à la
mondialisation et à la financiarisation insuffisamment régulée de
l’économie, aux modifications de la gouvernance des entreprises, à la politique
monétaire menée, notamment, par les Etats-Unis et au changement de braquet des pays
émergents. Les atouts de la France permettent d’y répondre,
à condition : a) de réagir à proportion des moyens mis en oeuvre par d’autres
grands pays en faveur d’une politique
d’offre innovante dans l’industrie et les services, portant notamment sur la croissance verte, l’économie
numérique, la santé, l’excellence scientifique et technique et la formation
permanente, cela, dans une stratégie renouvelée, b) de poursuivre les
réformes structurelles en faveur de la part globale du travail tout au long de la
vie, c) d’orienter l’épargne vers les activités productives, d) de mettre
en oeuvre une politique vigoureuse de maîtrise des dépenses
publiques et, e) de parvenir, dans le cadre de débats nationaux, à une vision
suffisamment partagée du diagnostic et des objectifs à
atteindre afin de sortir par le haut
des difficultés présentes.