n°44 - Octobre 2006
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par
François Valérian
Rédacteur en chef des Annales des
Mines
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UN NOUVEAU
REGARD SUR LA
DIVERSITE DU VIVANT
par Bernard Chevassus-au-Louis
Directeur de recherches
à l' Inra
Ancien Président du
Muséum national d'Histoire naturelle
Son immensité,
insoupçonnée jusqu'alors et qui exigera encore des
siècles d’inventaire,
sa complexité, profondément méconnue, liée
à ses différents niveaux
d'organisation et à leurs interactions : la nature qui nous
semblait
familière nous échappe encore largement et dans sa
structure et dans son
fonctionnement. Sa fragilité aussi est une découverte et
le rôle prédominant de
l’homme dans l’évolution de la diversité du vivant en
tous points de la
planète. Un double constat qui invite à remplacer une
vision linéaire des
relations entre connaissance et action par la notion de
« spirale
d’apprentissage », dans laquelle les questions
« que
voulons-nous ? » et « que
savons-nous ? » mobilisent l’ensemble des
acteurs. D'où ce nouveau pari : socialiser la
biodiversité plutôt que la sacraliser.
LA
BIODIVERSITE, ENJEU DE L’ORGANISATION DES PAYSAGES DE PRODUCTION
par Henri Décamps
Directeur de recherche
émérite au CNRS,
Membre de l'Académie des
Sciences
LA BIODIVERSITE FACE AUX
CHANGEMENTS ENVIRONNEMENTAUX :
L’EXEMPLE DES FORETS
EUROPEENNES
par Jean-Luc Peyron
Directeur du Groupement
d'intérêt public Ecofor
L’augmentation
de la température, même encore limitée, a-t-elle
déjà un impact sur la forêt
européenne et constitue-t-elle un facteur de risque ?
L’histoire mouvementée
de la végétation terrestre
et ses
vicissitudes peut aider à décrypter les évolutions
actuelles et à prévoir
celles à venir. Elle nous apprend que, même avec des
limites, la nature possède
des capacités non négligeables de réaction
à des phénomènes du type changement
climatique. Reste cependant à savoir si, non seulement la
forêt mais encore ses
usages, pourront être préservés. La réponse
à cette question n'est pas tranchée. Une incertitudequi
invite à la poursuite des recherches et les forestiers à
l’innovation.
AGRICULTURE, ELEVAGE ET MAINTIEN DE LA BIODIVERSITE DANS LE MARAIS POITEVIN
par Pierre Roussel
Chef de l'Inspection
générale de l'environnement
Ministère de l'Ecolgie et du
Développement durable
Quelle
organisation pour la
gestion du territoire ? Quelles règles pour la gestion des
eaux ?
Quel équilibre entre prairies et grandes cultures, entre
protection et
développement ? Quels choix de diversification
économique ? Bien que
diverse et complexe, la question du marais appelle en fait un nombre
finalement
limité de décisions fortes. Les choix techniques et
économiques possibles sont
en général connus. Encore faut-il décider des
choix politiques et
institutionnels.
CHASSE ET DIVERSITE
BIOLOGIQUE. PROTECTION DES ESPECES OU DES INDIVIDUS ?
par Jean-Pierre Raffin
co-fondateur (1986) et
co-responsable du DESS Espace &Milieux
de l'Université Paris 7 -
Denis Diderot (1986-2002)
CHOUETTE TACHETEE ET
EXPLOITATION FORESTIERE AUX ETATS-UNIS,
POINT DE VUE D’UN
FRANÇAIS
par Frédéric Gosselin
Institute for Agricultural and
Environnement
Engineering Research Cemagref,
France
La
chouette
tachetée du Nord
représente désormais un cas classique en biologie de la
conservation : des
conflits et des procès opposant écologistes et
industriels,
des fonds conséquents
investis dans la recherche. Puis, en 1993, le plan forestier du
Nord-Ouest. Mais
aussi, et c’est un des principaux intérêts de cette cause
célèbre, des leçons
et des questions qui pourront permettre à la biologie de la
conservation de mieux comprendre les
liens entre recherche et gestion. Comment les résultats de la
recherche ont-ils
alimenté le domaine de la gestion, ses débats et ses
choix ? Comment ces
liens ont-ils été organisés ? Les
différents cadres culturels et temporels
ont-ils pu fonctionner ensemble ? Et, enfin, comment faire en
sorte que
cette exigence de prise en compte de la science ne favorise le
développement
d’une gestion ou d’une politique réfractaires à la prise
de risques ?
LA GESTION DE LA
BIODIVERSITE : QUELLES STRATEGIES PATRIMONIALES ?
par Henry Ollagnon
Professeur de "Gestion du
vivant et stratégies patrimoniales"
Institut national agronomique
Paris-Grignon
Les causes de
la
dégradation de la biodiversité sont diffuses, complexes,
non immédiatement
perceptibles. Ni le laisser faire ni la contrainte ne peuvent
être les voies
principales d’une gestion améliorée. La réponse
est à chercher du côté d’un
patrimoine commun local d’intérêt général
qui fait surgir une prise en charge
de la biodiversité à la fois locale et verticale, par
laquelle chaque homme
devient coacteur de l’avenir de son territoire et de la planète.
Relever le défi de la
prise en charge active de la biodiversité comme méthode
de son maintien, en en
faisant un patrimoine commun local d’intérêt
général est à notre portée. C’est
une promesse d’avenir pour les générations futures,
c’est,
dès à présent,
l’occasion de fonder le développement durable sur des bases plus
solides. Il y
faut juste de la confiance et du désir d’agir ensemble.
LA
BIODIVERSITE DANS LES PROJETS D’AMENAGEMENT.
EVALUATION ENVIRONNEMENTALE ET SOCIO-ECONOMIQUE
par Laure Tourjansky-Cabart et Bertrand Galtier
Direction des études
économiques et de l'évaluation
environnementale, Ministère de
l'Ecologie et du Développement durable
Les
services rendus par la biodiversité, tant pour notre
génération que pour celles
qui suivront, sont de mieux en mieux établis par le monde
scientifique.
Pourtant, la nécessité de la préserver
apparaît souvent comme une contrainte
réglementaire et constitutionnelle mal comprise, et non comme la
prévention
d’un dommage à part entière, y compris dans ses
composantes économiques. Il
convient aujourd’hui de restaurer le juste poids de cet enjeu et
d’accroître sa
prise en compte dans la programmation des transports et des
aménagements via
des outils d’évaluation adaptés. Au nom d’un principe de
précaution, désormais
porté au niveau constitutionnel.
PROTEGER :
POURQUOI ET
COMMENT ?
par Christian Barthod
Sous-Directeur des espaces
naturels, Direction de la nature et des paysages
Ministère de l'Ecologie et du
Développement durable
En France, la protection
de la nature s’est progressivement développée dans les
années 1960, avec la
conviction que seule une intervention forte de l’Etat pouvait
protéger les
éléments essentiels du patrimoine naturel. Un premier
tournant voit se combiner
possibilité d’interdire et de gérer avant que le
débat sur la protection des
espèces et des écosystèmes n’interroge fortement
les approches réglementaristes
traditionnelles, recherchant une approche plus englobante. Aujourd’hui,
le
réglementaire garde sa place, mais s’intègre dans une
stratégie générale qui
privilégie de plus en plus l’évaluation en termes de
résultats. Sans compter la
véritable révolution qui commence à s’amorcer sous
l’influence du droit
communautaire.
BIODIVERSITE :
POUR
QUOI ? POUR QUI ? PAR QUI ?
par Gilles Benest
France Nature Environnement en
charge du tourisme
La biodiversité est
aujourd’hui en danger. Ce n’est pas la première diminution
d’importance dans
l’histoire de la planète, mais c’est la première
où l’activité humaine se
trouve impliquée. Et qui met en jeu l’avenir de
l’humanité. Comment alors,
préserver ce patrimoine naturel, comment concilier
intérêts personnels et
collectifs et qui peut agir ? Les associations de protection de la
nature
semblent les mieux placées : ces syndicats de la nature ont
déjà largement -
et depuis fort longtemps - montré l’exemple et su gagner la
confiance de nos concitoyens.
BIODIVERSITE : DEVELOPPEMENT DURABLE ET GEOGRAPHIE
par Yvette Veyret
professeur de géographie
à l'Université de Paris
X - Nanterre
et Laurent
Simon
professeur de géographie
à l'Université de Paris
1 Panthéon-Sorbonne
et spécialiste de
biogéographie
Protéger
la nature, c’est d’abord la soustraire à l’influence humaine.
Cette idée,
encore aujourd’hui largement véhiculée, a
été remise en question par les
progrès de l’écologie au cours des dernières
décennies soulignant l’importance
des perturbations dans le maintien de la biodiversité.
D’où une inflexion de la
problématique qui, au-delà de l’analyse purement
naturaliste, s’ouvre aux
perspectives qu’offrent les sciences sociales, et la géographie
notamment qui
considère la biodiversité dans son contexte territorial,
prenant ainsi en
compte acteurs, usages et enjeux sociaux. Une évolution dont
témoigne
l’émergence du discours sur le développement durable -
même s’il cache encore
chez certains une volonté de mise en réserve de la nature.
Hors
dossier
Le
« facteur 4 »
par Christian de Boissieu,
Président
délégué du Conseil d'analyse économique
Richard Lavergne,
Secrétaire
général de l'Observatoire de l'énergie,
Minéfi-DGEMP
Jean-Claude Gazeau
Président de la Mission
interministérielle de l'effet de serre (MIES)
L’objectif du
« facteur 4 » pour la France, consiste à
diviser par quatre les
émissions de GES (gaz à effet de serre,
spécialement en CO2) d’ici
2050. Ainsi, la France n'aurait droit, pour une répartition
proportionnelle au
nombre d’habitants, qu'à 38 Mt de carbone, soit une
division par
quatre par rapport à ses émissions actuelles
(140 Mt C). Si le Conseil
européen de mars 2005 a entériné des objectifs
chiffrés à moyen terme (réduction
« de l’ordre de 15
à 30 % d’ici 2020 » pour les pays
développés), il n’existe pas au
niveau européen de
stratégie définie pour le très long terme. La France peut,
sur ces sujets, montrer l’exemple et espérer entraîner
certains de ses voisins
européens. Mais la réponse aux défis posés
doit être mondiale.
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