n°47 - Juillet 2007
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par
François Valérian
Rédacteur en chef des Annales des
Mines
* * *
par Michel Petit
Conseil général
des technologies de l'information
Académie des sciences
Comprendre et prévoir
RECHAUFFEMENT
CLIMATIQUE : ATTRIBUTION ET RECHERCHE DES CAUSES
par Serge Planton
Météo-France,
Centre national de recherches météorologiques
C’est la conclusion du dernier
rapport du Giec : l’essentiel de l’accroissement de la
température moyenne
globale depuis le milieu du XXe siècle
résulte, pour l’essentiel, de
l’augmentation des gaz à effet de serre anthropiques. Une
affirmation qui
repose sur un lent processus de démonstration qui confronte
résultats de
simulations climatiques et observations. La multiplication des analyses
statistiques pour détecter des signaux de changement climatique
et les attribuer
à différentes sources de variabilité, d’origine
naturelle ou anthropique, a
renforcé la conviction des experts. Les études
récentes menées en France
permettent elles aussi de conclure à une contribution
anthropique et d’ouvrir
de nouvelles pistes : en termes d’impacts régionaux du
changement
climatique mais, aussi, en termes de validation des outils de
modélisation
utilisés pour les projections du climat futur.
LES
PROJECTIONS
par Michel Déqué
Météo-France, Centre
national de recherches météorologiques
Depuis une
vingtaine d’années, la littérature scientifique abonde en
chiffres et cartes
nous présentant des futurs possibles pour le climat de la
planète. Parmi les
résultats des différents modèles, un coup de
projecteur sur les chiffres et
tendances dégagés à partir de la contribution
française à l’effort international
de modélisation : pour le globe dans son ensemble, pour
quelques régions,
puis pour l’Europe et, enfin, l’hexagone. En gardant à l’esprit
qu’il ne s’agit
pas de prévisions mais qu’il est permis d’espérer que
l’éventail de modèles
toujours plus complexes cernera mieux demain la véritable
réponse du système
climatique.
UN POINT
SUR LES ENERGIES FOSSILES
par Nathalie
Alazard-Toux
Directrice des Etudes
économiques
Yves Mathieu
Docteur en sciences de la
terre,
Direction
Géologie-Géochimie, Institut français du
Pétrole
Les
énergies fossiles, c’est aujourd'hui plus de 80 % de
l'approvisionnement
en énergie primaire des 6,5 milliards d'habitants de la
planète. Une place dans
le bilan énergétique mondial qui impose de veiller
à la mobilisation de
nouvelles réserves. Car, si le XXIe siècle
s’annonce comme un siècle
de transition, évoluant d'un approvisionnement très
dépendant des fossiles à un
approvisionnement plus diversifié et une part accrue des sources
d'énergie
renouvelable, la transition devra être maîtrisée.
S’opérer sans heurt
préjudiciable aux économies, être acceptable par
tous, et donc passer par un
appel encore important au pétrole, au gaz naturel et au charbon
pour les
décennies à venir. Et, même limitées,
ce ne sont pas les ressources qui
posent problème à moyen terme, mais plutôt leur
transformation en réserves. Les
spécialistes balancent entre deux scénarios.
LES CONSEQUENCES POUR L’AGRICULTURE
par Bernard Seguin
Inra - Mission
"Changement climatique et effet de serre"
Du colza en
Scandinavie ou de la vigne en Grande-Bretagne…l’agriculture a
déjà fait
montre de sa plasticité et pourrait, réchauffement
climatique oblige, prouver
sa capacité à s’adapter. Mais jusqu’où, ou
jusqu’à quand ? La grande ligne
est celle d’un effet variable suivant les régions et les
productions, avec des
zones, dans les moyennes et hautes latitudes, qui peuvent gagner
à un
réchauffement modéré de 1 à
LES
SYSTEMES ECOLOGIQUES FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
par Henri
Décamps
Laboratoire d'écologie
fonctionnelle
UMR 5245 (CNRS-UPS-INPT), Toulouse
LES IMPACTS, DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES
SUR LE CYCLE HYDROLOGIQUE
par Hervé
Douville
Météo-France, Centre
national de recherches météorologiques
Jean-Claude André
Cerfacs, Toulouse
et Ghislain de Marsily
UMR Sisyphe, Université
Pierre et Marice Curie, Paris
La croissance de la
concentration atmosphérique des gaz à
effet de serre entraîne un réchauffement désormais
inéluctable, dont la
simulation climatique nous donne d’ores et déjà une bonne
image. L’image l’est
beaucoup moins et les incertitudes significativement plus importantes
quant au
cycle de l’eau. Il ne faudrait pourtant pas en déduire que de
telles
incertitudes peuvent justifier un certain attentisme quant aux mesures
de
prévention à mettre en place. La probabilité est
forte, en effet, que les
populations et les sociétés humaines soient beaucoup plus
rapidement sensibles
et vulnérables aux changements hydrologiques qu’aux
modifications thermiques,
et qu’ils se produisent dans un avenir assez rapproché. Et c’est
alors une
fraction très importante de la population mondiale, parmi la
plus démunie, qui
sera touchée la première.
RECHAUFFEMENT
CLIMATIQUE ET EFFET DE SERRE :
CE QUE PEUT APPORTER LE NUCLEAIRE
par Bertrand
Barré
Professeur
émérite à l'Institut national des sciences et
techniques nucléaires,
Président du Groupe de
réflexion sur l'énergie et l'environnement au XXIe
siècle (GR21),
Conseiller scientifique Areva
Limiter le
réchauffement climatique passe par une part accrue des sources
d’énergie peu
émettrices de gaz à effet de serre dans le bouquet
énergétique. Et leur compte
est vite fait : les énergies renouvelables et, bien
sûr, l’énergie
nucléaire de fission qui, avec ses quelques 442 réacteurs
nucléaires et ses
2 600 milliards de kWh d’électricité, en 2005, y
contribue déjà de manière
non négligeable. Et peut faire beaucoup mieux si elle sait lever
les réticences
du public. Face à l’ampleur des défis, besoins
énergétiques et menace
climatique, le nucléaire constitue un atout incontournable. Il
n’est pas
d’échelle à résoudre la totalité du
problème, mais le problème ne sera pas
résolu sans lui.
LES
ENERGIES RENOUVELABLES : QUEL APPORT CONTRE L’EFFET DE SERRE
ET LE
RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE ?
par Erik
Guignard
Conseiller Economie et
prospective auprès du SER
Non
émettrices de gaz à effet de serre et largement
réparties sur le globe, les
énergies renouvelables sont naturellement au cœur de tous les
scénarios de
prospective qui visent à limiter nos émissions. Et
notamment des propositions
de scénario énergétique de la Commission
européenne pour l’Europe en 2020,
entérinées par la conférence des chefs d’Etat de
l’Union européenne des 7, 8 et 9
mars derniers. Mais cette part croissante des énergies
renouvelables dans
le bilan énergétique
français devra
s’accompagner d’un effort équivalent en matière de
maîtrise des consommations
dans les secteurs de l’habitat et des transports. Sans oublier que
l’effet de
serre, responsable du réchauffement climatique, est un
problème planétaire et
que la solution ne peut que l’être aussi.
Quelques
éléments de réflexion sur les perspectives des
différentes filières en France.
ECONOMIES D’ENERGIE DANS LES TRANSPORTS
par Claude Gressier
Conseil général
des Ponts et Chaussées
La lutte contre le changement
climatique est un des défis majeurs du XXIe
siècle. Il ne s’agit plus aujourd’hui de faire
des
économies à la marge mais de diviser par 3 ou 4 nos
émissions de CO2 à
l’horizon 2050. Le Conseil général des Ponts et
Chaussées a mené pendant deux
ans une démarche prospective pour déterminer quelle
pourrait être la
contribution des transports. Des solutions existent qui ménagent
le
développement économique et la vie sociale. Elles
impliquent pour certaines des
décisions au niveau européen, voire mondial. Elles
engagent pour d’autres la
responsabilité des états et des collectivités.
Elles obligent aussi chacun
d’entre nous.
COMMENT
ORGANISER LA DIVISION
PAR DEUX DES EMISSIONS MONDIALES DE CO2 ?
par Yves Martin
Ingénieur
général des mines
Dans les 50 ans qui
viennent, la division par deux des
émissions mondiales de CO2 ne sera possible à
un coût modéré qu’en
associant tous les pays à un effort collectif. Le meilleur outil
en serait une
taxe : elle se substituerait à d’autres impôts dans
la fiscalité
nationale, limitant les aides à l’investissement d’un Etat
très endetté, elle
simplifierait les négociations internationales en limitant les
recherches
d’accord à deux paramètres, le montant de la taxe et son
taux de croissance,
elle éviterait aux pays émergents de s’égarer sur
des chemins que nous devons
abandonner. Mais il faudra, en matière de transports, faire
jouer encore
d’autres instruments tarifaires.
LA TABLE
CLIMATIQUE INTERNATIONALE EN 2007
par Dominique
Dron
Ecole des Mines de Paris,
Centre Energétique et Procédés
Les
résultats scientifiques s’accumulent, les dommages attribuables
au dérèglement
climatique se font plus manifestes, les tensions sur les
énergies fossiles et
les ressources matérialisent la réalité d’un monde
à plus de six milliards de
consommateurs. Et les négociations climatiques en voient leur
statut modifié,
passant de sujet environnemental marginal à celui
d’élément central des
relations nord-sud. Nous avons moins de dix ans pour commencer à
maîtriser les
émissions mondiales, et à peine trois pour concevoir et
adopter, au niveau
planétaire, un cadre qui l’autorise. La cristallisation
progressive des
intérêts en faveur d’une réponse globale au
défi climatique permettra-t-elle de
prendre de vitesse le dérèglement en cours ?
MAÎTRISER
LES EMISSIONS ET LES COÛTS :
LES CONDITIONS D’UNE ACTION
MONDIALE
par Cédric Philibert
Division Efficacité
énergétique et environnement, Agence Internationale de
l'Energie
Protocole
de Kyoto amendé ou nouvel instrument, il faut dès
aujourd’hui préparer l’après
2012 en se gardant de la tentation d’un cavalier seul européen
qui n’aurait
guère d’impact, ni sur le total des émissions ni sur le
cours des négociations.
L’enjeu est mondial et l’action doit réunir tous les partenaires
- à commencer
par ceux qui n’ont pas voulu voir mentionner d’objectifs
d’émissions quantifiés
dans le protocole de Kyoto, des pays en développement aux
Etats-Unis. Et
essayer d'imaginer des solutions qui puissent leur convenir : la
garantie
pour les premiers qu’un objectif d’émissions ne serait pas une
menace pour le
développement économique, l’assurance pour les seconds
qu’il y a moyen de
réduire l’incertitude des coûts.
POUR DIRE
LE RÔLE DE L’ETAT, NE PAS SE TROMPER DE DIAGNOSTIC !
par Henri Prévot
Conseil général
des Mines
Canicules
et ouragans, travail des scientifiques et hausse du prix du
pétrole,
multiplication des rapports, les esprits ont considérablement
évolué et la
nécessité d’une réduction drastique des
émissions françaises de gaz à effet de
serre s’est aujourd’hui imposée.
Reste
un risque: qu’une erreur de diagnostic nous cache ce que devra
être le rôle de
l’Etat. Le prix du pétrole a beaucoup
augmenté mais il n’est pas sûr qu’il s’élève
et demeure à un niveau
suffisamment haut pour que l’humanité gagne la lutte contre le
réchauffement
climatique. D’où l’intérêt de la France à
agir sans attendre une coordination
mondiale ou européenne et, dans cette optique, le rôle
essentiel de l’Etat
national. Quelques propositions pour un programme susceptible de
susciter la
confiance. Au pouvoir politique de réunir les autres conditions
de l’adhésion
générale, de convaincre que l’effort demandé est
amplement justifié.
Hors dossier
LA
CROISSANCE CHINOISE ET L’ENVIRONNEMENT
par Paul-Henri
Bourrelier
Ingénieur
général des mines
Xiaoming Li
Consultant
Croissance
économique, industrialisation, forte augmentation du pouvoir
d’achat d’une
partie de la population et urbanisation accélérée,
ont créé une pression mal
contenue faisant de la Chine un des principaux pays émetteur de
gaz à effet de
serre. Le pays peut-il redresser la barre, adapter sa croissance et
réaliser un
« atterrissage en douceur » - ou la menace
environnementale cassera-t-elle
son développement ? Sans doute les autorités
sauront-t-elles imposer une
régulation plus effective, et progresser dans
l’efficacité de l’usage des
ressources. Le véritable risque est indirect et il est social:
la voie adoptée
jusqu’à présent par la Chine a accentué les
inégalités, la fraction la plus
pauvre ne profitant pas de la croissance. Améliorer vite et
beaucoup
l’efficacité en instaurant une véritable économie
de marché, valorisant la
qualité et épargnant les ressources rares, c’est aussi
desserrer cette menace sociale.
Tout se tient.