LES ANNALES DES MINES – GERER ET COMPRENDRE
 

n°84 Juin 2006


EDITORIAL


par Pascal LEFEBVRE
Secrétaire général du Comité de rédaction

 
L'EPREUVE DES FAITS
 


START-UP EN QUÊTE DE BUSINESS MODEL OU L'ART DU TÂTONNEMENT STRATEGIQUE

 par Vincent BARTHELEMY,
doctorant au PREG-CRG Ecole Polytechnique,
et Thomas PARIS,
chercheur au CREG HEC, chercheur associé au PREG-CRG Ecole Polytechnique

Le tâtonnement n’est-il pas la meilleure stratégie pour lancer une start-up ? La réussite dans ce domaine, comme dans tous les autres, fait oublier les recherches sans suite et les espoirs déçus. Grâce à une organisation souple, Novo Ciné, start-up du cinéma numérique, essaie d’exploiter toutes les opportunités. Ses différentes tentatives, même et surtout quand elles échouent, lui permettent d’apprendre et de se réorienter, non sans heurts et départs de dirigeants. La construction d’un nouveau marché exige du temps, et en attendant, il faut vivre. La rareté des financements extérieurs contraint à une rentabilité rapide. Une start-up peut être animée par une vision et en même temps faire feu de tout bois.

 

CHRONIQUE D'UNE ABORPTION PAR LA SPHERE MARCHANDE :
 LES SOCIETES DE SERVICES EN LOGICIELS

 par Marie Coris,
maître de conférences, E3i, IFReDE-GRES, Université Bordeaux IV

Elles s’appellent Alcove, Aurora, IdealX ou Easter Eggs. En 2000 et 2001, elles semblaient menacer les grandes SSII françaises en proposant à leurs clients des « logiciels libres », développés gratuitement par des communautés. L’éclatement de la bulle financière et la réduction des investissements informatiques ont ébranlé les idéaux de libre diffusion du logiciels et large autonomie des salariés. Les SSLL ont survécu, mais au prix de leur absorption dans la sphère marchande.

 

EN QUETE DE THEORIES
 

LA THEORIE FINANCIERE CLASSIQUE : UNE PARENTHESE DE 50 ANS ?

par Hélène Rainelli-Le Montagner,
 professeur, IAE de Paris – GREGOR –

Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne

Scandales financiers, analystes partiaux, traders imprévisibles : l'individualisme méthodologique de la théorie financière classique s'est trouvé mis en cause par la bulle spéculative de la fin des années 1990. De nouveaux travaux ont alors cherché à replacer, au coeur de la rélfexion financière, l'analyse des comportements et des institutions. Cette finance dite "comportementale", nous fait redécouvrir des descriptions du XIXe ou du début du XXe siècle, avant la mathématisation des années 1950 et 1960. Efficaces dans la critique des modèles classiques, les nouveaux théoriciens doivent encore prouver leur capacité à élaborer des outils de décision pertinents.






L'EPREUVE DES FAITS
 

LE CAPITAL RISQUE INDUSTRIEL :
QUE VONT FAIRE LES GRANDS GROUPES DANS DES START-UPS ?

 par Alla EN HADJ YOUSSEF,
docteur en sciences de gestion, chercheur associé :
IGS Paris (CR2S-Management), CIME et A2ID

 
La rentabilité financière est loin d’être le principal critère pour l’investissement d’un groupe industriel dans une entreprise qui démarre. Les motivations des groupes sont variées : l’apprentissage d’une technologie ou d’un nouveau marché, la manifestation d’un engagement social, ou encore le simple souci de reclasser des salariés en surnombre. L’auteur, à partir d’une étude de la littérature spécialisée et d’une enquête auprès de six entreprises, détermine une dizaine d’objectifs pour le capital risque industriel. Parmi ces objectifs, deux nouveaux, identifiés sur le terrain et validés par le modèle Intention stratégique/Pôles de compétences : capter les innovations organisationnelles, et identifier les opportunités d’absorption.



REALITES MECONNUES
 

DES RAISINS ET DES HOMMES :
LA RÉGULATION INSTITUTIONNELLE DANS LA DYNAMIQUE DES VINS D'AOC

par Sylvain Rousset,

ministère de l’Agriculture et de la Pêche, Paris,
et Jean-Baptiste Traversac,
CESAER-INRA, Dijon.

La filière des vins de qualité repose sur un mélange d’intervention de l’Etat et de prise en charge des viticulteurs par eux-mêmes. Quelles sont les justifications économiques ou sociales qui ont présidé à l’émergence de ces dispositifs hybrides de régulation ? Quel rôle doit-on donner à l’environnement institutionnel ? Peut-on comprendre ces liens particuliers entre pouvoirs et entreprises sans les envisager sur une longue période ? Les auteurs nous présentent la régulation européenne de la qualité et nous rappellent l’histoire séculaire du contrôle institutionnel sur le vin français. Après avoir servi à lutter contre les fraudes, l’appellation d’origine a permis de vendre aux consommateurs les investissements de qualité des producteurs. Mais un signe de qualité largement diffusé répond-il toujours aux besoins d’un marché concurrentiel ?




MOSAIQUE


 « PERCER LE SECRET DES COUTS. UN REGARD D’INGENIEUR
SUR LE FONCTIONNEMENT DES ENTREPRISES »

A propos du livre de C. Riveline :
« Evaluation des coûts. Eléments d’une théorie de la gestion ».
par Frédéric Kletz

  

 « EUROPE, QU’AS-TU FAIT DE TA COMPTABILITE ? »
A propos du livre de Michel Capron : « Les normes comptables internationales ».
par François Engel

 

 « DELOCALISATIONS : DES RAISONS D’ETRE OPTIMISTE »
A propos du livre de Suzanne Berger : « Made in Monde ».
par Colette Depeyre

 

  « TAÏWAN : UN CAS D’ECOLE POUR COMPRENDRE
 LA NOUVELLE LOGIQUE ECONOMIQUE MONDIALISEE »

A propos de l’ouvrage collectif dirigé par Suzanne Berger et Richard K. Lester :
« Global Taiwan : Building Competitive Strengths in a New International Economy ».
par Yih-teen Lee

 

 « IL FAUT SAUVER LE SOLDAT CAPITALISME ! »

A propos du livre de Patrick Artus et Marie-Paule Virard :
« Le capitalisme est en train de s’autodétruire ».
par Dominique Jacquet

 

DEBAT


LES FRANCAIS SONT-ILS VRAIMENT MAUDITS ?

A propos de l’article de Jean-Pierre Dupuis :
« Etre un ‘maudit français’ en gestion au Québec ».

Jean-Pierre Dupuis, qui est québécois, abordait en septembre dernier un sujet tabou : le malaise profond dans les relations d’affaires entre Québécois et Français, le non-dit autour de l’expression si souvent entendue de « maudit Français ». Enquêtant auprès des différents protagonistes, et reprenant l’histoire des relations entre la France et le Québec, l’auteur concluait que ce sentiment anti-français s’explique par une immigration française plutôt conservatrice depuis deux siècles et par la domination de l’anglais dans le milieu des affaires . Ainsi, les questions d’immigration et de langage sont étroitement liées aux problématiques du management interculturel.
Monique Lepage, française installée au Québec et mariée à un Québécois, n’a pas ressenti d’agressivité, s’inscrit en faux contre cette analyse et la trouve dépassée.
Christian Labezin, français qui a créé et dirigé une entreprise à Montréal, souligne, à partir d’exemples frappants, le choc culturel subi par le Français arrivant au Québec, ses complexes et son sentiment d’infériorité dans les affaires.
Dans son commentaire, l’auteur Jean-Pierre Dupuis répond aux deux intervenants et confirme son analyse.