1970, L’INVENTION DE L’ENVIRONNEMENT ?


EDITORIAL

par François VALÉRIAN
Rédacteur en chef des Annales des Mines


Un ingénieur fait attention aux choses, et si l’on en reste aux choses, les hommes se préoccupent d’environnement depuis fort longtemps : le début du XIX e siècle, ou même le Moyen-Age…Si l’on passe des choses aux mots qui les expriment, le tournant des années 70 est marqué par un événement sémantique : l’environnement fait son entrée dans les dictionnaires et encyclopédies, avec sa signification actuelle, et il perd les guillemets dont il était le plus souvent affublé encore au début des années 60.

Que signifie cette évolution du langage ? Une prise de conscience s’est faite, en France comme dans les autres pays industrialisés, de la possibilité d’un mot global  pour désigner un certain nombre de choses jusqu’alors distinctes, la sûreté d’une usine, la beauté d’un paysage, les poissons d’un torrent, ou le bruit dans une ville. L’environnement, c’est tout cela, et en même temps ce n’est plus vraiment l’architecture comme au milieu du XX e siècle, et plus du tout les prostituées dont on s’occupait au XIX e siècle comme de l’hygiène dans les usines.

 Le tournant des années 70, c’est aussi un moment dont il faut rappeler l’optimisme et l’enthousiasme. La crise économique n’avait pas encore imposé ses contraintes, tout paraissait possible, la vie ou le monde semblaient à réinventer. A lire et entendre les témoins, cet optimisme était général : en France, les collaborateurs comme les adversaires de Georges Pompidou luttaient pour un environnement meilleur.

 Les jugements antagonistes sur l’action du chef d’Etat de l’époque illustrent aussi la complexité du « moment 1970 ». En France comme dans d’autres pays, l’environnement a été le produit d’un enthousiasme technocratique comme d’une mobilisation sociétale. En France peut-être plus qu’ailleurs, l’écologie naissante a été marquée par les projets d’aménagement et l’initiative publique. Les comparaisons internationales éclairent une certaine originalité de ce rapport français à une nature façonnée par l’homme. Ce qui est né avec le terme global d’environnement, c’est sans doute aussi notre vision actuelle d’une interdépendance entre l’homme et son environnement.

 


                         
Retour sommaire