LES ANNALES DES MINES – GERER ET COMPRENDRE
 

n°87 Mars 2007


EDITORIAL

par Pascal LEFEBVRE
Editorialiste


 TEMOIGNAGE

SOUS-TRAITANCE ET TRANSITION SOCIALE : L’EXEMPLE DU CNES

par Guy NABET
Sous-Directeur des Ressources Humaines de l'Etablissement de Toulouse
Centre National d'Etudes Spatiales

 
Un changement de prestataire est une opération délicate aux aspects sociaux parfois douloureux. Le renouvellement de contrats de sous-traitance du CNES à Toulouse a été l’occasion de mettre en place une procédure tout à fait originale, rappelant l’esprit des « districts industriels » à l’italienne. Qui mieux que tous les acteurs d’un même bassin d’emploi peut avoir l’idée juste des ressources existantes, une ferme volonté de préserver l’emploi et un souci aigu du maintien des compétences de chacun ? C’est en partant de ce constat que le CNES a conçu un processus de transition sociale entre donneur d’ordre, sous-traitant retenu et sous-traitants non retenus. Les protocoles finalement signés concernent tous ces « membres du réseau », mais la responsabilité de la gestion de la transition sociale incombe au groupement industriel retenu. Celui-ci doit tenir compte, dans son offre au donneur d’ordre, des intérêts bien compris de ses concurrents… à charge de revanche !

 


 L'EPREUVE DES FAITS

LA GESTION DELEGUEE D’UN COMPLEXE AQUATIQUE.
LE SERVICE PUBLIC A L’EPREUVE DE STRATEGIES PARTICULARISTES

par Cédric RICHET et Bastien SOULE
Université de Caen

Le service public peut-il être assuré quand sa gestion est confiée au secteur privé ? Le secteur privé peut-il subsister quand il doit prendre en compte des intérêts généraux ? Quelles sont les stratégies des uns et des autres pour surmonter les obstacles, trouver des compromis et tirer son épingle du jeu ? L’étude d’un cas de délégation de service public (DSP) appliquée à un complexe aquatique permet aux auteurs de révéler le poids que peuvent avoir des stratégies sectorielles face à l’intérêt général. La capacité à exploiter des opportunités de situation et à défendre des intérêts acquis se nourrit parfois de l’inexpérience des fonctionnaires et de l’incompétence des élus. Il se constitue alors un véritable réseau qui organise concrètement la DSP, délégation toutefois protégée de toute dérive morale grâce à son statut particulier. Une manière d’aborder un débat plus général : quelle dimension contractuelle pour la gestion publique de secteurs industriels et commerciaux ?

 

REAPPRENDRE A CONTER : GENESE D’UN ENTREPRENEUR SOCIAL

par François ROUSSEAU
Docteur en sciences de gestion à l'Ecole polytechnique

 Une gestion efficace est-elle compatible avec un militantisme fervent ? Une association qui prend de l’importance peut-elle être dirigée comme une entreprise, sans perdre son âme ? Comment se forment les dirigeants de ces ensembles hybrides que sont les organismes sans but lucratif ? L’entrepreneur social, souvent confronté à des situations de crise, va vite comprendre l’utilité de l’apprentissage gestionnaire pour maîtriser concepts, langages et outils. Mais il va aller au-delà car l’organisation militante se doit de transgresser et d’impliquer. Il va, pour cela, développer des dispositifs de gestion du sens. Par le récit des aventures d’un dirigeant associatif, l’auteur illustre cette recherche permanente de marges de libertés nouvelles. Mémoire de l’écrit et tradition orale : tous les moyens sont mobilisés pour une construction collective du sens, surtout quand s’accroît la distance entre un projet local et un projet de société.

 

 REALITES MECONNUES

QUELLE STRUCTURE TARIFAIRE POUR ECONOMISER L’EAU ?

par Marielle MONTGINOUL
Chargée de recherches - Cemagref, UMR G-eau, France

Le choix de la structure tarifaire de la facture d’eau est un acte éminemment politique : il détermine le comportement de chacun, et la gestion globale de cette ressource. Or, si la grande idée est aujourd’hui l’économie d’eau, les communes, elles, ont toujours pour objectif prépondérant la couverture des coûts. Aussi, la discussion sur la nouvelle loi sur l’eau a enflammé en décembre parlementaires et sénateurs. L’auteur, grâce à une large enquête menée en 2003, nous aide à mieux comprendre les mécanismes et les enjeux de ce débat qui va conduire les communes de France à modifier leurs structures tarifaires. Une approche réaliste et intégrée se révèle indispensable si on ne veut pas aboutir à des effets contraires à l’objectif essentiel qu’est l’économie d’eau.

 
 

AUTRES TEMPS, AUTRES LIEUX

 

VAUBAN, LA NORMALISATION DU TRAVAIL AVANT TAYLOR ?

par Jean-Louis PEAUCELLE
Professeur de gestion, Université de la Réunion
laboratoire Facirem

Vauban, en ses chantiers, avait-il les mêmes soucis de gestion que Taylor deux siècles plus tard ? Non, bien évidemment, mais il a imaginé une démarche tout à fait novatrice pour l’époque, et on retrouvera chez l’économiste américain un même souci de rationaliser le travail et d’en réglementer rythme et rémunération. Dans son « Instruction sur le remuement des terres » Vauban souhaitait quantifier les différentes étapes d’un processus, déterminer une norme de production et ainsi améliorer la productivité. Mais les appareils de mesure correspondant à l’ambition de Vauban n’existaient pas encore, les salaires prévus n’étaient pas individualisés et les travaux vraiment répétitifs ne furent créés qu’avec la production industrielle de masse. Vauban voulait aussi conjuguer productivité et faible salaire, à la différence de Taylor pour qui une partie des gains de productivité devait être retournée aux ouvriers. Autres temps, autres lieux ?

 

EN QUÊTE DE THEORIES

 

LA COORDINATION AU SEIN DES ORGANISATIONS :
ELEMENTS DE RECADRAGE CONCEPTUEL.

par Eric ALSENE
Professeur titulaire, département de mathématiques et de génie industriel
Ecole Polytechnique de Montréal

et François PICHAULT
Professeur, Directeur de la recherche
HEC-Ecole de gestion de l'Université de  Liège

Il existe sur la coordination dans les organisations une littérature abondante, et plusieurs approches conceptuelles ont déjà été proposées. Les auteurs estiment toutefois qu’un nouveau cadrage peut être développé, à partir d’une interrogation sur la notion même de coordination, et d’une plongée dans la complexité des situations de travail. Une typologie des situations de travail peut ainsi mieux faire comprendre ce qu’on entend par coordination. Cette approche est critiquée par l’un des deux relecteurs de l’article, qui conteste la manière dont le passage au concept est effectué à partir de la diversité des situations observées. Les auteurs lui répondent. Une « querelle des universaux » appliquée à la gestion ?

 

DEBAT

 Avec Jean-Marc WELLER
chercheur au Laboratoire Techniques, territoires et sociétés de
l'Ecole nationale des ponts et chaussées



MOSAIQUE

RECHERCHE  TECHNICIENS DES IDEES GENERALES …

A propos de l’ouvrage de Paul Rabinow,
Une France si moderne. Naissance du social
, 1800-1950, Buchet-Chastel, 2006

par Olivier LENAY
ENSMP


LE MANAGER, DANS TOUS SES ETATS

A propos de quatre livres :

Encadrer. Un métier impossible ? par Frederik Mispelblom Beyer, Paris, Armand Colin, 2006

Top Down. Why Hierarchies Are Here to Stay and How to Manage Them More Effectively par Harold.
J. Leavitt, Boston (Mass.), Harvard Business School Press, 2005

Du manager novice au manager expert, par Rosette et Jacques Bonnet,
Paris, Hermès-Lavoisier, 2006

Manageor, par Michel Barabel et Olivier Meier,
Paris, Dunod, 2006

Par Hervé LAROCHE
ESCP-EAP