LES ANNALES DES MINES
RESPONSABILITE & ENVIRONNEMENT


n°48 - Octobre 2007

 

L'environnement au regard des sciences sociales,
les sciences sociales à l'épreuve de l'environnement
 


EDITORIAL

par François Valérian
Rédacteur en chef des Annales des Mines

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INTRODUCTION

DE L’ENVIRONNMENT AU « DEVELOPPEMENT DURABLE »,
UN APERÇU DES RAPPORTS ENTRE SCIENCES SOCIALES
 ET QUESTIONS ENVIRONNEMENTALES

par Stéphane Frioux
Université de Lyon, laboratoire junior PRADIS (ENS-LSH) et UMR LARHRA

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LES ATTENTES DU DELEGUE INTERMINISTERIEL
AU DEVELOPPEMENT DURABLE PAR RAPPORT AUX SCIENCES SOCIALES

par Christian Brodhag
Délégué interministériel au Développement durable


Quelle peut être la contribution des sciences sociales au développement durable ? Décisive si elles savent s’emparer des questions essentielles ouvertes par ce nouveau concept et surtout forger les outils nécessaires pour transformer en profondeur la société. Sans se laisser engluer dans de vains débats car ce qui est en jeu ce sont les paradigmes qui structurent les couches les plus profondes de nos sociétés. Bouleversant les relations humanité/biosphère, effaçant les frontières entre savant et profane, sciences dures et molles, connaissances certaines et incertaines… le développement durable appelle un changement de civilisation. Peu étonnant que les conservatismes mobilisent pour le contrer la plus grande force du monde : l’inertie intellectuelle.

 

L’environnement, objet des sciences sociales

 
L’ENVIRONNEMENT, OBJET GEOGRAPHIQUE ?

par Yvette Veyret
Université de Paris X-Nanterre, laboratoire Gecko


Loin de l’environnement du naturaliste qui dit essentiellement la faune et la flore, l'environnement du géographe est bien ce tissu de relations et d'interactions qui lient nature et société, nature et culture. Un objet qui intègre données sociales et éléments « naturels » dans un construit en quelques sorte « hybride ». Rupture par rapport à la géographie physique du début du XXe siècle qui accorde au milieu une place fondamentale, l'environnement ne rejette pas ces éléments biophysiques mais les utilise selon d'autres approches. L'environnement est pour le géographe un donné, un perçu, un vécu, un élément géré, un objet politique. Et s'inscrit tout naturellement dans les problématiques de développement durable.

 

QUELLE HISTOIRE POUR L’ENVIRONNEMENT ?

par Geneviève Massard-Guilbaud
Directrice d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales
Présidente de l'European Society for Environmental History (ESEH)


Si géographes et historiens partagent la même définition de ce que l’on entend par environnement, les deux disciplines n’ont pas avancé au même rythme. L’histoire a pris en France un retard important, laissant en quelque sorte aux autres le soin de considérer la dimension temporelle des choses. Une situation regrettable, non pas que les historiens aient le monopole du passé, mais il importe qu’ils prennent là aussi, avec leurs méthodes et leurs problématiques, toute leur place. Car si, peut-être, l’histoire environnementale n’a pas vraiment de terrain qui lui soit particulier, elle a assurément un regard qui lui est propre. Il y a heureusement des raisons d’espérer : les jeunes chercheurs, de plus en plus nombreux, abordent ce terrain. Mais presque tout reste à faire, et nous n’en sommes qu’au début, en France du moins…

 

ECONOMIE DE L'ENVIRONNEMENT OU ECONOMIE ECOLOGIQUE ?

par Franck-Dominique Vivien
Université de Reims Champagne-Ardenne,
Laboratoire "Organisations marchandes et institutions"

C’est dans les années 1960 que la théorie économique  a vu l’irruption de la question environnementale. Elle y a répondu par deux postures épistémologiques : l’une qui vise à la construction d’une économie de l’environnement, l’autre à celle d’une économie écologique. Pour la première, la « crise de l’environnement » apparaît comme une période de transition, l’environnement est un objet économique en devenir, encore imparfait, appelé à être un bien économique comme un autre. En bref l’objet environnemental doit intégrer la logique économique et la configuration marchande idéale. Pour la seconde, la « crise de l’environnement » est le symptôme d’un seuil franchi, d’une nouvelle époque de rareté qui frappe désormais le « capital naturel ». C’est l’économie qui doit s’insérer au sein des régulations écologiques, la logique économique doit, ici, céder le pas à d’autres logiques, irréductibles à la première, et qui la dépassent.

 

DIRE LE DEVELOPPEMENT DURABLE

par Nicole d’Almeida
et 
Béatrice Jalenques
-Vigouroux
Université de Paris IV-Sorbonne , Celsa

L’environnement est devenu un champ d’informations nouveau qui ne cesse de s’étendre, marqué par la création démultipliée d’obligations d’informer, l’élaboration et la livraison d’un nombre croissant d’informations, la volonté de produire et rendre publique une information exhaustive, non hiérarchisée, accessible par tous et partout. C’est aussi le berceau d’expérimentations de nouvelles modalités de dialogue et de débat, des conférences de citoyens aux débats publics, qui voient se profiler la figure du citoyen vigilant et la perspective d’une démocratie délibérative, nouvel idéal contemporain. Reste une difficulté majeure : conjuguer la complexité avec un principe d’intelligibilité et d’accessibilité des messages, introduire de la certitude dans l’incertitude du savoir, initier le changement dans les comportements sans bloquer ni bouleverser.

 

 Des mots aux pratiques

 
LE SUCCES SOCIAL DU « DEVELOPPEMENT DURABLE »
 OU : QU’EST-CE QUE LE « DEVELOPPEMENT DURABLE »
POURRAIT FAIRE AUX SCIENCES SOCIALES ?

par André Micoud
Université de Saint-Etienne, Laboratoire Modys


Le développement durable c’est, tout à la fois et inextricablement, une figure rhétorique, un concept rationnel, une catégorie juridique qui participent de concert à l’élaboration et à « l’institution » d’un autre monde. Et nous invitent à reconsidérer la naturalité de toute une série de figures, concepts ou catégories qui sont devenus des « catégories » du prêt à penser, de plus en plus hétérogènes à la construction symbolique que l’on voit s’édifier sous nos yeux et qui, dans le même temps qu’elle institue un autre monde, institue d’autres êtres humains. D’où les recompositions assez fortes auxquelles on assiste aujourd’hui au sein des sciences sociales. D’où, en particulier, le formidable essor d’une véritable anthropologie des sociétés occidentales que des  chercheurs se mettent à étudier comme les ethnologues les sociétés primitives avant la décolonisation.

 

SUSTAINABLE DEVELOPMENT : UN PROBLEME DE TRADUCTION

par Franck-Dominique Vivien
Université de Reims Champagne Ardenne,
Laboratoire "Organisations marchandes et institutions"


Vingt-cinq ans après son lancement et malgré un unanimisme apparent,  le développement soutenable apparaît encore comme une « innovation sous-exploitée ». En raison de la difficulté à saisir l’essence même de la notion. Faute aussi de savoir lui donner un contenu précis en termes d’objectifs ou de principes qui permettent concrètement la prise de décision et l’action. D’où, parfois, face aux enjeux posés, de simples juxtaposition ou « collage » de mesures, d’actions, de politiques. Sans grande nouveauté, ni forte cohérence. 

 

POUR UN RENOUVEAU URBAIN : GESTION DES HERITAGES ET INEGALITES

Difficultés sociales et risques environnementaux en Seine-Saint-Denis, 1850-2000

par Anne-Cécile Lefort
Centre d'histoire des techniques et de l'environnement, Cnam

Emblématique de la banlieue parisienne et, plus largement, concentré des problèmes et handicaps de ces zones urbaines hors la ville, la Seine-Saint-Denis porte les traces d’une mise en exploitation intense et durable, entamée dès la première moitié du XIXe siècle, et sans souci d’en accompagner les bouleversements économiques, sociaux et paysagers. Département hors normes, département en crise économique, département en phase de reconfiguration territoriale et de reconstruction identitaire, la Seine-Saint-Denis doit gérer et l’héritage industriel et celui des politiques urbaines. Les transformations-pansements aujourd’hui entreprises suffiront-elles à guérir les vieilles plaies de la fracture socio-environnementale examinées par l’approche historique de terrain ? La « crise des banlieues » diagnostiquée dans tous les médias en 2005 laisse penser que non.

 

L’INDUSTRIE CHIMIQUE ET SES RIVERAINS : UNE RELATION AMBIVALENTE

Le cas de la grande région lyonnaise

par Thierry Coanus, François Duchêne et Emmanuel Martinais
Ecole nationale des travaux publics de l'Etat, Vaulx-en-Velin,
Laboratoire Rives et UMR CNRS 5600

La notion est hybride, le terme équivoque, le risque n’est pas un objet défini ou le produit stabilisé d’un calcul, il est éminemment relationnel. La compréhension de la relation « habitante » au risque industriel, interdit de se limiter à la perspective trop étroite des professionnels en charge de sa gestion technique et administrative : la relation des riverains à leur environnement industriel - mais aussi physique, humain, social - n’est pas statique, définie une fois pour toutes en fonction de paramètres simples, elle relève d’un ajustement permanent aux micro-événements quotidiens. Une dynamique qui alimente un incessant travail d’interprétation, un face-à-face qui exige du sens.  Illustration par les riverains de la chimie lyonnaise.

 

La gestion durable des ressources naturelles

 
GESTION DURABLE D’UNE RESSOURCE FORESTIERE A LA FIN DU XVIIe SIECLE.

L’exemple de la Grande Chartreuse

par Emilie-Anne Pépy
Université Grenoble Pierre Mendès-France, Laboratoire Junior Pradis (ENS-LSH)


Les ordres monastiques et leur milieu naturel : développement durable avant la lettre ou anachronisme ? Sans chercher à calquer un objet très contemporain, dont la pertinence scientifique n’est pas toujours validée, sur des réalités historiques différentes, le concept de développement durable peut servir de fil conducteur à une réflexion sur les rapports entre les sociétés du passé et leur environnement. L’exemple de la Grande Chartreuse et sa gestion forestière qui concilie exploitation bénéficiant aux religieux, accès des paysans à une ressource vitale, et volonté de pérenniser dans la durée le patrimoine forestier illustre ce souci de durabilité. Mais sans doute conviendrait-il mieux de parler de gestion durable, voire d’une gestion « en bon père de famille » qui a su traverser les siècles : les cantons exploités aujourd’hui par l’ONF sont les mêmes qu’au XVIIe siècle.

 
LES CULTURES DE L’EAU : LA NAISSANCE DES AQUACULTURES
 EN FRANCE AU XIXe SIECLE

par Olivier Levasseur
UMR 5196 " techniques et culture", CNRS - Muséum national d'histoire naturelle

Cultiver l’eau pour faire face à la raréfaction des ressources aquacoles, ensemencer les fonds marins, « semer du poisson comme on sème du grain » : dès la seconde moitié du XVIIIe siècle les pistes du développement des aquacultures sont défrichées, mais c’est le XIXe siècle qui sera celui de la « révolution aquatique ». Une révolution qui sera, en France, celle des poissons de mer et d’abord de l’ostréiculture avant d’être celle des eaux douces. Une révolution, c’est l’une des originalités du modèle français, qui n’aurait pu s’accomplir sans la forte implication de l’Etat, son financement, sa législation. Une révolution aquacole qui signe un nouveau rapport entre les hommes et leur environnement, qui veut une industrie qui satisfasse le présent en sauvegardant l’avenir. La problématique de sustainable development avant la lettre ?

 

PECHE A LA LIGNE ET GESTION DES RESSOURCES PISCICOLES

Le Sud-Ouest de la France de la fin des années 1880 à la fin des années 1930

par Jean-François Malange
Université de Toulouse, Laboratoire Framespa

L’extrême fin du XIXe et le début du XXe voient se multiplier les sociétés de pêcheurs qui conjuguent très vite passion de la pratique et souci de l’environnement. Des sociétés dont le principal mot d’ordre est la défense, la protection et le repeuplement de cours d’eau français qu’elles estiment menacés. Cherchant les causes de ces maux, les pêcheurs dénoncent les pollutions industrielles, cartographient et inventorient la faune piscicole, multiplient les échanges avec les instances scientifiques, entreprennent de vastes opérations de pisciculture et d’alevinages. Une mobilisation, à l’échelle des pêcheurs amateurs du pays tout entier : l’histoire de la pêche à la ligne rejoint ici l’histoire de la protection des cours d’eau. De quoi identifier l’apparition d’une conscience écologique ?

 

 LA RESSOURCE EN EAU, RICHESSE OU PATRIMOINE
 DANS LES POLITIQUES DE DEVELOPPEMENT DURABLE 
?

par Florence Richard-Schott
Université de Lyon, UMR 5600

L’eau richesse, bien économique dont l’exploitation doit servir les intérêts des hommes. Eau qu’il faut maîtriser par des moyens techniques et technologiques de plus en plus efficaces. « Appropriation», « rentabilité » et « développement » sont jusqu’aux années 1970 les maîtres mots des politiques de l’eau. Jusqu’à la montée des inquiétudes environnementales, les interrogations sur les impacts d’un réchauffement climatique planétaire : la richesse inépuisable devient alors élément menacé, patrimoine naturel trop longtemps fragilisé par des aménagements anthropiques lourds, dont il faut préserver, voire restaurer, l’intégrité dans un souci de responsabilité envers les générations futures. En remplaçant définitivement dans les principaux textes juridiques les notions de richesse et de patrimoine, celle de « ressource en eau », au centre de la « gestion durable » des milieux, semble concilier, tout en les dépassant, ces deux visions longtemps divergentes.

 

 CONCLUSION


L’INSOUTENABLE DURABILITE DE NOS PRATIQUES SCIENTIFIQUES
 ?

Quand le développement durable interroge les sciences sociales et la société

par Yann Calbérac
Université de Lyon, Laboratoire junior radis (ENS-LSH), et UMR 5600

 


                            
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