LES ANNALES DES MINES – GERER ET COMPRENDRE
 

n°89 Septembre 2007


EDITORIAL

par Pascal LEFEBVRE
Editorialiste


 TEMOIGNAGE


LES PIONNIERS FRANÇAIS DE L’INTERVENTION PSYCHOSOCIOLOGIQUE EN ENTREPRISE

Entretien avec Jean-Claude ROUCHY,
(rédacteur en chef de la revue Connexions et de la Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe),
mené par Bernard COLASSE et Francis PAVE

 
Une approche novatrice dans les pratiques de gestion des entreprises peut précéder une profonde révolution culturelle de la société. Ce fut le cas pour le courant d’ « intervention psychologique en entreprise», dont Jean-Claude Rouchy a été un des pionniers en France dans les années 1950. Il nous raconte comment un très petit groupe d’amis, avec des moyens rudimentaires, dans une discipline et une pratique où tout était à créer, a bousculé les idées reçues sur la place de l’individu dans les organisations. L’idée était de faire de la dynamique de groupe une méthode de changement. Influences anglo-saxonnes, rôle de la psychosociologie, passage par la CEGOS, fondation de l’ARIP (*), création de son propre cabinet, lancement de la revue Connexions : Jean-Claude Rouchy veut à la fois réfléchir et intervenir, lui dont le frère est mort en déportation. Il va tracer sa propre voie, n’aimant rien tant que les débats d’idées, quitte à susciter des courants, à provoquer des ruptures. Un homme de terrain aussi, qui a connu en Italie la grande époque de la Fondation Agnelli, et en France les blocages de l’Education nationale (totalement hermétique à la dimension « groupe » de la classe), mais aussi la réussite du plan Toxico-Sida pour le ministère de la Santé. Alors, Jean-Claude Rouchy, dernier des Mohicans de l’esprit de l’ARIP ?

(*) Association pour la Recherche et l’Intervention Psychosociologiques.



 L'EPREUVE DES FAITS


LE MARKETING FAIT-IL PERDRE LEUR ÂME AUX MILITANTS
 DU COMMERCE EQUITABLE ?

par Ronan LE VELLY
Enseignant à la Faculté de Droit et des Sciences politiques de Nantes,
Chercheur au Centre Nantais de Sociologie (CENS)

Le succès du « commerce équitable » devrait être l’augmentation de son chiffre d’affaires, puisqu’ainsi les producteurs du Tiers-monde seraient plus nombreux à être mieux rémunérés. Comment se fait-il, donc, que l’utilisation des outils du marketing traditionnel provoque une telle gêne (un tel dégoût !) de la part d’agents bénévoles du commerce équitable, censés les utiliser ? Pour l’auteur, qui a mené une enquête au sein des deux principales associations françaises, tout est dans l’appropriation des outils de marketing par leurs utilisateurs. Les significations qui sont attachées à ces méthodes rejaillissent sur l’identité des agents. Alors, quand on touche à la mondialisation, à la morale des affaires, et qu’on ne veut pas voir tout cela « rester une belle idée pour beaux colloques », l’affaire se complique…

 

LES AMBIGUÏTES DES SYSTEMES D’ALERTE ETHIQUE

par Marie-Hélène LARUE
Consultante emploi-formation, chargée de cours en formation continue,
Paris X Nanterre et Cnam Paris

 Hantés par le souvenir des délations sous l’Occupation, les Français sont réticents à utiliser le Whistleblowing, ce système d’alerte éthique venu d’Amérique et qui consiste à demander aux salariés de dénoncer, de façon plus ou moins anonyme, ce qui ne leur paraît pas « éthique » dans leur entreprise. Mais ce système, en phase avec une société médiatisée, permet aussi de préserver l’image des grandes entreprises en étouffant en leur sein des « affaires » avant qu’elles n’explosent au grand jour. A mi-chemin entre les bons sentiments et la manipulation managériale, le système est-il révélateur d’une nouvelle culture d’entreprise? L’enquête menée par l’auteur auprès de neuf responsables éthiques laisse songeur... Le très faible succès en France de ce système d’alerte, ou son détournement, ne reflète-t-il pas, au fond, son manque de légitimité ? Une approche éthique digne de ce nom ne peut se contenter d’avoir pour objectif un salarié modèle pour une morale entrepreneuriale.

  

AUTRES TEMPS, AUTRES LIEUX

 

POUR LA PATRIE, LES SCIENCES…ET LA FRAUDE !
L’AFFAIRE DEPRAT DANS LE TOURBILLON DES CHANGEMENTS DE GOUVERNANCE

par Jean BEHUE GUETTEVILLE
Centre de Recherche en Gestion de l'Ecole Polytechnique

 
La fraude, par sa forme et par son traitement, reflète un certain type de gouvernance ; la fraude est une déviance révélatrice de nouveaux rapports de force : c’est en fonction de ce type d’approche que l’auteur nous fait revivre tout le XXe siècle scientifique, politique et social, et cela, à partir d’un récit passionnant. L’affaire Deprat nous entraîne dans l’Indochine des années 1910, où va se dérouler une guerre féroce entre universitaires et administrateurs, et en particulier entre deux hommes aux ambitions affirmées. Deprat avait raison trop tôt sur la théorie de la dérive des continents ; il remettait en cause les croyances établies et bousculait les méthodes pratiquées. C’est tout le problème de la relativité des jugements, même scientifiques, qui est posé. De la vérité et de la fraude comme invitations à observer les changements…


 REALITES MECONNUES


LA PERTE D’EMPLOI, UNE OPPORTUNITE DE CARRIERE ?

par François GRIMA
IRG-Université de Paris XII et Reims Management School

Tactiques, objectifs, ajustements, et surtout coûts d’adaptation: il s’agit, ici, d’une approche différente du retour à l’emploi. Oublions la vision longtemps dominante du chômeur passif et stressé, et examinons de façon critique l’approche plus récente de la gestion du rebond : les figures de la transition professionnelle sont myriades. Encore faut-il avoir les bons instruments pour les appréhender. C’est ce que nous propose l’auteur, qui  scrute tout du salarié cadre recherchant un emploi : son passé, son argent, sa vie familiale, et surtout son carnet d’adresses. Tout est analysé et le constat est parfois amer, notamment sur son réseau social. La capacité d’un individu à retrouver un équilibre est évidente, mais il doit, pour cela, être capable de supporter certains coûts.




MOSAÏQUE


PROLETAIRES OU MILLIONNAIRES ?

 LA LUTTE DES TRADERS POUR LE BONUS

A propos du livre d’Olivier Godechot,
Working rich. Salaires, bonus et appropriation du profit dans l’industrie financière,

Paris,
La Découverte, 2007.
par Michel Villette
ENSIA

 

LES ARTISTES, MANAGERS DANS L’ÂME ?

A propos de l’ouvrage de Catherine Strasser,
Du travail de l’art. Observation des œuvres et analyse du processus qui les conduit,
Paris, Editions du Regard, 2006
par Olivier LENAY
ENSMP

 
EXPLORER ET PRODUIRE : LA « CONCEPTION INNOVANTE »,
CONDITION DE SURVIE DE L’ENTREPRISE DU XXIe SIECLE

A propos du livre de Pascal Le Masson, Benoît Weil et Armand Hatchuel
Les processus d’innovation : conception innovante et croissance des entreprises,

Paris, Editions Lavoisier, Coll. Hermès, 2006
par Annabelle GAWER,
Imperial College London



EN QUÊTE DE THEORIES


LE DON EST-IL UNE NOTION DE GESTION ?

par Jean-Paul DUMOND
Enseignant-Chercheur, ENSP (Ecole Nationale de la Santé Publique),
Lapss (Laboratoire d'analyse des politiques nationales et de santé),
(chercheur-associé à l'IRG (Institut de Recherche en Gestion, Paris XII)

Organisation du travail et don semblent être des notions bien éloignées l’une de l’autre. La gestion vise l’efficacité, le don « dégage un parfum de religiosité ». Pourtant, ils ont en commun d’être au fondement du social. Mais comment reconnaître le don parmi les multiples formes d’échange, et dans quelle mesure peut-il être un outil d’analyse pour la gestion des organisations ? Après avoir privilégié ce qu’il appelle « une approche existentielle du don », l’auteur s’appuie sur une enquête menée au sein d’un réseau ville-hôpital pour montrer que le don peut aisément s’inviter dans la dynamique des organisations. Mais peut-on vraiment gérer le don ? Du don comme limite de l’ingérence de la gestion dans l’orientation des activités humaines…



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