LES ANNALES DES MINES – GERER ET COMPRENDRE
 

n°85 Septembre 2006


EDITORIAL


par Pascal LEFEBVRE
Editorialiste

TEMOIGNAGE
 


VOIR LOIN ET REAGIR VITE


Entretien avec Xavier Fontanet, Président d’Essilor International,
mené par  Frédérique Pallez et
Francis Pavé
CSO-ENPC

Comment se dirige une entreprise issue de la fusion entre une coopérative ouvrière et une famille d’entrepreneurs ? Comment se gère un groupe mondial mono produit dont l’équipe dirigeante est essentiellement nationale ? C’est l’histoire, très particulière, d’Essilor. Négociations avec l’actionnariat, sélection des meilleurs, gestion des différentes cultures, ses dirigeants n’hésitent pas à être présents partout. Le temps devient précieux comme de l’or. Du coup, le choix des ordres du jour du comité exécutif, l’anticipation permanente, et la rapidité de réaction deviennent des armes stratégiques essentielles pour les dirigeants.



 AUTRES TEMPS, AUTRES LIEUX
 

LA LOGAN, SUR LES PAS DE LA 2 CV ?

par Jean-Louis LOUBET
Professeur d'Histoire contemporaine à l'Université
d'Evry -Val d'Essonne, Chercheur au LHEST (Evry) et à l'IDHE (CNRS)

Pourquoi concevoir une voiture très bon marché quand les états-majors des firmes automobiles rêvent de construire des voitures de luxe ? Quelles études de marché ont pu pousser Citroën à lancer la 2 CV, et Renault la Logan soixante ans plus tard ? Qui a eu l’audace de concevoir, à chaque époque, un produit qui bousculait les habitudes et les certitudes de chaque entreprise ? Le chemin fut long pour passer du scepticisme ambiant à l’excitation de la réalisation effective de la voiture économique. Les concepteurs et les ingénieurs se déchaînèrent pour trouver tous les moyens de produire moins cher. Cependant, Citroën ne croyait guère au succès de la 2 CV, ni Renault en l’intérêt du marché européen occidental pour la Logan. La réussite ne serait-elle qu’une divine surprise ?

 


DEBAT


LA VALEUR DE L’INCOMPETENCE : DE LA MAFIA TOUT COURT
A LA MAFIA UNIVERSITAIRE. UNE APPROCHE METHODOLOGIQUE

par Diego GAMBETTA (texte d’un débat transcrit par Hervé DUMEZ)

 

Pour la mafia, la régulation des marchés criminels par la violence n’est pas un choix économique satisfaisant. Il vaut mieux réguler par un lien de dépendance. La mafia universitaire ne relève-t-elle pas du même principe ? Comme on est d’autant plus redevable à quelqu’un qu’on est incompétent, la tentation est forte pour un mandarin de ne choisir que des incompétents afin de rester maître du jeu. La fidélité devient alors plus importante que le mérite. Dans un tel système, malheur à ceux qui approchent de la retraite ; ils n’auront plus le temps de renvoyer l’ascenseur, ils ne seront plus rien, ils n’auront plus aucun pouvoir. Mais il reste une dernière question : que se passe-t-il lorsqu’on feint d’être incompétent ?


 

TEMOIGNAGE
 


L’EGLISE CATHOLIQUE ET SES EVEQUES A L’HEURE DE LA STRATEGIE ET DU MANAGEMENT

par François MAYAUX
Professeur à l'Ecole de Management de Lyon, Directeur de la Société ALTERIA
 et Monseigneur Laurent ULRICH
Archevêque de Chambéry, Président du Conseil pour les affaires économiques,
sociales et juridiques, de la Conférence des Evêques de France

Peut-on gérer un diocèse comme on gère une entreprise ? Non, puisqu’un évêque doit remplir une mission spirituelle, au-delà de son management temporel, et qu’il a des comptes à rendre… aussi à Dieu ! Mais comment s’y prendre pour relancer une « affaire » qui voit le nombre de baptêmes, de mariages religieux, de pratiquants et de vocations sacerdotales s’effondrer ? Comment un évêque va-t-il équilibrer ses comptes, quand d’un côté le denier du culte diminue et que, de l’autre, les dépenses liées à l’immobilier représentent jusqu’au quart du budget d’un diocèse ? L’Eglise va être amenée à faire des choix et à professionnaliser son fonctionnement. Mais est-ce à dire qu’elle va perdre son âme ?




 REALITES MECONNUES
 

FAIRE FACE A LA VIOLENCE AU TRAVAIL : LE CAS DE LA PLACARDISATION

par François GRIMA
Maître de conférences en gestion - Université Paris 12, IRG
et Renaud MULLER
Professeur à ESC Dijon, CEREN


L’intention avérée de nuire à une victime est un ressort classique du genre policier. C’est aussi un scénario fréquent au sein des entreprises, qui n’hésitent pas à placarder leurs propres employés. Mais comment faire face à une placardisation ? Faut-il rester sur place en organisant sa défense, donc résister, ou partir ? Et d’abord, qu’est-ce qu’un placard, qui ne saurait être confondu avec une bulle ? Le harcèlement va prendre plusieurs formes : les agressions, comme les ripostes, sont graduées. Le lieu de travail devient un champ de souffrance… et un champ d’observation privilégié pour ceux qu’intéressent, partout dans le monde, les pratiques violentes dans les organisations. Et si toutes ces méthodes devenaient, au sein des entreprises, une modalité flexible de l’emploi, moins visible que l’emploi précaire ?



 L'EPREUVE DES FAITS
 

CONSTRUIRE DES INDICATEURS DURABLES A PARTIR D’UN SAVOIR ISSU
 DE MULTIPLES PRATIQUES : LE CAS DE LA BIODIVERSITE

par Harold LEVREL
Attaché temporaire d'Enseignement et de recherche
à l'Université de Bretagne Occidentale, doctorant des hautes études
en sciences sociales , UMR 51-73, Muséum National d'Histoire Naturelle

 Comment concevoir des indicateurs durables pour un phénomène scientifique difficile à définir, et observé par de très nombreux acteurs ? Une telle entreprise, dans le domaine de la biodiversité, pourrait sembler une gageure. Et pourtant, le Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc), mis en place par le Centre de recherche sur la biodiversité des populations d’oiseaux (CRBPO), apparaît comme un système d’indicateurs durables de biodiversité. Construire un tel système, c’est d’abord prendre la mesure des coûts de transaction entre communautés locales d’ornithologues bénévoles ou professionnels, et leur proposer un langage commun pour réduire ces coûts. C’est ensuite s’interroger sur les besoins d’information à satisfaire, de manière à élaborer un outil suffisamment souple et évolutif. C’est enfin s’appuyer sur la confiance des utilisateurs, et prendre le risque d’une concurrence possible avec d’autres systèmes.

 


 EN QUETE DE THEORIES
 

 

VOUS AVEZ DIT « CAPITAL HUMAIN » ?

par Fabienne AUTIER
Professeur associé GRH et Organisation,
chercheur Institut français de gouvernement des entreprises EM Lyon

 Le capital humain n’est pas encore un terme familier pour les salariés. Et pourtant, les directions générales pourraient avoir besoin, dans un proche avenir, de reconsidérer tout le gouvernement de l’entreprise, en fonction de ce capital là. Largement immatériel et inséparable de son détenteur, le capital humain va bouleverser les politiques de ressources humaines et le contrôle de l’entreprise. Devenu aussi vital que le capital financier, le capital humain pourrait faire l’objet de programmes d’investissements, de frais d’entretien, d’amortissement… On peut même imaginer des politiques d’embauche, et une économie du savoir, uniquement fondées sur ce critère. Les entreprises pourraient se partager de plus en plus entre celles qui tentent de minimiser le capital humain, et celles qui acceptent de le rémunérer à sa juste valeur.




MOSAIQUE




CHANGER LE REGARD SUR LE CHÔMAGE

A propos du livre « Le chômage, fatalité ou nécessité ? »
de Pierre Cahuc et André Zylberberg, Flammarion, Paris, 2004.
par Arnaud TONNELE
Responsable Développement des organisations, Blédina


LES TRAVAILLEURS IDEAUX DE L'ORGANISATION IDEALE

A propos du livre « L’idéal au travail » de Marie-Anne Dujarier,
PUF, coll. Partage du monde, Paris, 2006.
par Jean-Baptiste SUQUET
CRG, Ecole Polytechnique

A PROPOS DE DEMOCRATIE TECHNIQUE

 A propos du livre « Les Briseurs de machines,  de Ned Ludd à José Bové »
 par Nicolas Chevassus-au-Louis, Seuil, coll. Science ouverte, Paris, 2006.
par Jean-Marc WELLER
LATTS - ENPC